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L’Europe de l’énergie, renouveler le projet européen

, par Alexandra Lafont

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A deux mois des élections européennes, la Maison de l’Europe organisait le 1er avril un débat entre des représentants de partis politiques sur les politiques environnementale et énergétique européennes. Différents constats et perspectives été émis par Pascal Durand co-fondateur et candidat aux européennes pour Europe Ecologie-les Verts et les eurodéputé-es Catherine Trautmann (S&D), Francis Wurtz (GUE/GVN), Corinne Lepage (ADLE), et Philippe Juvin (PPE). Si chacun défendait une position propre à sa couleur politique, de nombreux aspects faisaient consensus, notamment la nécessité de réformer le marché européen de l’énergie et de construire une véritable politique commune de l’énergie. Et si l’Europe de l’énergie constituait le nouveau projet européen ?

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L’approvisionnement en énergie et la protection du climat : deux enjeux clés de l’UE

L’énergie est présente dans la construction européenne depuis la CECA et Euratom. Dès lors, l’Europe s’est donné des objectifs en matière de politique de l’énergie :

• La souveraineté énergétique. L’Europe s’est inquiétée de (re)construire des capacités de production électrique, notamment en coopérant en matière de recherche nucléaire, et de sécuriser ses approvisionnements en hydrocarbures, objectif ô combien d’actualité avec la crise ukrainienne.

• Des prix permettant la compétitivité économique. Il s’agissait hier, et de même aujourd’hui, de garantir des prix acceptables. Cela est notamment important pour les secteurs industriels exposés à la concurrence internationale, car l’énergie peut constituer jusqu’à 20% des coûts de production et donc obérer la compétitivité européenne. Mais se pose également la question du coût de l’électricité qui est supportable pour les ménages, avec l’amplification du phénomène de précarité énergétique : les ménages dont la facture énergétique grignote 10% du revenu et crée des tensions sur le budget sont de plus en plus nombreux en Europe.

• Une politique énergétique bas carbone, dans le but de limiter les effets anthropogènes sur le climat

L’UE, championne de la protection du climat

Dès les années 1990, l’Europe s’est montrée volontaire et active sur la question de la protection du climat. Le paquet 20-20-20 donnait une ambition, mais l’UE a ensuite peiné à s’imposer sur la scène des négociations internationales. Le nouveau cadre pour 2030 a été jugé insuffisant par beaucoup : le groupe S&D, GUE/GVN et Verts/ALE, mais aussi nombres d’ONG environnementales. Un consensus émergeant a donné pour objectifs d’ici 2030 une réduction contraignante des émissions de gaz à effet de serre de 30%, une part de 27% des EnR dans le mix énergétique européen et une augmentation de l’efficacité énergétique (à déterminer au prochain Conseil européen). Ces objectifs si peu ambitieux et peu contraignants démontrent encore une fois que les Etats continuent de choisir leur politique en fonction de leurs intérêts particuliers.

Cependant, à l’heure où l’Europe intergouvernementale et technocratique est aujourd’hui accusée de tous les maux, s’il y a bien un domaine dans lequel l’Europe a mené des politiques concrètes créant des solidarités de fait, c’est bien l’environnement et l’énergie. A travers de nombreuses législations, l’Europe a contribué à la préservation de l’environnement, de la santé des citoyens et du climat. L’Europe est clairement un des espaces les plus importants pour la législation sur l’environnement. Le rapport Brundtland sur le développement durable a démontré que s’occuper de l’environnement et du climat, c’est œuvrer pour préserver la paix dans le monde. L’Europe des Pères Fondateurs était bien un projet de paix et le Prix Nobel de 2012 nous invite à perpétuer ce projet de paix. Et si créer une politique de l’énergie durable, pour préserver l’environnement et le climat constituait le renouveau de ce projet européen ?

Du point de vue des valeurs, l’Europe reste la championne du climat, dans le sens où elle se présente et est perçue comme l’espace normatif le plus volontaire en matière de protection du climat. Cependant, en termes de leadership sur la transition énergétique dans le monde, l’Europe a perdu son avance au profit de la Chine et des Etats-Unis. La Chine est devenue la première puissance photovoltaïque et éolienne au monde et vend désormais ses panneaux solaires à l’Europe, en concurrence tendue avec la filière industrielle allemande par exemple. De même, aux Etats-Unis la compétitivité de l’énergie solaire, qui coûte 1/3 du prix du nucléaire (½ si on enlève l’effet des subventions) met en danger les industries européennes. Pour conserver son rang de puissance économique au même titre que normative, une Europe de l’énergie, permettant de mutualiser les coûts d’infrastructures et de la recherche et donnant une stratégie commune en matière industrielle, serait peut être la solution.

Environnement & Energie : quels défis pour demain ?

C’est en se donnant des objectifs ambitieux et contraignants que l’Europe créera des effets d’impulsion pour créer des filières et donc des emplois dans les industries vertes. Des opportunités existent dans des domaines actuellement en pleine révolution : le stockage de l’énergie via l’hydrogène, les réseaux et compteurs intelligents (smart grids) capables de nous aider à réguler notre consommation et d’ajuster la production, les énergies marines (hydrolien)… Il serait intéressant, comme avec Euratom, de mutualiser les moyens au niveau européen pour développer la recherche en la matière et permettre ensuite un déploiement industriel européen de ces techniques. De même, en matière d’infrastructures, une mise en commun des ressources et une coopération accrue permettrait un meilleur fonctionnement du marché de l’énergie et une meilleure sécurité électrique. Par exemple, il y a un fort besoin de développer les réseaux électriques entre le Nord et le Sud de l’Allemagne, mais aussi entre les pays, qui s’échangent de l’électricité via ce que l’on appelle des interconnexions.

Trouver un mix énergétique commun à tous les Etats membres paraît utopique, du fait de la diversité des situations (75% de dépendance au nucléaire en France contre 90% de dépendance au charbon en Pologne) et des cultures (mouvement anti-nucléaire en Allemagne). L’objectif serait plutôt de développer des mixes équilibrés pour assurer la sécurité énergétique de chacun des Etats, et dans le même temps, de développer les réseaux et interconnexions permettant le transport de l’énergie d’un Etat à l’autre sur le continent européen.

Ces mixes nationaux devraient tout de même s’entendre sur une stratégie bas carbone, dans une perspective cohérente avec les objectifs que s’est donnée l’UE. Les Etats dans le choix de leur mix énergétique, devraient également intégrer tous les coûts dans le calcul des coûts de revient des différentes sources d’énergies. L’Europe de l’énergie respecterait donc le principe de subsidiarité et de souveraineté des Etats en matière de choix du mix énergétique, mais afficherait une politique énergétique plus durable et plus cohérente, tout en en mutualisant les moyens et en créant des solidarités là où il y a de toute façon aujourd’hui des interdépendances.

Un projet renouvelé, les moyens qui vont avec

Si ce projet d’Europe de l’énergie ne semble demander qu’un peu de bon sens et de volontarisme politique, il apporterait dans les faits davantage d’intégration mais en nécessite déjà un peu en amont. Pour une vraie politique européenne de l’énergie, telle que la réclament les politiques européens de tous horizons, il faut également des moyens : un grand projet européen pour l’énergie doit être doté d’un budget conséquent. Il ne suffit pas de prôner « plus d’Europe », il faut voter plus de moyens pour cette Europe !

En attendant les prochains Conseils européens de mai et d’octobre, qui seront décisifs pour la politique européenne de l’énergie, votons le 25 mai pour des candidats volontaristes, qui défendront plus d’Europe et plus de budget pour l’Europe !

Voir en ligne : Crédit photographique : Tristan Nitot

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