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La Grèce, bouc émissaire de Schengen ?

, par Nathan Delbrassine

Depuis de nombreuses années déjà l’Union européenne fait face à crise migratoire sans précédent. Plusieurs villes et pays frontaliers de l’Union. On aurait pu s’attendre à ce qu’une solution communautaire soit mise sur pied, et pourtant, les Etats s’obstinent à faire endosser l’entière responsabilité des défaillances dans le processus d’accueil et de gestion des flux migratoires à Bruxelles.

Dans ce contexte de tensions sur la crise des réfugiés en Europe et de questionnement sur le devoir d’asile des Etats de l’Union, le comité du Nobel envisage de nommer les insulaires grecs au prix Nobel de la paix pour le sauvetage de refugiés naufragés. Une nomination qui pourrait venir contredire les discours de certains ministres et responsables politiques. - CAFOD Photo Library (CC/Flickr).

Auteurs

  • Etudiant en droit à l’Université libre de Bruxelles, membre des Jeunes Européens.

Une fois de plus, l’égoïsme et l’égocentrisme des architectes de la construction européenne priment. Réunis en sommet informel à Amsterdam, les ministres de l’Intérieur se sont entretenus afin d’échanger sur la gestion des frontières extérieures de l’Union européenne et l’afflux migratoire.

L’Autriche sonne la charge contre la Grèce

La sortie de la ministre autrichienne de l’Intérieur, Johanna Mikl-Leitner, est à épingler. Après avoir évoqué l’exclusion temporaire de la Grèce de l’espace Schengen, la ministre a récidivé le lundi 25 janvier. En effet, bien que les Etats membres se soient montrés, individuellement, incapables de gérer la crise migratoire, elle a déclaré : « Si nous ne réussissons pas à sécuriser la frontière extérieure de l’Europe, la frontière gréco-turque, la frontière extérieure de l’Europe va se déplacer vers l’Europe centrale ». Si son homologue allemand soutient une solution européenne, il presse, néanmoins, la Grèce de « faire ses devoirs ».

Ce n’est pas la première fois que la Grèce se voit incriminée en matière de migration. En effet, de nombreux Etats membres avaient déjà énergiquement protesté lorsque la Grèce a commencé à fournir des titres de séjour aux immigrants leur permettant de se déplacer sur le territoire de l’Union européenne. Cependant, c’est la première fois qu’un “Grexit” de Schengen est explicitement brandi comme menace pour un Etat débordé par l’afflux de réfugiés et dont les finances ne permettent pas un contrôle strict de ses frontières. Certains Etats d’Europe centrale, tels que la Hongrie, la Slovénie ou la Hongrie, militent en faveur de cette option.

Une solution commune de toute urgence

Les Etats membres montrent à nouveau qu’ils ont oublié la raison d’être de l’Union européenne et la solidarité qui est au fondement de l’accord communautaire. Les phénomènes de migration auxquels l’Union fait face sont un problème européen qui nécessite une solution commune de toute urgence. Il ne faut pas continuer à tolérer que certains pays fuient leurs responsabilités sous prétexte qu’ils ne sont pas directement concernés par les migrations ou bien parce qu’ils ne l’entendent pas de cette oreille.

L’Autriche peut bien s’agiter dans tous les sens, dénier la responsabilité qui est la sienne, accuser les autres de ne pas combler efficacement le vide qu’elle laisse béant, rien ne pourra tarir le flot de réfugiés espérant une vie meilleure sur un autre continent idéalisé. Ces demandeurs d’asile incarnent l’expression des premières maladies du « rêve européen » dont ils sont également les victimes. Si Mme Mikl-Leitner voulait gérer efficacement les flux migratoires traversant le territoire de l’Union européenne, elle s’apercevrait que seules deux solutions s’offrent à elle.

La première, celle de soutenir et encourager la Commission européenne et la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, dans ses efforts d’apaisement et d’aboutissement à la paix dans les zones de conflit d’où sont originaires les réfugiés, car il est illusoire de croire un instant que le nombre de personnes prenant le large en quête d’un avenir meilleur va diminuer parce qu’on le leur demande gentiment alors que la guerre fait rage dans leur pays. La deuxième est le renforcement de moyens financiers et humains européens aux frontières de l’espace Schengen, car comme l’a très bien fait remarqué Mme Mikl-Leitner, les frontières grecques forment encore les frontières de l’Union européenne.

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