La France insoumise et l’Europe : entre démagogie et bon sens

, par Alexandre Marin

La France insoumise et l'Europe : entre démagogie et bon sens
Jean-Luc Mélenchon, Président du groupe La France Insoumise au Parlement européen le 7 juillet 2016. CC - GUE/NGL

Un amendement de la France insoumise a fait couler beaucoup d’encre dans les milieux pro-européens : le retrait du drapeau européen de l’hémicycle de l’Assemblée Nationale. Il est significatif des thèmes que partage ce mouvement politique avec le Front National. Le président a répondu à cette provocation en signant l’annexe du traité de Lisbonne sur les symboles de l’Union européenne. Un autre amendement a étrangement fait beaucoup moins de bruit, et il aurait été bon d’en parler davantage : la mise en place au sein du Parlement français d’un débat préalable à chaque conseil européen.

La présence du drapeau européen à l’Assemblée : la démagogie crasse de la France insoumise…

Jean-Luc Mélenchon avait fait parler de lui dès son arrivée à l’Assemblée Nationale en juin dernier. Elevant le regard vers le drapeau européen, il avait énoncé ces quelques mots : « franchement, on est obligés de supporter ça ? C’est la République française ici, pas la vierge Marie, je ne comprends pas… ». Le député a enchainé en critiquant la constitutionnalité de la présence ce symbole de l’Union dans l’hémicycle de l’Assemblée. Ses collègues croyaient à une blague. Pour eux, cette réflexion de philosophie politique et juridique très profonde se réduisait à de la communication basique sans lendemain censée attirer l’attention médiatique autour de l’europhobie de la gauche radicale française.

Or, depuis le début du mois d’octobre, il semble que ce ne soit pas le cas. Les élus insoumis à l’Assemblée Nationale ont présenté un amendement demandant que soit retiré l’étendard étoilé. Ils expliquent que sa symbolique religieuse porterait atteinte au principe de laïcité. Ils souhaitent qu’on le remplace par le drapeau des Nations Unies, qui symboliserait l’ouverture de la France sur le monde. Sachant que ce retrait ne concerne que l’hémicycle et nullement le fronton de la chambre haute, on peut finalement en conclure qu’il ne s’agit que de communication. En revanche, Mélenchon ne plaisantait pas le jour où il avait ressassé ses bêtises devant son groupe : il est bel et bien un europhobe primaire et sectaire.

La représentation de la vierge Marie, entourée d’étoiles sur un fond bleu, a indéniablement inspiré le créateur du drapeau européen, fervent catholique. Mais si ce parallèle avec le christianisme heurte le principe de laïcité, alors, l’emblème tricolore est tout aussi inconstitutionnel que celui des 28. Le bleu et le rouge incarnent les couleurs de la ville de Paris. Ces couleurs ont été choisies pour leur connotation religieuse : le rouge est la couleur de Saint-Denis, premier évêque de Paris et évangélisateur de la Gaule, et le bleu incarne la vierge Marie, et a, ainsi, la même origine que le bleu du drapeau européen. Taisons aussi le blanc, couleur des rois. Il n’est pas jusqu’au drapeau des Nations Unies qui ne soit pétri de christianisme : le rameau d’olivier qui y figure a été associé à la paix par Saint-Augustin, un des pères de l’Eglise. La vision étroite de la laïcité dont nous fait part le chef de la France insoumise suppose que l’on abolisse tous les noms de villes et de rues qui font référence à un Saint, et que l’on supprime les fêtes de Noël et de Pâques.

Si l’on continue dans ce niveau de démagogie aussi stérile que stupide, bientôt, Laurent Wauquiez déclarera que le drapeau européen est un symbole musulman, en prétendant que les étoiles auraient cinq branches, signe des cinq piliers de l’Islam.

La défense de la laïcité étant une motivation trop idiote pour figurer explicitement dans le texte de l’amendement, c’est l’ouverture de la France sur le monde et sa vocation à promouvoir la paix qui ont été trouvées pour justifier la position du groupe dirigé par Mélenchon. Chasser les symboles de l’Europe des instances de la représentation nationale pour promouvoir la paix est aussi logique qu’inaugurer un restaurant McDonald pour encourager une nourriture saine.

L’insigne commun aux 28 est l’allégorie de la paix et de la coopération entre les peuples. La France, seule, a dû attendre 1945 pour ne plus faire la guerre à ses voisins. Son seul coup d’éclat récent est son opposition à la guerre en Irak en 2003, mais elle n’a pu le faire que parce qu’elle était soutenue, entre autres, par l’Allemagne, la Russie, la Chine et la Belgique. On ne peut favoriser correctement la paix que dans le cadre de l’Union européenne. Notre Union a mis fin à toute perspective de guerre entre ses membres, ce qui lui a valu le prix Nobel de la paix en 2012. Elle demeure le premier artisan de paix dans le monde.

…qui condamne au silence une proposition beaucoup plus constructive

Cela étant dit, la polémique de ces dernières semaines a condamné au silence un autre amendement de la France insoumise, [1] qui proposait que chaque réunion du Conseil européen fasse l’objet d’un débat préalable devant l’Assemblée Nationale.

Certes, il ne s’agit pas d’une suggestion fédéraliste ; au contraire, elle s’inscrit dans la tradition intergouvernementale qui est le pêché originel de la construction européenne. Elle ne répond pas au problème fondamental de l’Union actuelle qui est que les décisions sont prises au niveau européen par des responsables politiques dont la légitimité et la responsabilité sont nationales. Elle n’instaure pas de véritable démocratie européenne.

Pour autant, cet amendement contribue à améliorer le fonctionnement démocratique de l’Union, même s’il ne le transfère pas à une échelle supranationale. Surtout, il permet de rendre plus transparent le trou noir qu’est le Conseil européen, à défaut de le supprimer tout simplement.

Qui plus est, un tel débat existe dans tous les Etats membres qui sont des démocraties parlementaires, alors qu’en France, seul le Président de la République s’occupe des affaires du continent. Il ne répond devant personne de son action européenne. Rien ne justifie cette irresponsabilité. C’est pourquoi la France insoumise a eu raison de le proposer et la majorité a eu tort de l’ignorer. Si le Parlement français veut être impliqué dans le processus politique européen, il doit commencer par demander des comptes à ceux qui engagent la France vis-à-vis de nos partenaires. Aussi, les mesures adoptées par le Conseil européen pourront-elles faire l’objet du même contrôle, en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Belgique, ou aux Pays-Bas.

Il est donc dommage que l’une des majorités les plus europhiles de l’Histoire de la cinquième République se braque devant un amendement qui permettrait à ceux qui votent les lois d’effectuer l’une des tâches pour lesquelles ils sont élus : contrôler les actes du pouvoir exécutif. Il est tout aussi regrettable que l’opposition de gauche radicale n’exprime que des positions extrémistes futiles et néglige de mettre en avant des propositions constructives pour une Europe plus démocratique et davantage conforme à ses idéaux.

Notes

[1amendement de la France insoumise en faveur d’un débat à l’Assemblée Nationale avant chaque Conseil européen (http://www.assemblee-nationale.fr/15/amendements/0169/CION_LOIS/CL24.asp)

Vos commentaires

  • Le 5 novembre à 10:21, par denis pechon En réponse à : La France insoumise et l’Europe : entre démagogie et bon sens

    bonjour

    Vous êtes un peu trop affirmatif sur l’origine religieuse du drapeaux européen, les divergences sur son origine son nombreuses et si l’inspiration du bleu peut provenir du symbole de la vierge marie, tout est à relativiser, vu qu’il a failli être vert... symbole de l’islam mais à l’époque je ne suis pas persuadé que les fondateurs en aient perçu toute l’acuité. Les 12 étoiles sont le symboles dit de la perfection : 12 mois, 12 heures... etc etc... pour lesquelles on ne peut pas grand chose, les grecs et les romains sont passés par là avant... Je me doute que la concession sur l’origine est faite pour diminuer la pression versus les insoumis, que je surnomme les inutiles, mais la concession est trop facile, la vérité est parfois plus têtue.. bien à vous.

  • Le 9 novembre à 00:37, par Noel Orsat En réponse à : La France insoumise et l’Europe : entre démagogie et bon sens

    je suis la plupart du temps d’accord avec le Taurillon Mais sur le 2ème point je pense que ce serait une erreur de perspective ; C’est comme ci on demandait à un Conseil Régional ou départemental ou municipal de se prononcer sur le Conseil des Ministres Ce serait mettre le doigt dans un engrenage dangereux .

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