La Chine s’est réveillée et le monde ne cesse de trembler. Alors que le nouvel ordre mondial se redessine au gré des bouleversements géopolitiques actuels, la République populaire de Chine entend bien asseoir sa domination en vue du centième anniversaire de son régime, en 2049. Pour l’heure, Xi Jinping a réitéré ses intentions à l’égard de Taïwan, au moment de ses vœux du Nouvel An 2026.

« La réunification est inarrêtable »

Déjà en 2022, à l’occasion du vingtième congrès du Parti Communiste Chinois, le président avait clarifié les volontés belliqueuses du gouvernement qui « ne renoncera jamais à l’usage de la force » afin d’accaparer Taïwan. Au printemps 2025, le journal Le Monde a partagé les images satellites d’une copie grandeur nature du palais présidentiel taïwanais, en plein désert de Gobi, utilisée par la Chine pour ses exercices militaires. L’armée chinoise a également effectué des entraînements de simulation de débarquement sur ses plages. Plus récemment encore, la marine a déplacé ses vaisseaux autour de l’île, reprenant la stratégie de blocus maritime dans le cadre de l’opération « Mission justice 2025 ».

Rappelons que le statut particulier de Taïwan, également connu sous le nom de République de Chine, relève notamment des conflits fondateurs de la révolution chinoise, et de l’opposition entre aspirations nationalistes et communistes dès la fin des années 1920. Une étape cruciale de l’histoire du XXe Siècle, romancée par André Malraux dans son ouvrage La Condition humaine (1933). Cette rivalité a perduré en 1949 après la fuite du leader nationaliste Tchang-Kaï-Chek à Taïwan, où il est soutenu par les Etats-Unis, renforçant la position de Mao Zedong, alors à la tête de la République Populaire de Chine, allié essentiel de l’URSS de Staline.

Progressivement, les relations internationales s’adaptent à la montée en puissance de la Chine continentale, jusqu’à l’octroi en 1971 du siège aux Nations Unies, assorti du droit de veto du Conseil de sécurité à la République Populaire de Chine. Cette décision a été officialisée par la résolution 2758, qui a fait l’objet de nouvelles polémiques en 2025. En 1978, alors que Jimmy Carter rétablit les relations diplomatiques avec la nouvelle puissance, il fait le choix de retirer l’ambassade américaine de Taïwan, qui disparaît peu à peu des organisations diplomatiques internationales.

Un symbole géopolitique

Si la République populaire de Chine a proposé une résolution pacifique à la « province renégate » ( l’expression, fréquente dans les médias chinois, caractérise la controverse), l’état insulaire continue de résister en cherchant de l’aide internationale. Cette situation inquiète l’ensemble des états voisins, en partie en raison de la délimitation des zones économiques exclusives disputées dans la région. La Cour Permanente d’Arbitrage de La Haye s’était prononcée en 2016 en faveur des Philippines sur le sujet. Comment qualifier le soutien de l’administration américaine et de l’Union européenne de désintéressé quand les échanges permettent notamment l’apport de puces électroniques ? Ces semi-conducteurs catalysent des enjeux géopolitiques, y compris d’indépendance avec le poids grandissant des nouvelles technologies.

Un argument de poids pour la « seule Chine », car l’histoire de Taïwan, est aussi celle de l’occupation japonaise durant la première moitié du XXe siècle. L’île n’est redevenue chinoise qu’au moment de la capitulation nippone de 1945, évènement concomitant à la création des Nations Unies. Une période de colonisation dans la continuité de la Guerre de l’Opium au XIXe Siècle, caractéristique des agissements néfastes de l’Occident. Dès lors, l’histoire encore récente délégitime la parole des puissances occidentales, à l’encontre de la Chine qui participe en 1955 à la conférence de Bandung. Un spectre hante le monde : celui du colonialisme.

Des enjeux de gouvernance mondiale

Le fonctionnement actuel des Nations Unies, hérité des vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale, rend plus délicate la critique à l’égard de ses membres permanents. Si la Russie fait l’objet de sanctions internationales majeures depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, aucun pays ne s’engage militairement, en l’absence d’accord antérieur. La crainte d’un nouveau conflit mondialisé, et de ses conséquences délétères pour le futur commun, limite les actions en réponse aux grandes puissances qui contreviennent aux règles du droit international tandis qu’elles en ont acquis le rôle de garant par les institutions internationales.

Maintenant que la question n’est plus de savoir si la Chine compte s’emparer de Taïwan, mais quand elle tentera de le faire. Il est difficile de prédire la réaction des Etats-Unis, dont la nouvelle administration Trump renoue avec l’interventionnisme, tout en se faisant le chantre de la paix mondiale. L’Union européenne pourra bien sûr condamner, comme en décembre 2025, toute incursion chinoise à Taïwan, mais son poids diplomatique face à la Chine restera probablement limité. Et ce, d’autant plus en raison de la forte dépendance de notre modèle de consommation à l’industrie chinoise, à l’origine du dynamisme de sa croissance économique. Qui peut se targuer de citer dix appareils électroniques, chez soi, sans composants fabriqués en Chine ?

Même si l’Union européenne coopère avec les Nations Unies, l’organisation politique n’y connaît qu’un statut d’observateur renforcé sans droit de vote. De plus, depuis le Brexit, seule la France représente l’Union européenne parmi les cinq membres du Conseil de sécurité. Une position qui donne l’avantage à la Chine de Xi Jinping, alliée à la Russie de Vladimir Poutine. Pendant ce temps, les Nations Unies peinent à valoriser et défendre un autre monde que celui de la loi du plus fort.

Le socle de l’Union européenne reste de promouvoir les droits de l’homme, la liberté et la démocratie, comme en 2021, lors de la quatrième consultation sur les droits de l’homme entre l’UE et Taïwan. La question de l’indépendance politique de Taïwan représentera bientôt un défi majeur dans la capacité de l’Union européenne à peser en diplomatie internationale.