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La face cachée des frontières

, par Louise Gerber

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L’espace Schengen a permis de rendre possible la circulation des personnes, des services, des biens et des capitaux. Pourtant, des frontières économiques, juridiques, numériques et sociales persistent entre ses États membres. Des projets transfrontaliers peuvent faire face à ces obstacles imprévus.

Le roaming devrait être totalement supprimé en Europe en 2017. - Uncalno Tekno (CC/Flickr)

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« Je paye un service au Danemark pour regarder des séries dont je ne peux pas profiter à Bruxelles ! » Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, s’indigne. Et pour cause, des obstacles invisibles entravent la mobilité européenne.

Les frontières correspondent souvent à des lignes naturelles : les montagnes, des fleuves, la mer. Mais il arrive qu’aucun indice physique ne marque le passage d’un pays à un autre comme par exemple pour la frontière franco-belge. Toute trace de contrôle voir même de délimitation a disparu. Margrethe Vestager ne se fait plus arrêtée à la douane, mais des problématiques transfrontalières immatérielles subsistent.

Être transfrontalier : un défi au quotidien

Les collectivités locales développent avec leurs homologues frontaliers des projets communs. Il s’agit de renforcer un tissu urbain et économique continu, ou de développer un bassin d’emploi. Des lignes de transports permettent ainsi aux passagers de traverser la frontière. Cependant la nationalisation des transports publics ralentit cette nécessaire transformation. Dans ces conditions, les réseaux, tarifications et titres de transports ne répondent pas aux besoins des transfrontaliers.

Entre Strasbourg et Kehl, il n’existe pas d’abonnement de travail. Le ticket pour l’Allemagne n’est valable que jusqu’à la frontière, Kehl-Grenze. Or cet arrêt demeure un terminus où l’on ne peut pas descendre. Ce n’est qu’un point virtuel pour délimiter les services assurés par la SNCF et par la Deutsche Bahn au niveau de la frontière. Les passagers doivent acheter un autre ticket pour parcourir les quelque 200 m qui séparent la frontière de la gare. C’est arrivé à une étudiante de Colmar. Elle possédait un abonnement Colmar/Kehl-Grenze à 94 € par mois. Mais après un contrôle par un agent allemand, elle a dû payer 3,20€ pour le trajet entre Kehl-Grenze et la gare de Kehl. Et ce sans pouvoir utiliser son téléphone portable de l’autre côté de la frontière, puisque les réseaux téléphoniques changent à la frontière.

Barrières numériques

Pas besoin d’être frontalier pour se heurter au géoblocage. Ce dispositif consiste à bloquer un contenu en dehors de son pays d’origine. En vacances en Espagne, un Belge reçoit une notification de Netflix sur son téléphone : Un nouvel épisode de sa série préférée vient de sortir. Mais en se connectant au service de vidéos à la demande… Impossible de regarder l’épisode tant attendu. Il ne peut pas non plus appeler ou envoyer un message à ses amis pour leur demander de le sauvegarder. Son opérateur téléphonique lui ferait payer des prix faramineux, même si le « roaming », les frais d’itinérance, devrait disparaître courant 2017 (ils ont déjà diminué drastiquement le 1er mai dernier).

De YouTube à Amazon Prime en passant par les vidéos en replay de TF1, de nombreux contenus sont assujettis à des droits de diffusion. Résultat, ils ne sont pas accessibles d’un pays à l’autre de l’Union européenne. Un comble pour Internet qui n’a pas de frontières. La Commission européenne, à travers la création d’un marché numérique unique, veut mettre fin à cette absurdité. Les députés européens ont voté le 19 janvier dernier une résolution pour supprimer le géoblocage. Cela mettra fin à la frustration d’un bon nombre d’internautes européens, Margrethe Vestager la première.

D’autres exemples de blocages entre les pays freinent l’ouverture des frontières : indemnités chômage pas harmonisées, absence de coordination de la sécurité sociale, problèmes de fiscalité, etc. Les gouvernements manquent de volonté politique pour réellement harmoniser les systèmes. Des velléités de rapprochements existent mais la route est encore longue avant que toutes les barrières ne soient complètement levées.

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P.-S.

Cet article est paru dans l’édition lilloise du Taurillon, le Ch’Taurillon.

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