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L’indépendantiste Carles Puigdemont prend le pouvoir au Parlement catalan

, par Robin Alves

Face au refus de la Candidature d’Unité Populaire (CUP), Artur Mas qui avait mené les indépendantistes à la victoire en septembre dernier a dû céder sa place à Carles Puigdemont, 53 ans et ancien journaliste. Indépendantiste de toujours, il prévoit de lancer sans délai le processus de création d’un Etat indépendant. Si la Catalogne a de nouvelles ambitions, l’Espagne reste fragilisée à la suite des élections du 20 décembre, maintenant l’incertitude sur un nouveau gouvernement.

Les plages catalanes sont aux couleurs de l’indépendance. - Albert Torelló (CC/flickr).

Auteurs

  • Diplômé d’un Master 2 professionnel Affaires européennes à Paris 3 Sorbonne Nouvelle, membre des Jeunes Européens - Université de Paris et chargé de développement local au Bureau des Jeunes Européens - France.

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Carles Puigdemont, un homme aux profondes convictions

Il a suffi cinq heures ce dimanche pour que la Generalitat ait un nouveau président. Presque inconnu du grand public, Carles Puigdemont revêt un aspect moderne et dynamique. Polyglotte dans une Espagne allergique les langues étrangères, il parle catalan, espagnol, français, anglais et roumain.

Ancien journaliste de formation, il publia dans de nombreuses revues en faveur l’indépendantisme catalan. Tel Artur Mas, il devient en 2006 député de la Convergence Démocratique de la Catalogne (CDC), un parti de centre-droit. Maire de Gérone en 2011, il fut récemment nommé Président de l’association des communes indépendantistes (AMI), une organisation regroupant les collectivités locales qui souhaitent défendre les droits nationaux de la Catalogne.

Volontaire et discret face aux affaires de corruption, Carles Puigdemont s’impose en figure phare de la cause catalane et met d’accord les deux groupes indépendantistes : la CDC et le CUP. Dimanche dernier, il a été élu avec 70 voix contre 63 : 62 des députés de Junts pel Si (ensemble pour le oui) et 8 des anti-capitalistes de la CUP. En septembre dernier, les indépendantistes avaient obtenu la majorité des sièges du Parlement, mais pas des voix (47,8%).

Si Artur Mas a réussi à placer son protégé au devant de la scène, il fut victime de la défiance de la CUP. Puigdemont s’imposera-t-il en leader ou restera sous contrôle d’Artur Mas ? Dans tous les cas, les ambitions des indépendantistes sont au plus haut.

Des projets à court et long termes pour l’indépendance catalane

Le nouveau président suivra la feuille de route d’Artur Mas exposée le 9 novembre dernier qui a pour objectif “Le début de la création de la République Catalane”.

Dans les 30 prochains jours (jusqu’au 10 février), Carles Puigdemont posera les premières pierres de l’édifice étatique catalan. A savoir, la création d’une agence de sécurité sociale sur les pensions et le chômage, la création d’une banque centrale catalane, d’un trésor public ainsi qu’une réforme fiscale. Au-delà des enjeux socio-économiques, c’est une volonté de démontrer la compétence et le professionnalisme d’éventuels futurs dirigeants d’un Etat catalan.

Mais surtout, Carles Puigdemont souhaite instaurer dans un délai de 18 mois, un référendum portant sur la nouvelle Constitution catalane. Si une telle déclaration fut annulée par le Tribunal constitutionnel espagnol le 2 décembre dernier, Carles Puigdemont souhaite obtenir l’aval du tribunal dans les mois à venir.

Selon lui, il n’y a pas de temps pour les lâches. Se définissant comme le président de la post-autonomie et de la pré-indépendance, il veut négocier une rupture civilisée avec l’Etat espagnol. Le pays en proie à une instabilité gouvernementale tente de réagir tant bien que mal.

Une Catalogne armée face à une Espagne fragilisée

L’investiture de Carles Puigdemont a pris de cours Madrid. Depuis le 20 décembre, les négociations pour former un nouveau gouvernement sont au point mort et le calendrier est délicat. En cas de mesures fortes prises par le gouvernement catalan, la réponse espagnole sera timide. Malgré tout, Mariano Rajoy a exprimé un message de fermeté “Que tout le monde se rassure. Mon gouvernement ne laissera pas passer une seule initiative qui aille contre la souveraineté espagnole”.

Le Parti Populaire (PP) de Rajoy prône l’unité et souhaite s’allier avec le Parti Socialiste Ouvrier Espagnole (PSOE) de Pédro Sanchez dans une grande coalition. Mais, le leader socialiste aimerait suivre l’exemple portugais d’union des gauches. Il ajoute que s’allier avec Rajoy c’est “aggraver encore plus la confrontation”.

Si Podemos (Nous pouvons) et le PSOE rejettent la politique d’austérité, la Catalogne divise cette possible alliance. Le PSOE, dont les plus grands fiefs électoraux sont des communautés autonomes dépendantes de subvention espagnoles (Andalousie, etc.), bénéficie des rentrées fiscales de la Catalogne. Ainsi, le parti propose une réforme de la Constitution vers un Etat fédéral et davantage d’autonomie sans accorder l’indépendance. En revanche, Podemos propose un référendum en valorisant le droit des communautés autonomes, mais reste farouchement opposé à l’indépendance.

L’Espagne qu’on applaudi par son renouvellement politique rajeuni, est ingouvernable. Si le dernier recours reste la suspension de l’autonomie catalane et le contrôle de l’institution régionale, les indépendantistes sont en position de force. A l’heure actuelle, si tout pronostic hasardeux est à éviter, Carles Puigdemont affiche ses ambitions et se met à rêver.

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