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L’Europe, « un point de référence pour l’ensemble de l’humanité »

, par Hervé Moritz

Hier, au Parlement européen, puis devant les représentants du Conseil de l’Europe, le pape François a adressé un message d’espoir aux citoyens de l’Union européenne et de la Grande Europe. Réaffirmant ce qu’il considère comme l’identité de l’Europe, il a exposé les engagements que celle-ci doit mener, s’attachant à des sujets qui lui sont chers, tels que l’environnement, les migrants, le travail et la famille. Retour sur une visite éclaire historique auprès des institutions européennes strasbourgeoises.

Hier, le pape, qui s’est d’abord exprimé devant les élus du Parlement européen, s’est ensuite adressé aux représentants de la Grande Europe, celle de Conseil de l’Europe. Ici, il quitte l’hémicycle du Conseil de l’Europe. - Catho Alsace

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  • Rédacteur en chef du Taurillon de 2014 à 2016. Etudiant en master d’histoire et de sciences des religions à l’Université de Strasbourg. Il a étudié une année à l’Université de Leipzig.

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L’Europe, l’espace d’une paix fraternelle

De passage dans la capitale alsacienne pour quelques heures, le pape François a dressé le portrait d’une Europe fraternelle. Devant les représentants du Conseil de l’Europe, le pape François a entonné un discours sur la paix, basée sur la réconciliation et la fraternité, non sur la peur. Derrière ce discours, à peine dissimulé, le conflit ukrainien, qui déchire le continent, et ce devant les élus ukrainiens et russes qui siègent dans l’assemblée. Devant les représentants de la Grande Europe, le pape a également évoqué le terrorisme, évoquant le trafic d’armes qui irrigue ces réseaux et la croissance de l’armement dans le monde, « une des plaies les plus graves de l’humanité, qui lèse les pauvres de manière intolérable ».

Le pape François, 26 ans après la dernière visite papale, celle de Jean-Paul II devant le Parlement européen au moment où le rideau de fer s’apprêtait à tomber offrant un nouvel horizon pour l’union des peuples européens, a demandé à l’Union européenne de demeurer le digne « point de référence de l’humanité » au nom de ce qu’elle représente et pour « le bien commun ».

« Au centre, la confiance en l’homme »

Le pape François a d’abord replacé la dignité humaine au centre du projet européen. Insistant sur les droits fondamentaux, les droits de l’Homme et le respect de la personne humaine, il a rappelé la nature transcendante de l’homme dans la conception chrétienne de la vie humaine. Cette personne humaine « possède des droits inaliénables, qui ne peuvent être altérés pour des intérêts économiques », a-t-il souligné. Il a témoigné de la marginalisation des faibles, des pauvres, des malades, des migrants et des aînés dans une Europe désorientée. La solitude, qui naît de l’individualisme croissant et de l’ignorance de son cadre social, est un mal touchant toutes les générations, laissant trop de personnes en marge de la société. Le pape a invité les députés à parler en leur nom.

Appelant à la « conscience du caractère précieux de cha-que personne humaine », il a martelé que l’avortement ou l’euthanasie témoignaient d’une « culture du déchet », d’une civilisation consumériste. Des propos applaudis par les représentants du PPE. Il a également plaidé pour refonder la société sur la cellule familiale, dans le respect de l’ensemble de ses membres.

L’Europe ou l’école d’Athènes

C’est par une métaphore que le pape a témoigné de ce qu’est l’Europe. Alors que Platon pointe du doigt le ciel, le monde des idées, Aristote désigne la terre, la réalité concrète. Il a ainsi appelé l’Europe à redéfinir son idéal pour poursuivre son action concrète, l’un étant indispensable à l’autre.

L’Ecole d’Athènes est une fresque de Raphaël, peinte en 1509-1510.

Il a également réaffirmé les racines chrétiennes de l’Europe, la place du christianisme dans la civilisation européenne, la berçant, la façonnant. Il a également balayé les idées reçues sur le fanatisme religieux, qui nourrit les extrémismes partout sur le globe : « C’est l’oubli de Dieu et non sa glorification qui génère la violence ». « Unité dans la diversité », c’est par la devise de l’Union européenne, qu’il a démontré que l’unité ne signifie pas uniformité, appelant à respecter les peuples européens pour garantir la démocratie européenne, en assurant à chacun de ces membres la possibilité de s’exprimer librement dans la grande famille des peuples européens.

L’Europe devant ses responsabilités

Devant les parlementaires européens, et à travers eux, devant les 500 millions de citoyens européens, il s’est aussi positionné sur des débats actuels.

Fervent détracteur du consumérisme, il a condamné « l’opulence » de l’Europe, contrastant avec le monde environnant. Il a appelé à favoriser les programmes de recherche pour trouver des sources d’énergie alternative dans un souci de préserver l’environnement. « Notre Terre a besoin de soins continus et d’attentions, chacun a sa responsabilité personnelle dans ce don de la création », a-t-il clamé. Le partage de la Terre de manière rationnelle, pour mettre fin à l’exploitation effrénée des ressources naturelles, et permettre à chacun d’en jouir, fut au cœur de son discours : « On ne peut tolérer que des milliers de personnes meurent de faim, alors que des tonnes de denrées alimentaires finissent chaque jour dans nos poubelles », a-t-il déclaré sous les applaudissements des eurodéputés dans sa chevauchée contre le consumérisme. Il a aussi mis le doigt sur « l’écologie humaine », favorisant une politique de l’emploi, qui redonne de la dignité aux travailleurs et des conditions décentes dans leur activité.

Il souhaite également que les membres de l’Union européenne affrontent ensemble la question migratoire. « On ne peut tolérer que la Méditerranée devienne un grand cimetière, dans ces barques qui arrivent quotidiennement sur les côtes européennes, il y a des hommes et des femmes qui ont besoin d’accueil et d’aide », a-t-il témoigné devant Matteo Renzi, qui appelle depuis plusieurs mois à un plan européen de grande ampleur pour gérer les flux migratoires et l’accueil des migrants. Il a également demandé aux eurodéputés de poursuivre l’aide au développement des pays d’origine, pour apporter la paix et la prospérité dans ces contrées. Une déclaration qui raisonne dans l’hémicycle, alors que le débat autour du budget 2015 pourrait conduire à la réduction de l’aide humanitaire et de l’aide au développement de l’Union européenne.

Un message d’espoir pour l’Europe ?

Dans un monde qui n’est plus eurocentré, François a décrit une Europe aux traits tirés. Il dépeint la méfiance croissante des citoyens à l’égard des institutions européennes qui apparaissent lointaines et technocratiques. Il faut poursuivre la construction d’une « Europe féconde et vivante ».

Comment redonner l’espoir en l’avenir ? L’Europe doit retrouver son âme pour le chef de l’Eglise catholique. En redécouvrant l’idéal européen des Pères fondateurs, le pape François a invité les Européens à construire ensemble une Europe au-delà de l’économie, actrice sur la scène internationale pour protéger la personne humaine. Une Europe, « qui reste un point de référence précieux pour l’ensemble de l’humanité ».

Martin Schulz, en ouverture, avait déclaré : « vos paroles sont une orientation dans une période désorientée ». Alors que le pape encourage l’Europe à aller plus loin ensemble sur les thématiques de l’immigration, de l’aide au développement, de la protection des droits universels, du développement durable sur le plan écologique et social, il a également insufflé une dose d’idéalisme dans un projet européen devenu aujourd’hui bien terne et pragmatique. Replaçant la protection des plus faibles au centre du projet politique européen, son message a redonné une dignité certaine au projet européen, bien supérieur à une simple union technique et économique, un projet transcendant et innovant.

Les détracteurs de cette visite papale, agitant l’étendard de leur laïcité, n’ont pas saisi la portée de ce message. Bien entendu, le pape François ne s’est pas exprimé comme un simple chef d’Etat, mais comme le représentant d’une communauté religieuse mondiale, le représentant d’un milliard de catholiques. Il faut comprendre son discours au regard de cette réalité. Cependant, comme tous les représentants religieux, de toutes les religions qui irriguent le continent, sa parole à sa place dans l’hémicycle de la démocratie européenne. La laïcité, ce n’est pas étouffer et brimer les identités religieuses, c’est les reconnaître, les faire cohabiter et les faire dialoguer dans un espace serein et neutre, qui est l’espace publique. C’est en cela que ce discours, porteur de valeurs universels et d’espoir pour l’Europe, bien au-delà de l’aspect religieux, avait toute sa place dans l’assemblée des représentants des 500 millions de citoyens européens.

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P.-S.

Le message inscrit par le pape dans le livre d’or du Parlement européen : « Je souhaite que le Parlement Européen s’affirme plus encore en tant qu’institution où chaque membre contribue à ce que l’Europe, comprenne son passé, affronte avec confiance son futur, et vive avec espérance son présent ».

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