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Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

, par Ferghane Azihari

Aussi retentissant qu’a pu être le référendum suisse du 9 Février 2014, celui-ci n’est finalement pas extraordinaire au regard de la dynamique de progression de l’extrême-droite nationaliste dans la plupart des pays européens. La cause de cette progression contraint les Européens à faire un choix.

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L’économie, un prétexte erroné voire fallacieux

On a souvent cherché à expliquer la montée de l’extrême-droite par la conjoncture économique. C’est ainsi qu’on a imputé la montée du national-populisme à la crise, au chômage, à la désespérance des peuples qui n’arrivaient pas à boucler leurs fins de mois. Pourtant dans des pays comme la Suisse, l’Autriche et la Norvège, là où le chômage est quasi-inexistant il existe une extrême-droite très puissante. Ces trois pays là connaissent très bien les avantages qu’il y a à appartenir à un marché de plus de 500 millions de consommateurs. Pourtant l’un d’eux a délibérément fait le choix de se mettre dans une situation économique inconfortable pour le seul plaisir de voir moins d’étrangers sur son sol. En vérité l’économie n’est qu’une caution qui sert à rationaliser une peur irrationnelle que l’on analysera plus tard.

L’Union européenne n’est pas en cause

Les opinions publiques se radicalisent en Europe. Cette radicalisation ne se manifeste pas seulement par la montée de l’extrême-droite dans les sondages mais aussi par la radicalisation du discours des partis traditionnels. Dans le même temps la grande majorité des Européens reste attachée à l’appartenance à l’Union européenne même si elle n’est pas toujours satisfaite des politiques menées par celle-ci. Mais est-ce vraiment pertinent de parler de cela ? En effet parmi les pays européens dans lesquels l’extrême-droite est puissante, certains n’appartiennent pas à l’Union. C’est le cas de cette même Suisse et de la Norvège, dont les populations revendiquent fièrement leur « indépendance » vis-à-vis des institutions strasbourgeoises et bruxelloises. Le succès de l’extrême-droite s’explique donc autrement.

La peur de l’étranger et du cosmopolitisme

Les sociétés européennes traversent une crise existentielle. Une crise d’adolescence liée à une mutation qu’ils ont l’impression de ne jamais avoir connu. Les Européens veulent être protégés. Mais de quoi ? Où est la menace ? Ces derniers sont toujours convaincus de l’immanence de leurs Nations respectives. Or si immanence il y a, les flux étrangers constituent nécessairement une menace. Ce sentiment de menace est lié à l’attachement à un certain type de rapports sociaux qui serait incompatible avec le cosmopolitisme puisque ce dernier signerait la mort de l’État-nation, le seul modèle viable, le seul capable de garantir une cohésion sociale dans l’immaginaire collectif des Européens.

Comment réagir face à ces crispations nationalistes ?

Deux solutions s’offrent aux Européens. La première consiste à prendre en compte cette peur qui traverse les masses et de s’y soumettre. On admettrait ainsi que l’étranger est une menace contre lequel il faut se protéger. On élaborerait des politiques d’immigration beaucoup plus strictes en renforçant nos frontières. Il s’agirait en fait d’ériger une véritable Europe forteresse pour se prémunir contre tous les flux étrangers afin de rassurer les opinions publiques. Cela implique aussi que l’on admette la pertinence de l’État-nation en travaillant sur une véritable identité européenne. Car si l’identité culturelle étrangère est une menace, alors il n’y a pas d’autre choix que de construire une identité culturelle européenne commune pour résorber la peur de l’autre et susciter le sentiment d’appartenance qui fait défaut. Cela s’appelle le nationalisme européen.

La seconde consiste à combattre cette peur irrationnelle, dire que la menace des flux étrangers est une fiction qui par définition n’est présente que dans notre imaginaire collectif et qu’il appartient à chacun de l’éradiquer. Cela implique la déconstruction d’une autre vision fantasmée, la vision selon laquelle le contrat social ne serait viable que si les parties contractantes partagent une identité culturelle commune (l’État-nation) au profit d’une conception post-nationale, universelle, du fait social et politique.

Autrement dit, entre euro-nationalisme et universalisme, il faut choisir.

Voir en ligne : Crédit photographique : Kecko

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Vos commentaires

  • Le 19 février 2014 à 10:46, par Alexandre Marin En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    « Autrement dit, entre euro-nationalisme et universalisme, il faut choisir »

    Je dirais plutôt « entre euro-nationalisme et euro-universalisme, il faut choisir ».

  • Le 19 février 2014 à 12:05, par Ferghane Azihari En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    « Euro-universalisme » ? Serait-il possible que tu développes ? Car ce terme me semble être un oxymore. L’universalisme, par définition, est universel....ou n’est pas.

  • Le 19 février 2014 à 16:54, par Alexandre Marin En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    Lorsque l’Europe développe un nouveau modèle politique, économique, social, culturel, etc, et qui défend des valeurs universelles, c’est de l’euro-universalisme.

    L’héritage historique de l’Europe est plein d’universalisme. Cet universalisme est pensé par des Européens dans un contexte historique, politique, économique, social, et philosophique typiquement européens.

    Les acquis de l’Humanisme et des Lumières sont, sont des exemples d’euro-universalisme.

    Le modèle de l’Etat Nation est aussi un exemple d’euro-universalisme : il a été élaboré dans un contexte ouest-européen par des penseurs qui voulaient en faire un modèle universel.

    Le christianisme et ses valeurs ont été des exemples d’euro-universalisme au Moyen-âge, et ont légitimé les empires carolingien et germanique qui avaient pour objectif l’union des chrétiens d’Europe, et se sont baptisés « empires universels ».

    Le communisme est aussi un exemple d’euro-universalisme. Karl Marx l’a pensé dans un contexte socio-économique européen, à partir des réalités socio-économique européennes et lui voulait une portée universelle.

    Comme autre exemple, on pourrait citer le patriotisme constitutionnel cher à Habermas.

    D’ailleurs, je doute qu’il existe des valeurs juste universelles. En effet, toute valeur qui revendique l’universel a été conçue dans un continent, dans un pays, dans une province, dans un village ou une ville.

    L’universel s’oppose au singulier. Si l’universel est nécessairement ouvert sur l’autre, le singulier n’est pas forcément replié sur lui-même. Bien que s’opposant, les deux termes ne sont pas nécessairement contradictoires. La paix, la démocratie, les droits de l’Homme sont des principes universels, mais pensés selon des conceptions et des réalités singulières à chaque souverain. Une ou plusieurs de ces conceptions singulières peut inspirer les autres, en tout ou en partie, s’ériger en modèle, et acquérir une portée universelle. Les inspirations à leur tour s’adapteront aux idéaux, coutumes et réalités locales, et ainsi de suite.

    Enfin, la démocratie athénienne était singulière à Athènes et témoignait d’une fermeture relative de la société athénienne. Disparue pendant 2000 ans, sans toujours être oubliée, elle a resurgi aux XIX° et XX° siècle comme principe universel et sa renommée est internationale. Pour autant, la conception athénienne de la démocratie, a été singulière à Athènes et semble définitivement révolue.

  • Le 21 février 2014 à 13:06, par Ferghane Azihari En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    En fait, quand j’énonçais « entre nationalisme et universalisme, il faut choisir », je parlais d’avantage du fondement de la construction européenne.

    Ensuite ce n’est pas parce qu’un modèle se veut universel qu’il l’est. L’universel découle forcément de la rationalité. Or il semble que l’Etat-nation ou la religion (comme l’athéisme) n’ont pas grand chose de rationnel. L’un relève d’une vision irrédentiste du fait social et politique, l’autre de la croyance.

    Enfin je suis gêné par le terme euro-universalisme, car j’estime que même si ce sont les Européens qui ont découvert ces principes (j’insiste sur le terme « découvrir »), ils n’en sont pas propriétaires pour autant. Et c’est justement ce qui fait que ces principes sont compatibles avec toutes les civilisations : ils ne sont pas européens.

  • Le 22 février 2014 à 00:29, par Alexandre Marin En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    En effet, j’y vois plus clair avec le premier paragraphe, mais il aurait fallu écrire « entre nationalisme et universalisme ». Le vote suisse ne reflétait guère une vision euro-nationaliste, les quotas s’appliquant surtout aux Européens. Pour les extra-européens, je crois que les quotas existaient déjà, mais je n’en suis pas sûr. C’est le modèle des quotas américains, qui étaient faits, à l’époque plus pour encadrer l’immigration que pour la limiter ou la décourager. Il s’agissait surtout de ne pas laisser passer des malades contagieux, comme des tuberculeux, surtout dans les villes avec beaucoup de pauvreté et de logements vétustes.

    Sinon, si tu gardais euro-nationalisme, le terme euro-universalisme était pertinent dans la mesure où tu parles d’universalisme comme fondement de la construction européenne. Si l’Europe a comme essence l’universalisme, alors il y a nécessairement un euro-universalisme. Ceci ne veut pas dire que l’universalisme se réduit à l’euro-universalisme ou à la vision qu’en a l’Europe

    Ensuite...

    Un modèle se veut universel, même parfois malgré lui. Le parfait exemple est la démocratie qui n’avait guère vocation à sortir d’Athènes.

    Puis, je ne vois pas en quoi l’universel découle forcément de la rationalité. La nature humaine est grégaire. Quant à l’Etat-Nation, il n’est pas irrationnel en tant que tel. Il a eu son heure de gloire : il a permis à l’Italie de s’unifier, et à la France, à la Grande-Bretagne, et à la Belgique de conquérir une partie importante du monde. Il a vu naître un nouveau système juridique, a permis la diffusion de découvertes scientifiques, de nouveaux courants et débats philosophiques. N’oublions pas l’école gratuite et obligatoire, vecteur d’ascension sociale. L’Etat-nation a été lié à une certaine prospérité de l’Europe, souvent dans la droite ligne de ce qui se faisait avant son existence. L’Etat-Nation est un phénomène compliqué, dont la conception variait selon qu’on était en Europe de l’Ouest, ou dans les anciens empires. Evidemment tout n’était pas rose, loin de là, mais il est hâtif de jeter l’Etat-Nation aux oubliettes de l’irrationalité. Ce qui est irrationnel, c’est de vouloir en faire un système éternel et de s’y accrocher alors que l’Etat-Nation est devenue inadapté aux grands enjeux internationaux. Tout comme le fédéralisme ne sera pas éternel, étant le fruit d’une idée humaine. Un jour il sera dépassé, et ce sera pur folie de s’y accrocher en refusant toute modernité et toute adaptation aux enjeux contemporains.

  • Le 22 février 2014 à 00:42, par Alexandre Marin En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    Quant à la religion, de Saint Augustin à François de Sales, en passant par Thomas d’Aquin , Saint Anselme, Guillaume d’Occam, Bartolomeo de las Casas, Suarez, Victoria, Molina, Erasme ou Calvin..... irrationnel ? Sans oublier qu’une bonne partie d’entre eux se sont efforcés de concilier foi et raison. Ainsi, ils se sont interrogés sur les limites de la raison. Leur pensée est au centre des philosophies politiques européennes de ces derniers siècles, y compris les pensées fédéraliste et universaliste. Elle est un fondement essentiel de notre civilisation européenne,et elle a complètement conditionné notre rapport à l’autre dans ce qu’il a de plus ouvert. Le Christianisme et l’Islam sont les deux religions monothéistes qui tendent à l’universel, en ce qu’elles ne considèrent pas la nationalité, la langue ou l’appartenance ethnique mais l’être humain dans son unicité (pour le meilleur et pour le pire). Tolède, à sa grande époque, ville cosmopolite et centre intellectuel de l’occident, a offert le plus bel héritage de ce pluralisme religieux.

    Les Européens n’ont donc pas découvert les principes de l’universalisme, mais ont crée les leurs. Chaque peuple conquérant a développé ses propres conceptions de l’universalisme. Les principes universalistes européens se sont juste imposés aux autres, et se sont mieux adaptés aux autres civilisations. L’Union européenne et le Conseil de l’Europe se sont ré-appropriés ces principes universels du monde contemporain et en ont développé une conception propre distinctes de celles des Américains, des Indiens, ou des Sud-Africains, d’où l’idée d’euro-universalisme. Cette conception européenne a, par ailleurs inspiré les peuples d’Amérique Latine. Si un principe atteint l’universel, c’est justement parce qu’il peut s’adapter à beaucoup de réalités locales distinctes et est compatible avec beaucoup de civilisations, même s’il en détruit certains aspects. Ce fut le cas pour le Christianisme, l’Islam, le communisme, le nationalisme, la démocratie, les Droits de l’Homme, le fédéralisme, etc.

  • Le 22 février 2014 à 13:54, par Ferghane Azihari En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    En philosophie la raison est synonyme d’universalité. 2+2=4, c’est universel car c’est par l’exercice de la raison que l’on déduit la véracité de cette opération et quiconque peut exercer sa raison ne peut pas remettre en cause cette opération, peu importe son identité culturelle.

    Ce n’est pas le cas d’une idée qui énonce que le contrat social n’est viable qu’avec ceux qui nous ressemblent (l’Etat-nation). Énoncer « je ne peux pas vivre avec toi parce que tu ne partages pas mon identité culturelle » ne relève pas de la raison mais d’une action irrationnelle liée à la désaffection de ce qui est différent, d’autant plus que le sectarisme qu’il engendre est aux antipodes de l’universalité consubstantielle à la raison. C’est en ce sens que l’État-nation n’est pas un concept rationnel, même si il a réussi à pacifier certaines sociétés à une époque donnée. Mais l’irrationalité n’est pas forcément répréhensible...les passions relèvent de l’irrationnel et ne sont pas toujours malveillantes.

    De même que la Démocratie athénienne, la nationale-démocratie qui caractérisent nos États-nations n’ont rien de rationnel car elles excluent des individus sur un fondement irrationnel : l’identité sociale des individus (esclaves), l’identité sexuelle des individus (les femmes) ou encore l’identité nationale des individus (les étrangers).

    « La nature humaine est grégaire » ? Ah bon ? En ce qui me concerne, je ne suis plus culturellement sectaire ni grégaire. Est-ce à dire que je ne suis pas un être humain ? Le grégarisme humain n’est pas inné. Il n’est pas consubstantiel à l’être humain. Il relève de l’acquis : il est culturel, ce qui revient à dire que chacun peut s’en émanciper .

    L’existence même d’une nature humaine est controversée. Cette notion a été démontée par les sciences sociales, plus précisément l’histoire, l’ethnologie, la sociologie et l’anthropologie qui ont combattu (avec succès) les anthropologies philosophiques universalistes qui faisaient de tels ou tels comportements humains des agissements invariables, permanents et innés, qu’il s’agisse de l’appât du gain, la jalousie, l’amour paternel, la xénophobie etc.

    Or des auteurs comme Karl Polanyi, Marcel Mauss, Emile Durkheim ont bien démontré que toutes ces considérations faisaient défaut dans certaines circonstances sociales, d’où le fait qu’il ne s’agit pas de caractéristiques immanentes, consubstantielles à l’être humain, mais des comportements liés à un certain type de culture.

  • Le 22 février 2014 à 14:00, par Ferghane Azihari En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    C’est pour cela que, face au risque de relativisme éthique qui découlait de l’inexistence de la nature humaine comportementale, certains philosophes se sont empressés de rechercher un autre concept pour sécuriser la notion d’humanité afin d’éviter le nihilisme. C’est le cas de Hannah Arendt et de son concept de « condition humaine ». Elle attribue à l’homme une condition dont les traits généraux sont la natalité et la mortalité. Demeurent seulement une série de contraintes et de potentialités naturelles traitées différemment selon les circonstances sociales historiques et contemporaines.


    Les textes religieux peuvent faire l’objet de l’exercice de la raison. Cela s’appelle la théologie. En revanche, croire ou ne pas croire en Dieu relève de l’irrationnel. On parle bien de « croyance » d’ailleurs. Or la croyance est aux antipodes de la raison. C’est pour cela que les débats sur l’éventuelle (in)existence de Dieu sont particulièrement stériles.

    Enfin les principes tels que la démocratie découlent d’une activité scientifique : la philosophie. Or l’activité scientifique n’a pas pour but de créer mais de découvrir des règles préexistantes.

    La démocratie est rendue possible par le fait que l’être humain est pourvu de ce qu’on appelle le Logos et qu’il peut, contrairement à l’animal et son instinct, se servir de son logos pour choisir de manière plus ou moins rationnelle les règles qu’il va s’appliquer. Encore une fois ce même Logos fonde sa liberté car il a le choix de ne pas obéir à l’animal qui se cache en lui.

    En ce sens, la démocratie est universelle car elle ne sollicite que la raison humaine. Quiconque tente de mêler des considérations identitaires bride l’universalité de la démocratie et par conséquent dénature cette dernière.

  • Le 27 février 2014 à 21:38, par Alexandre Marin En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    « 2+2=4, c’est universel car c’est par l’exercice de la raison que l’on déduit la véracité de cette opération et quiconque peut exercer sa raison ne peut pas remettre en cause cette opération, peu importe son identité culturelle. »

    D’accord, mais c’est universel, mais il s’agit d’une vérité. En philosophie politique, il n’y a pas de vérité, sauf dans la bouche de ceux qui prétendent la faire. Le nationalisme ne remet pas plus en cause que le fédéralisme le fait que 2+2 = 4. Mais ce sont deux champs de la philosophie différents, donc deux universels distincts.

    D’ailleurs, le fédéralisme en lui-même n’est ni plus ni moins rationnel que le nationalisme, il est juste beaucoup plus adapté à la situation politique. Le problème avec le nationalisme, c’est qu’on en a fait une idéologie, on y a mis un complexe d’éternité, et on a voulu faire de l’Etat-Nation, un cadre consubstantiel avec la démocratie. Ne faisons pas la même erreur avec le fédéralisme ! Pas de complexe d’éternité !

    « Ce n’est pas le cas d’une idée qui énonce que le contrat social n’est viable qu’avec ceux qui nous ressemblent (l’Etat-nation) »

    Là aussi, c’est à relativiser. Le nationalisme allemand dans sa version pangermaniste tolérait très bien la diversité culturelle et linguistique des Allemands, Flamands, Autrichiens, Néerlandais, Alsaciens... mais était attaché à une unité ethnique. Il s’agit du vieux souvenir d’Arminius, ce chef germain qui voulait unir les tribus germaniques pour résister à l’empire romain. Le nationalisme français exige une uniformité culturelle dans sa culture politique. La langue par exemple faisait partie de la culture politique, d’où la volonté d’une unité linguistique. Dans le cas Français, c’était aussi parce que le Français était aussi la langue de la liberté, car elle a fait apparaître les termes de notre droit public contemporain. Pour le cas français, la langue « de la nation » était vu comme la langue de la raison et de la liberté, face « aux patois de la tyrannie et des préjugés ». Ensuite, dans la haute société, il fallait au moins faire semblant d’avoir un minimum de savoir, et les standards de ce savoir étaient bien évidemment français(Molière, Ronsard, Beaumarchais), mais n’excluaient pas Dante, Goethe, ou Shakespeare.

    Je maintiens que tout être humain est grégaire. Certains assument, d’autres non. Il est très difficile pour un humain de survivre tout seul. Après tout, on parle la langue qu’on a entendu et répété, et on est conditionné, dans notre raison et dans nos passions par ce qui nous entoure sans qu’on puisse s’en libérer autrement qu’en en ayant conscience. On est d’autant plus conditionné par notre éducation et notre culture, que tout ce qui est culturel est naturel, et bien malin ou bien prétentieux celui qui pourra séparer nature et culture.

  • Le 27 février 2014 à 22:27, par Ferghane Azihari En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    En philosophie politique, il y a une vérité. Cette vérité peut consister à dire qu’aucune idéologie n’est absolue...et qu’il appartient à chacun de choisir entre plusieurs idéologies qui se valent.

    Je n’ai jamais dit que le fédéralisme était voué à être éternel et qu’il était nécessairement plus rationnel que le nationalisme. Car fédéralisme et nationalisme ne sont pas antinomiques. Certains États-fédéraux sont fondés sur une Nation.

    En revanche, par définition, l’universalisme est plus rationnel que le nationalisme.

    Lorsque je parle de gens qui nous ressemblent, je parle évidemment de l’identité culturelle commune. Tu apportes de l’eau à mon moulin quand tu réaffirmes le plébiscite d’ancêtres communs. Puisque le patrimoine historique fait partie de l’identité culturelle au-delà de l’appartenance ethnique.

    D’où le fait encore une fois que l’État-nation est un concept fondamentalement irrationnel et peu importe si ce n’était pas son intention de l’être. C’est pareil pour le français comme langue fédératrice. Tant que le lien fédérateur est fondé sur un élément culturel, il n’est pas rationnel. Car la culture française, tu m’arrêtes si je me trompe, elle n’est par définition pas universelle mais propres à un certains nombres d’individus qui veulent s’y frotter ou qui l’ont été de force. Si les débats sur les identités nationales sont particulièrement stériles, c’est parce que justement fonder le vivre-ensemble sur une identité culturelle n’a rien de rationnel.

    J’ai mal compris le sens du mot grégaire. Je l’avais compris dans le sens où je l’avais utilisé dans mon article sur la Nation européenne (instinct grégaire nationaliste). Si tu parles de la simple tendance à vouloir vivre en groupe, c’est déjà plus acceptable. Mais je maintiens que la « nature humaine comportementale », ça n’existe pas. L’érémitisme est la preuve que le grégarisme n’est pas consubstantiel à l’être humain.

    Cela ne remet pas en question le fait que l’être humain construit sa personnalité par la médiation d’autrui ;)...mais ça montre justement que son comportement est dépourvu d’essence et qu’il a des origines culturelles, non naturelles.

  • Le 27 février 2014 à 22:59, par Alexandre Marin En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    « En revanche, croire ou ne pas croire en Dieu relève de l’irrationnel. » Tout le monde n’est pas aussi tranché que toi. De Pélage à Descartes en passant par Saint Anselme, beaucoup de théologiens ont cru, et certains continuent à croire qu’on peut démontrer l’existence de Dieu par la raison.

    « Enfin les principes tels que la démocratie découlent d’une activité scientifique : la philosophie. » La démocratie est-elle rationnelle ? Rien n’est moins sûr. Les philosophes des lumières ont proclamé que la raison et la capacité de se prendre en main étaient inhérentes à la condition humaine. Si la démocratie est rationnelle, cela expliquerait très bien la montée des populismes. L’être humain pourvu du Logos, ce n’est rien de plus qu’une utopie des humanistes de la Renaissance et des lumières, ainsi qu’une affirmation plus que discutable. Le libre arbitre n’est qu’un leurre, et la seule liberté c’est la conscience qu’on n’est pas libre.

    « En ce sens, la démocratie est universelle car elle ne sollicite que la raison humaine ». C’est l’impression qu’on a, conditionné à l’adoration de la démocratie, et mû par un complexe d’éternité qui veut que la démocratie soit éternelle et partout dans le monde. La démocratie donne aux gens un pouvoir de légitimation et non de choix réel du pouvoir en place. Qu’elle soit fondée sur le modèle athénien, (ou autrement dit, qu’elle n’assurerait que des libertés publiques), ou qu’elle soit légitimée par la défense des libertés individuelles modernes et contemporaines, elle exige un tas de postulats et de présupposés culturels, nettement moins liés à la raison qu’à la vision probablement très étroite qu’on en a. On peut d’ailleurs considérer que tout pouvoir repose sur le peuple car, en fin de compte, c’est lui qui se révolte en cas de mécontentement, même s’il apparaît qu’il est complètement manipulé. La démocratie donne l’illusion de la liberté et non la liberté. La démocratie et ses idéaux sont apparus, se sont développés, et se sont répandus grâce à des réalités politiques, économiques, sociales, et culturelles, souvent bien éloignées du simple fait rationnel.

  • Le 27 février 2014 à 23:10, par Alexandre Marin En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    D’ailleurs, je ne vois pas depuis quand la philosophie est une science. La science cherche la vérité. Sont des sciences des disciplines telles que la chimie, la physique, l’Histoire, la Sociologie, etc. Mais la philosophie n’a pas nécessairement pour but de chercher la vérité, et quand elle se le donne, c’est avec les moyens rationnels, mais pas pour autant scientifiques. On ne contestera pas que 2+12 = 24 ou que Louis XIV est né le 5 septembre 1638. Alors qu’en philosophie, rien n’est figé, tout est contestable. L’Histoire se base sur les faits et sur leur interprétation. Si on sait de manière difficilement contestable que la Bastille a été prise le 14 juillet 1789, l’interprétation de ces faits, l’études des mentalités de l’époque provoque encore beaucoup de débats. Si on a une bonne idée du mode de vie des Aborigènes d’Australie, leurs représentations culturelles et mentales échappent aux occidentaux.

    La philosophie ne se base en elle-même que sur l’interprétation, et les faits qui appuient telle ou telle thèse sont empruntées à d’autres disciplines comme le droit, l’anthropologie, la biologie, la géographie, etc. La philosophie étant fondée sur l’interprétation, elle est donc entièrement contestable par l’usage de la raison, mais comme elle a fondé notre société, notre culture, nos valeurs, notre mentalités, et nos représentations, il est donc difficile de la remettre en question, car tout ce qui nous a été inculqué, de manière consciente ou inconsciente, par l’environnement qui nous entoure, vient de cette philosophie. La démocratie et les Droits de l’Homme n’ont pas de fondement scientifique. Ce sont des principes qui ont vocation à assurer l’harmonie dans la société, qui passe, selon nos postulats et préjugés, par le bonheur personnel du plus grand nombre d’individus.

    La culture a été représentée sous forme d’iceberg. La partie hors de l’eau représente les éléments dont on a conscience qu’ils sont constitutifs de notre culture, et dont on accepte par conséquent mieux que d’autres ne les partagent que partiellement voire pas du tout. Parmi ces éléments, on trouve la langue, la musique. Plus on va sous l’eau, plus on descend profondément, plus on devient xénophobe, de manière inconsciente et on accepte et on comprend mal les différences en ce qu’elles remettent en question les principes inconscients les plus essentiels de notre représentation du monde. Parmi ces éléments se trouvent nos émotions (peur, colère, amour, désespérance, optimisme, fierté...), nos expressions du visage, notre rapport à la douleur, à la guerre, à la paix, notre façon de raisonner, notre conception de la justice, de l’être humain, de soi-même, des relations avec la nature, de l’éducation des enfants, de la beauté, du gouvernement, de l’insanité, etc.

  • Le 27 février 2014 à 23:20, par Alexandre Marin En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    La linguistique démontre que, bien que la langue appartienne à la partie de l’iceberg qui se trouve hors de l’eau, elle conditionne presque tout ce qui est sous l’eau. C’est pourquoi, comme on accepte que le fait de parler une langue relève du culturel, on accepte relativement facilement le fait qu’on parle d’autres langues différentes. Mais on peut ressentir de l’incompréhension, voire de l’hostilité à l’égard des pensées d’une personne qui seraient inacceptables à nos yeux, tout simplement à cause du fait que sa langue ne lui permet pas d’être en accord avec nous et vice-versa, d’où un besoin de convertir cette personne à notre système inconscient de valeurs que nous considérons comme universel donc supérieur au sien. Cette conversion passe, tôt ou tard, par une transmission de la langue.

    Un dernier exemple : en occident, nous ne concevons ni la liberté, ni la démocratie sans l’égalité de tous les êtres humains en général, et de tous les citoyens, au regard du Droit. En Inde, l’égalité des êtres humains est une idée ridicule, même chez les personnes les plus ouvertes. Certaines tensions de nature inconsciemment xénophobes peuvent donc être fortes, car des deux côtés, les gens verraient remis en cause les principes fondamentaux, conscients et inconscients, de leurs conceptions du monde, que chaque « partie » considérerait comme universel.

    Pour conclure : seuls les faits scientifiquement avérés sont susceptibles d’être pleinement universels car ils procèdent de l’adéquation du fruit de la raison avec la réalité pratique. La raison, instrument de cet accès à l’universel limite notre connaissance de celui-ci, en ce qu’elle nous empêche de connaître ce qui lui échappe, d’où les croyances en un Dieu, ou en des principes, tels les droits de l’Homme. L’interprétation, et le reste appartiennent au culturel, et peuvent prétendre s’il s’érige en modèle, à un euro-universalisme, à un afro-universalisme, à un canado-universalisme, à un nippo-universalisme, ou à un sino-universalisme. C’est le fait de ne pas en avoir pleinement conscience qui nous rend TOUS nécessairement, et souvent bien malgré nous, xénophobes.

  • Le 28 février 2014 à 12:47, par Ferghane Azihari En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    Pour ce qui est des théories de Descartes sur la religion....ça fait longtemps qu’elles ont été infirmées quand même, par Kant notamment. Ensuite j’exprime ici mon avis tout en ayant conscience du fait que tout le monde n’est pas aussi catégorique que moi. Et aujourd’hui la plupart des théologiens et philosophes vont aussi dans cette direction. Mais je t’invite à rechercher la signification philosophique et théologique des mots « croyance », ou « foi », ou encore « dogme ». La définition de ces notions là vont bien évidemment à l’encontre du concept de raison.

    Ensuite si tu décrètes arbitrairement que le libre-arbitre est un leurre sans rien apporter pour appuyer ton énonciation, on ne va pas s’en sortir. Mais alors considères-tu que notre système pénal n’a aucune raison d’être ? Que les concepts de « responsabilité » ou de « répression » doivent être éradiqués en ce que les individus ne sont jamais maîtres de leurs agissements ? Voilà une énonciation douteuse...

    Le fait que la démocratie nécessite un tas de présupposés culturels n’infirme pas son caractère rationnel. Car vois-tu, la raison est une potentialité humaine, ce n’est pas quelque chose d’automatique. La démocratie est rationnelle car elle repose sur plusieurs fondements qui le sont : le couple causalité/responsabilité. Contrôler ceux qui ont une influence sur le cours de ta vie. La liberté de s’appartenir etc. Et si tu penses que ces principes ne sont que des subterfuges et qu’il se trouve que tu as raison, c’est que tu n’es pas dans une vraie démocratie.

    Ensuite bien évidemment que la philosophie est une science. Elle fonctionne avec des concepts, des principes, des théories, des syllogismes, une logique expérimentale etc. Irais-tu jusqu’à nier le caractère scientifique de certaines disciplines comme l’épistémologie ? Quand tu t’attaches à essayer de démontrer que la philosophie n’est pas une science par diverses techniques comme le syllogisme, tu t’attaches à essayer de démontrer une vérité scientifique. Cela s’appelle l’épistémologie et c’est une branche de la philosophie ;) Même quand tu t’attaches à dire que la vérité est inaccessible, tu es dans la réflexion scientifique. Enjoy !

  • Le 28 février 2014 à 13:10, par Ferghane Azihari En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    Le suffrage universel promeut une forme d’égalité des êtres humains en Inde même si elle n’est pas absolue. Les droits supplémentaires accordés aux castes sont institutionnalisées par les règles votées par les représentants du suffrage universel...Autrement dit ces inégalités relatives sont consenties par les Peuples indiens...ce qui fait qu’ils ont le pouvoir de le remettre en question si ils le veulent. Il y a donc bien une égalité vis-à-vis du système politique même si les règles ne sont pas uniformes pour tous les citoyens. Mais égalité et uniformité ce n’est pas la même chose. Le fédéralisme en est la preuve.

    Remarquons qu’il existe en Inde une société civile qui se bat contre ces privilèges d’où le fait que l’égalité des êtres humains a un écho qui dépasse les simples considérations culturelles.

    Pour ce qui est de ta conclusion. Je vais sans doute me répéter mais lorsque l’on érige des considérations culturelles en modèle universel, on est dans l’erreur. Et c’est cela qui nous rend parfois xénophobe.

  • Le 7 mars 2014 à 12:07, par Alexandre Marin En réponse à : Le référendum suisse contraint les Européens à faire un choix

    La démocratie est universelle et rationnelle, pris dans une acception large, dans la mesure où toute population et toute personne a la capacité de remettre en cause le système établi, par des contestations ou des révoltes. Cette démocratie là est rationnelle et universelle en ce qu’elle ne nécessite d’autres postulats que la liberté ou le libre arbitre, et qu’elle fonctionne sur un moteur choix/responsabilité.

    La démocratie dans son sens restreint, actuel ou athénien, est une forme d’organisation politique ni plus ni moins rationnelle que la monarchie, ou l’aristocratie, pour reprendre les formes analysées par Polybe. Cette démocratie, à laquelle je tiens pour moi-même, malgré tous ces défauts et dysfonctionnements, nécessite des postulats culturels, dont certains sont universels parce qu’acceptés par tous, et d’autres sont au contraire, propres à certaines cultures ou civilisation.

    Le libre arbitre est un leurre en ce qu’il fait appel à une liberté d’indifférence qui donne l’illusion de la liberté et non la liberté elle-même. Les remèdes pour en sortir, ce sont l’éducation, le savoir, les voyages, etc. Ces « remèdes » nous font prendre conscience que nous sommes déterminés par nos présupposés, conscients ou inconscients, à faire un choix plutôt qu’un autre, et nous donnent les moyens pouvoir choisir en connaissance de cause. C’est cela la vraie liberté. Cette vraie liberté est comme la perfection. On peut s’en approcher, mais on ne peut jamais l’atteindre complètement.

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