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Le pape François, vecteur de l’unité européenne ?

, par Sarah Champagne

Depuis 2013, année de son élection, le Pape François affiche une ligne de pensée nettement plus politisée que ses prédécesseurs. Il s’est notamment prononcé sur la crise migratoire européenne, la COP21 et le terrorisme. Une manière de positionner l’Eglise catholique comme unificatrice et actrice de la vie politique européenne ?

En novembre 2014, le pape François était en déplacement à Strasbourg pour s’exprimer devant le Parlement européen et l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Son discours appelait à remettre l’humain au cœur du projet européen. - Catho Alsace (CC/Flickr).

Auteurs

  • Étudiante sur le campus européen franco-allemand de Sciences Po - Paris à Nancy, je suis passionnée par la politique internationale et par l’histoire européenne. Joueuse de piano jazz à ses heures perdues, je suis membre des Jeunes Européens - Lorraine depuis 2015.

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Le nouveau pape se veut différent. Le choix de son nom de règne est révélateur : il fait référence à Saint François d’Assises, le saint des pauvres et de la paix. De plus, le pape prend souvent la parole et donne son avis dans les débats politiques et sociaux qu’il juge importants. Et il est écouté. Pas seulement par les catholiques. Il est écouté, me semble-t-il, par ceux qui cherchent une voix différente. Une voix qui, n’étant pas directement politique, n’a pas de stratégie de conquête du pouvoir et voit donc au-delà des clivages habituels.

Un pape écolo, défenseur des réfugiés et de l’idéal européen

Ses positions sont intéressantes et fondées. Un accord conséquent suite à la COP21 était pour lui essentiel pour « préserver la Création ». Suite à l’interdiction de la marche pour le climat, il avait envoyé ses chaussures pour les poser Place de la République à Paris. Dans ses discours, il prône régulièrement un mode de pensée humaniste et d’aide à son prochain. Dans le contexte actuel de violences politiques, religieuses et sociales, ce type de discours est le bienvenu.

Qu’en est-il de l’Union européenne ? Dans son discours devant le Parlement européen en 2014, la position papale était clairement formulée. Il appelle à retrouver foi en l’avenir et à la tolérance, ainsi qu’à éviter toute uniformisation culturelle des Etats membres. Il souhaite également un réveil de l’Europe face aux questions de l’immigration et de l’écologie. Ces idées ont été saluées par de nombreuses fractions politiques, de l’extrême droite aux écologistes en passant par les modérés de droite et de gauche. Seuls quelques députés d’extrême gauche tels que Jean-Luc Mélenchon se sont montrés dubitatifs quant à la place de cette figure religieuse dans les institutions politiques européennes.

Le pape, une figure tant religieuse que politique sur la scène européenne et mondiale

C’est bien là que se situe le problème. Le pape, consciemment ou non, s’impose aujourd’hui comme un unificateur, la figure publique mettant régulièrement d’accord les Européens. Parce que grâce à son statut particulier, il donne à l’humanisme et aux grands principes un certain poids dans la vie politique tout en étant une figure au-dessus de la mêlée. Parce qu’il voit souvent juste, et qu’il dispose d’une liberté de ton, il vivifie les valeurs parfois bafouées au sein même de l’Union européenne.

L’Europe va-t-elle effectivement vers plus de tolérance et d’ouverture culturelle si ses citoyens se réfèrent pour la plupart au représentant d’une seule religion ? Quel est l’avis des protestants majoritaires dans les pays anglo-saxons, des orthodoxes de l’Europe de l’Est, des musulmans ou bien des juifs ? Pas sûr que ceux-là, ainsi que les athées, voire même les catholiques peu convaincus se reconnaissent dans la figure du pape.

Pour les Français, attachés au principe de laïcité, la pilule a d’autant plus de mal à passer. Au nom de quoi l’autorité religieuse se mêlerait-elle de politique ? La foi est une affaire privée qui doit le rester pour conserver la cohésion sociale. L’Europe en a fait l’expérience dès les guerres de religion à l’époque moderne. Mais même en dehors de ce principe qui n’est pas partagé par tous les Etats-membres, il est bon de mettre en perspective la place du pape dans l’espace publique. L’Eglise, bien que porteuse de valeurs humanistes et chrétiennes, est aussi en grande partie conservatrice et pourrait freiner l’avancée sociétale de l’Europe, qui en est aujourd’hui le chef de file mondial. Si le pape s’immisce dans la politique, c’est aussi pour redonner à la religion l’importance qu’elle a perdue petit à petit depuis les Lumières européennes.

Un projet humain pour l’Europe

Alors pourquoi ce soudain engouement pour un personnage de haute autorité ? Certains ont besoin d’un guide suprême, d’une autorité morale, en politique comme ailleurs. Cette figure papale aux idées nouvelles, qui affichent dans un certain sens un progrès, vient appuyer la construction européenne et les valeurs fondatrices humanistes de cette construction. Elle vient aussi humaniser un projet porté davantage sur l’économie et le marché libéral unique. Ce projet humain, culturel et intellectuel, doit être aussi celui de chaque citoyen de l’Union.

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Vos commentaires

  • Le 27 janvier à 11:20, par LECLOUX André En réponse à : Le pape François, vecteur de l’unité européenne ?

    L’Europe a besoin de figures de référence et les personnalités politiques n’emportent ni l’adhésion ni l’enthousiasme des citoyens, perdues qu’elles sont dans les jeux de pouvoir et d’influence partisane. L’Europe est masquée par les intérêts nationaux et ne possède ni le souffle ni l’ambition nécessaire pour défendre un projet humaniste mobilisateur ; empêtrée dans la multiplication des règlements de tout genre elle ne présente au citoyen qu’une image de contrainte réglementaire bien loin d’un idéal de progrès et d’optimisme mobilisateur. Je suis profondément européen d’esprit et de cœur mais je rejette profondément une Europe des règlements, focalisée sur les détails sans importance et incapable de proposer une projet valable et enthousiasmant. Où sont les grands européens capables de susciter l’enthousiasme ? La Commission ne sait faire que développer des nouvelles réglementations puisque tous ses fonctionnaires sont payés pour faire du papier. Le Parlement est trop éloigné du peuple et sans vrai leader. Le Conseil n’est que le reflet des divergences nationales. Avec une telle situation comment voulez vous que l’Europe soit crédible ? André Lecloux Citoyen européen

  • Le 27 janvier à 22:44, par Alain En réponse à : Le pape François, vecteur de l’unité européenne ?

    Jean-Paul II avait une ligne de conduite bien plus politisée !

  • Le 30 janvier à 21:10, par Chacarrotte En réponse à : Le pape François, vecteur de l’unité européenne ?

    Pour ceux qui ne s’en seraient pas encore aperçu : l’Union Européenne dérive lentement mais surement vers une dictature molle. Certes, Monsieur Junker n’hésite pas à se désigner comme un démocrate, mais regardons les faits en face : actuellement 80% de la production législative de France n’est que la traduction en lois françaises des directives européennes. Ces directives émanent de la commission. Laquelle commission est constituée de « commissaires » qui n’ont de comptes à rendre à personne. Normal, puisqu’ils ne sont pas élus. Alors où est la démocratie ? Certes, me direz-vous, ils ne sont pas élus, mais le parlement européen est constitué de parlementaires élus. Oui, ils sont élus, mais quel est leur pouvoir ? ont-ils l’initiative des lois comme tout parlement qui se respecte ? Heuu.... non. Alors à quoi servent-ils ? ils ont le pouvoir de rejeter les lois proposées par la commission. L’ont-ils fait souvent ? heuuu.... une ou deux fois peut’être. Mais enfin, supposons que la commission décide un truc complètement fou, comme par exemple de signer un traité avec les USA qui mettrait à mal toute l’économie européenne, le peuple pourrait-il s’y opposer ? Ha oui ! le peuple pourrait faire une pétition qui devrait rassembler 1 million de signatures émanant d’au moins dix pays différents, et alors la commission pourrait (pas obligée, hein) se pencher sur le problème. Mais si elle n’a pas envie, elle peut envoyer toutes ces signatures à la poubelle. C’est ce qu’elle a fait avec les protestations contre les négociations autour du TAFTA. Et donc si vraiment les européens (les gens normaux, pas ceux qui travaillent pour Bruxelles) voulaient se débarrasser des membres de la commission européenne, par exemple parce qu’ils les jugeraient incompétents, le pourraient-ils ? heuuu.... non, impossible, puisqu’ils ne sont pas élus. Ils ne sont pas d’avantage révocables, ni attaquables en justice. Ah ben elle est belle la démocratie à l’européenne. Dans d’autres temps on appelait cela une dictature. Sainte Vierge ! il n’y a plus qu’une intervention divine pour nous protéger de ces démocrates-là. Bienvenue au St Père !

  • Le 31 janvier à 09:44, par Hervé Moritz En réponse à : Le pape François, vecteur de l’unité européenne ?

    En effet, les commissaires ne sont pas élus, mais nommés par les Etats membres, donc redevables aux Etats membres. De plus, vous oubliez un élément principal du triangle institutionnel européen, le Conseil de l’Union européenne (voire on pourrait ajouter le Conseil européen qui contribue à renforcer l’intergouvernemental européen qui n’a que peut d’efficacité) qui vote systématiquement les directives proposées par la Commission européenne. Ce qui n’est pas le cas du Parlement, qui s’exprime certes sur beaucoup de sujet (comme une chambre basse) mais pas encore sur tous. Vous avez raison sur un point, une avancée démocratique majeure réside dans l’accord au Parlement de l’initiative législative puisque cette institution représente les citoyens.

    Je vous invite à lire les propositions des Jeunes Européens sur le sujet.

  • Le 31 janvier à 13:30, par Alexandre Marin En réponse à : Le pape François, vecteur de l’unité européenne ?

    @Chacarrotte

    Vous oubliez que le Parlement européen a déjà fait échouer la ratification d’un traité international majeur : ACTA, traité que tous les pays avaient accepté de signer.

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