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La Slovaquie à la tête d’une Union post-Brexit

, par Laura Mercier

La Slovaquie succède aux Pays-Bas, et assume depuis ce vendredi 1er juillet, la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Les six prochains mois vont être décisifs pour l’Union européenne. Au programme, ouverture des négociations de la sortie du Royaume-Uni, politique migratoire, tenue d’élections en Autriche, validation du CETA et continuité des négociations sur le TAFTA. Et dans cette période cruciale, la Slovaquie a l’ambition de peser dans le débat et d’utiliser cette tribune diplomatique qui lui est confiée.

La Slovaquie prend la tête du Conseil de l’Union européenne pour les six prochains mois. Robert Fico, Premier ministre, compte bien en profiter pour favoriser dans le débat les positions du groupe de Visegrad. - European Council (CC/Flickr)

Auteurs

  • Membre des Jeunes Européens - Lyon, étudiante en 3e année de licence de sciences politiques.

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L’ambition slovaque

Pour la première fois depuis son adhésion à l’Union européenne en 2004, la Slovaquie préside le Conseil de l’Union européenne. Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a clairement affiché sa volonté de profiter de cette responsabilité pour donner plus de visibilité et d’influence aux positions politiques des pays d’Europe de l’Est. La présidence slovaque est organisée autour de quatre priorités : une Europe économiquement forte, la modernisation du marché unique avec notamment le développement du Marché unique du numérique, une politique migratoire efficace et durable, et une place sur la scène internationale renforcée.

Bratislava entend impliquer davantage les pays de l’Europe de l’Est dans les négociations. La Slovaquie est notamment soutenue par le groupe Visegrad, qui réunit la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie. La présidence du Conseil de l’UE offre à la Slovaquie une tribune diplomatique. Il a notamment été décidé que Bratislava accueillera un sommet à 27 sur l’avenir de l’Union européenne, le 16 septembre.

Cependant, la présidence tournante du Conseil de l’UE est davantage symbolique qu’exécutive, notamment depuis la création du poste de président du Conseil européen, occupé actuellement par Donald Tusk.

Une présidence rythmée par le Brexit, les nationalismes et la politique migratoire

La Slovaquie débute son mandat dans un contexte particulier et inédit : le Royaume-Uni s’apprête à sortir de l’Union européenne, et cette dernière est en proie à la montée des nationalismes dans de nombreux pays européens. Et justement, plusieurs échéances électorales vont avoir lieu, notamment en Autriche où la Cour constitutionnelle a annulé le résultat de l’élection présidentielle du 22 mai, où extrême droite et écologistes étaient au coude-à-coude.

De plus, l’Union européenne reste divisée sur la politique migratoire à adopter. Les pays de l’Est se sont massivement opposés au système de répartition des réfugiés par quotas, et les frontières intérieures ont été rétablies entre plusieurs pays. Il y a un an, en juillet 2015, le Premier ministre Robert Fico avait déclaré que le pays n’accueillerait que des réfugiés chrétiens, dénonçant un risque de « propagation du terrorisme ». On peut donc anticiper la position slovaque sur la politique migratoire pour les prochains mois : Bratislava ne soutiendra pas le système de répartition par quotas, et encouragera plutôt à un durcissement de la politique migratoire en soutenant la sécurisation des frontières extérieures de l’UE et la lutte contre l’immigration clandestine. Il paraît donc peu probable que la présidence slovaque permette de trouver un compromis durable entre les pays européens sur la question de l’accueil des réfugiés et du système de Dublin.

Concernant le Brexit, différents scenarii sont envisageables pour les six prochains mois. Bratislava devra organiser et encadrer les prochaines étapes des négociations, et ce même si le Royaume-Uni n’a pas encore fait de demande formelle de sortie de l’Union. Cependant, selon Jacques Rupnik, politologue français, la Slovaquie ne mènera pas les négociations du Brexit : « les acteurs qui vont gérer la suite de ce vote britannique ne se trouvent pas à Bratislava […] La Slovaquie suivra la ligne allemande. » Et pourtant, Robert Fico, le Premier ministre slovaque, déclarait il y a quelques mois : « Je ne me prosternerai pas devant l’Allemagne et la France. » Bien que les enjeux du Brexit dépassent la responsabilité d’un seul pays, la Slovaquie a tout de même l’intention de s’impliquer et d’être au cœur du débat sur l’avenir du projet européen.

En revanche, même si le rôle de la présidence tournante a été réduit au cours des dernières années, celle-ci permet de favoriser l’implication du pays concerné et de l’opinion publique dans les affaires européennes. Et cela pourrait être positif pour la Slovaquie qui s’est montrée peu europhile ces derniers temps : le pays a notamment porté plainte devant la Cour de Justice de l’Union européenne contre les quotas de migrants, et dernièrement, le parti d’extrême droite nationaliste ‘Notre Slovaquie’ qui est entré au Parlement au mois de mars, a lancé une pétition pour organiser un référendum sur la sortie du pays de l’Union européenne. Cette présidence du Conseil de l’UE pourrait donc permettre à la Slovaquie et aux pays de l’Europe de l’Est de renouer avec le projet européen, et d’être davantage impliqués et écoutés à la table des négociations.

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