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La lutte pour les Spitzenkandidaten contre l’arrogance des États

, par David Schrock, traduit par Clara Ducimetiere

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Par un appel au Conseil européen, les Jeunes Européens Fédéralistes (JEF) Allemagne conjointement avec des partis de la jeunesse défendent le principe des « Spitzenkandidaten » aux élections européennes. Découvrez ici l’avis du président des JEF Allemagne, David Schrock, à l’occasion de la campagne.

Angela Merkel et le candidat du PPE, Jean-Claude Juncker, lors des élections européennes de 2014. – © European People’s Party / Flickr / CC BY 2.0-Lizenz

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« Jusqu’à maintenant, nous avions clairement espéré beaucoup plus – au moment où je terminerai d’écrire cet article, 1100 personnes auront probablement signé la pétition des JEF, dans laquelle Angela Merkel et Frank Walter Steinmeier sont appelés à conserver, lors des prochaines élections de 2019, un droit démocratique qui avait été acquis lors des dernières élections européennes.

Il s’agit en somme de cela : le traité de Lisbonne prévoit que le Parlement européen, sur proposition du Conseil européen, élit le président de la Commission. Légalement, les chefs d’Etat et de gouvernement (le Conseil européen n’est d’ailleurs rien d’autre) ne peuvent donc pas proposer quelqu’un dont les députés européens ne veulent pas. Mais dans le passé, dans les faits, cette règle prévue par les traités a conduit à ce qu’avant le vote du Parlement, les intérêts des différents partis élus soient mis soigneusement dans la balance, et finalement qu’un candidat ressorte, candidat avec lequel tous les députés mais aussi les chefs d’Etat et de gouvernement peuvent travailler d’une manière ou d’une autre.

Idéalement, il ne devait pas être trop puissant ni avoir une trop grande influence dans son pays d’origine, ce qu’il aurait pu utiliser en cas de problème contre les Etats nations membres. Et la politique européenne devait bien évidemment rester soumise à la volonté des Etats nations, c’est-à-dire à une politique nationale – où irions-nous si les partis nationaux s’organisaient au niveau européen et qu’ensuite des députés élus s’élevaient contre la volonté de leur gouvernement national sacré.

Mais lors des élections européennes de 2014, cet incident grave a également touché le gouvernement allemand. En effet, ces effrontés de chrétiens-, sociaux- et libéraux-démocrates et même la gauche y sont allés et ont décidé qu’ils n’élieraient à la présidence de la Commission qu’un candidat qu’ils auront préalablement désigné lors d’un congrès démocratique européen. Pas d’accords secrets après le vote ? Scandale !

Pas de conversations en coulisses et de jeux de pouvoirs équilibrés, pour dissuader une connaissance ou même – Dieu nous en garde - un président de la Commission charismatique !? Ils n’ont pas le droit enfin ! On ne peut pas laisser faire cela ! Participation démocratique des partis ? Et qu’est ce qui vient après ? Il ne manquerait plus que les citoyens veuillent aussi participer à ce qui se décide en Europe !? Scandale !

Cette vision de la démocratie européenne est apparemment partagée par Merkel et Steinmeier ainsi que par les 26 autres chefs d’Etat et de gouvernement. Il va d’ailleurs sans dire qu’ils ont évidemment décidé en douce de ne pas laisser se reproduire « l’incident » des élections européennes de 2014 lors des prochaines élections de 2019. L’Europe doit rester dirigeable autant que possible. Et cela commence par le fait de ne présenter que des candidats sur des listes aux élections et de surtout ne donner aucun moyen de vote direct aux citoyens, et de déterminer avec autorité qui dirigera la prochaine Commission.

Maintenant, ce n’est pas non plus comme si lors des élections au Bundestag, le citoyen moyen pouvait empêcher, après qu’un parti XY ait été élu, qu’un autre candidat à la chancellerie soit finalement envoyé au Bundestag. Un tel processus provoquerait un tel scandale parmi la population que le parti qui essaierait de faire cela n’aurait même pas besoin de se présenter aux prochaines élections.

Mais au niveau européen, Merkel et Steinmeier n’essaient pas seulement de faire exactement ça, mais ils cherchent carrément à empêcher que les partis présentent des « candidats chanceliers ». On ne peut pas faire plus effronté. Et tout cela pendant le mandat législatif, en secret et sans même que les citoyens s’en rendent compte.

Il faut apparemment constater que la politique européenne n’intéresse pas les citoyens ou qu’elle leur est bien trop étrangère. Même si l’offensive de Merkel et Steinmeier avec les chefs d’Etat et de gouvernement restants était un succès, cela ne changerait pas non plus les choses.

La démocratie européenne doit donner l’opportunité aux citoyens d’intervenir. Les Spitzenkandidaten donnent aux élections européennes et aux partis un visage et une dimension politique sans précédent. Si le principe des Spitzenkandidaten devait être aboli, ce serait un désastre démocratique inconcevable, un aveu d’échec pour l’intégration politique de l’Union européenne et un aveu d’échec incroyable de la société civile, qui n’est pas de taille à réagir à l’affront de ses propres politiciens. Je suis presque tenté de dire : celui qui ne réagit pas n’a pas plus mérite que de se faire dicter sa conduite.

Il ne reste sans doute qu’un espoir en l’Italie, qui est le seul Etat à s’opposer à la volonté des autres chefs d’Etat et de gouvernement du Conseil européen. Qui sait, peut-être que cette fois ce ne sera un village gaulois, mais bien un village romain, qui s’opposera à l’arrogance des Etats restants, et vaincra finalement non pas Rome, mais Bruxelles. Fédéralisterix, prenez le relais ! Compte tenu de l’impudence du processus actuel, il ne reste aux pro-européens défendant le progrès démocratique pas grand-chose de plus que l’humour noir. »

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