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Lady PESC mise au défi

, par Paolo Acunzo, Salvatore Sinagra, traduit par Cyrielle Seron

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Federica Mogherini a été nommée au poste de Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, une reconnaissance importante obtenue grâce aux résultats du Parti démocrate italien (PD) aux élections européennes et à son importance au sein du Parti socialiste européen (PSE). Cependant, sa tâche sera ardue au vu de l’abêtissement du contexte international, de ses attributions et de la limitation de ces dernières.

Federica Mogherini a pris la tête du Service Européen d’Action Extérieur le 1er novembre dernier, en y imprimant sa marque de fabrique. - European External Action Service

Auteurs

  • Paolo Acunzo è nato a Roma nel 1971, padre di due figli, dopo la laurea in Scienze politiche ha conseguito il titolo di Esperto in diritto, economia e politiche dell’Unione europea. Ha lavorato diversi anni a Bruxelles presso il Parlamento europeo e la Commissione europea. Ha svolto il ruolo di European Affairs Adviser per diverse organizzazioni in Italia e all’estero e tiene le relazioni con istituzioni, agenzie e industrie europee. Attualmente è Vice Segretario nazionale e Segretario della sezione « Altiero Spinelli » di Roma del Movimento Federalista Europeo.

  • Nato a Palermo nel 1984. Laureato in Economia e legislazione per l’impresa all’Università Bocconi. Analista finanziario.

De nombreuses personnes escomptaient une période de paix et de prospérité après la chute du mur de Berlin et la dissolution de l’URSS, mais la situation s’est dégradée depuis 1989. Loin de nous l’idée d’être nostalgique de la Guerre froide, mais force est de constater que le monde aujourd’hui est manifestement plus instable qu’il y a vingt-cinq ans : le nombre de conflits à travers le monde a considérablement augmenté ; les formes de violence se sont multipliées ; de plus en plus d’États font faillite et aux guerres s’ajoutent manifestement les menaces du terrorisme, de la contrebande, du trafic d’armes et de la traite des êtres humains aux quatre coins du monde. Avec la fin du communisme, la privatisation de la guerre a été la première d’une longue série de facteurs aggravant.

Peu à peu, les autorités se sont rendues compte que les États-Unis n’étaient pas capables de garantir la paix à eux seuls, et l’Occident s’est retrouvé à plusieurs reprises dans une situation difficile, incapable de prendre position. Qui faut-il soutenir en Égypte ? Le parti islamiste, dont le degré de conservatisme reste à déterminer, ou les militaires ? Et en Ukraine ? Faut-il appuyer les nationalistes russes ou ce large front pro-occidental qui inclut également les fascistes ? Et en Syrie ? Le dictateur responsable du massacre de son peuple ou les islamistes et les contrebandiers ? Les relations avec la Russie de Vladimir Poutine et les États-Unis de Barack Obama n’avaient jamais eu autant d’influence sur la nomination des nouveaux commissaires européens. Les États-Unis reconnaissent pour la première fois leur impuissance, l’impossibilité de former un monde unipolaire et le rôle majeur que pourrait avoir une Union européenne compétente d’un point de vue politique dans ce nouveau monde multipolaire.

Si la coordination des relations internationales est devenue un véritable cauchemar aux États-Unis, en Europe la situation est pire encore. Depuis le début des années quatre-vingt-dix, avec les guerres en ex-Yougoslavie, on a clairement vu les limites de la vieille Europe au moment d’interagir dans un monde qui n’était déjà plus bipolaire. Ainsi, dans les pires moments de son histoire, par exemple lorsqu’elle était soumise à la pression exercée par George W. Bush, l’Europe s’est divisée sur des questions importantes, comme la décision de partir ou non en Irak. Mais ce fut également le cas en période de prospérité. Alors que Bill Clinton et Barack Obama demandaient à l’Europe de personnifier un « allié » courageux et non pas d’envoyer simplement des hommes pour garnir les flancs de son armée, Bruxelles, bien qu’elle ait eu la possibilité de se faire entendre, a été incapable de s’exprimer d’une seule et même voix. Trop de personnes pensent encore qu’une relation subordonnée à Washington est meilleure qu’une politique européenne commune. Résultat ? De Gaza à Donetsk, en passant par Damas et Mossoul, la guerre est sur le pas de notre porte. L’année prochaine l’Europe célèbrera soixante-dix ans de paix sur son territoire et il serait judicieux d’évaluer par la même occasion les risques encourus en acceptant que des guerres se déroulent aux frontières de l’Union européenne.

Une fois de plus, les États-Unis demandent à l’Europe de respecter ses engagements étant donné que, dans ce système géopolitique précaire, le suivi de la doctrine Bush ou Obama ne suffit plus. Ils veulent que l’Europe soit le complément en mesure d’apporter de la stabilité aux relations internationales ces derniers temps ébranlées par une mondialisation sauvage.

Même après le traité de Lisbonne, même après la fusion des postes de Haut représentant et de Commissaire aux relations extérieures, la politique extérieure européenne comporte toujours de graves contradictions, telles que la volonté de Bruxelles de mettre en place une politique européenne extérieure sans demander aux États de renoncer à leur droit de veto en matière de décisions communes. C’est comme si les joueurs d’une équipe de foot montaient tous en attaque pour réussir à marquer un but, sans penser aux résultats de l’ensemble de l’équipe. Seule l’abolition du droit de veto pourra donner lieu à une véritable politique extérieure commune, mais cette issue semble encore bien loin.

Federica Mogherini devra élaborer une politique extérieure à partir de rien, une politique qui devra dépasser la dichotomie américanisme/antiaméricanisme et malheureusement faire face à des obstacles considérables avant même de sortir des frontières de l’Union européenne. Elle devra en effet faire comprendre aux Britanniques et à un certain voisin de la Russie que l’OTAN ne suffit plus ; elle devra faire comprendre aux Français que Paris ne dispose pas non plus d’une politique extérieure assez puissante et que la libération de Tombouctou ne suffit pas à faire réapparaître l’Afrique française et, enfin, elle devra faire comprendre aux Allemands que la politique commerciale ne peut pas remplacer la politique extérieure.

Pour finir, elle devra tenter de coordonner la politique extérieure de l’Union européenne avec celles du commerce, de l’immigration, etc., car, comme Mario Draghi l’a rappelé il y a peu, des politiques contraires peuvent se neutraliser mutuellement, de même que leurs effets, bien qu’elles soient très bonnes sur le plan technique. Difficile d’obtenir une coordination efficace si les prérogatives liées aux relations extérieures de la Commission se retrouvent éparpillées entre de nombreux portefeuilles et si Lady PESC (1) doit se limiter à « assembler les pièces d’un puzzle » données par différents commissaires. En effet, dans ce cas, elle devra non seulement trouver un juste milieu entre les intérêts nationaux mais également limiter les prétentions des autres commissaires.

Une politique extérieure commune devrait certainement diriger l’Union européenne vers le modèle imaginé par Mario Telò dans son livre Europe puissance civile. Le besoin d’avoir une armée européenne ne reflète pas tant le souhait de créer une superpuissance militaire que la nécessité d’optimiser l’efficacité stratégique de la défense européenne et de réduire les dépenses liées à la défense « non européenne ». La voie diplomatique sera donc essentielle pour trouver une solution équilibrée entre une Europe neutre « che si fa i fattisuoi » (qui se laisse porter) et une Europe qui réagit, même de façon autonome, face aux politiques néoconservatrices de l’administration Bush. Pour changer profondément l’Europe, il nous faut commencer par sa politique extérieure. Seule une nouvelle organisation des relations internationales, dans laquelle l’Union européenne jouerait un rôle d’acteur clé indépendant, permettra de contribuer au maintien de la paix, devenu urgent dans le (dés)ordre mondial actuel.

Étant donné qu’actuellement nous ne disposons d’aucune politique européenne extérieure, il ne reste plus qu’à espérer que Lady PESC parvienne à rattraper le temps perdu et à mettre en route cette politique dès que possible. Souhaitons donc un bon travail à Federica Mogherini, et surtout à nous, citoyens du monde.

(1) Politique étrangère et de sécurité commune

Voir en ligne : Traduction espagnole : Los retos de Lady PESC

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Vos commentaires

  • Le 14 novembre 2014 à 14:47, par Alain En réponse à : Lady PESC mise au défi

    Quelle légitimité démocratique pour la PESC ? Aux dernières nouvelles il n’existe aucune enceinte élue où le sujet est discuté. Il faut cesser de croire qu’il s’agit d’apposer l’étiquette « UE » pour que cela soit une bonne chose.

  • Le 14 novembre 2014 à 15:35, par Ferghane Azihari En réponse à : Lady PESC mise au défi

    La légitimité de la PESC est aujourd’hui essentiellement inter-gouvernementale. Mogherini est responsable devant les 28 diplomaties nationales. Vous avez donc raison de rappeler que le citoyen lambda a très peu de contrôle sur elle. Une gouvernance fédérale améliorerait de fait le contrôle démocratique de l’exécutif.

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