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Le vote aux élections du Parlement Européen ? Enjeux, nécessités et critiques

, par Gael Sirello , Olivier Sirello

Les prochaines élections du Parlement Européen sont prévues le 25 mai 2014. L’abstention et le vote populiste d’extrême droite s’annoncent déjà comme les deux gagnants de ce suffrage : quelles causes et conséquences pour l’avenir de l’Europe ?

Le Parlement Européen à Strasbourg – Crédit photographique : doommeer

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Depuis déjà plusieurs mois, le vote aux élections européennes prévu pour le 25 mai 2014 semble diviser essentiellement les électeurs en trois grandes catégories : ceux qui voterons pour les partis ou mouvements européens, ceux qui s’abstiendront et, enfin, ceux qui choisiront les partis eurosceptiques, populistes ou d’extrême droite.

Si les deux premiers grands choix ont essentiellement caractérisé l’histoire du vote aux élections européennes depuis 1979 avec des hauts et des bas, la tendance au vote populiste, eurosceptique, voire d’extrême droite, semble être - à en croire les sondages aujourd’hui - incontestablement un phénomène récent et sans précédents par son ampleur dans le paysage politique européen.

Bien que beaucoup ait déjà été dit par plusieurs commentateurs nationaux, européens et internationaux à ce sujet, il est légitime néanmoins d’essayer de comprendre les causes de ce phénomène de vif intérêt pour tous les citoyens européens, notamment dans l’intérêt de saisir ses possibles conséquences et répercussions sur l’avenir de l’Europe et de sa construction.

Les conséquences de la crise économique sur l’Europe : ses points faibles et les critiques de sa gestion

La crise financière et économique d’abord mondiale, puis européenne, qui a frappé les peuples du continent depuis 2008 semble être sans aucun doute un des facteurs essentiel pour expliquer la convergence d’une partie des électeurs, notamment des pays les plus touchés comme la Grèce, le Portugal et l’Italie, vers un vote contestataire de tendance anti-européen.

L’ampleur de la crise dans ces pays, pour ne pays en citer d’autres, a été très importante. Environs quinze millions de chômeurs en plus sur l’intégralité de l’Union Européenne depuis la récente crise, avec un taux de chômage pour les jeunes européens atteignant presque 60% en Grèce, 50% en Espagne et 40% en Italie. L’impossibilité de voir un avenir meilleur, notamment par un manque de perspectives économiques et de travail, a conduit très certainement une partie de l’électorat jeune européen à cesser de voir l’Europe comme un projet d’avenir, et de confiance. Cela est un fait paradoxal, mais réel. L’Europe, en effet, est avant tout un projet économique, politique et culturel pour les jeunes générations, la possibilité pour un jeune étudiant d’aller dans une Université d’un pays de l’Union ou de pouvoir travailler avec plus de facilité dans un autre pays européen l’illustre bien. Mais si cela n’est pas senti comme tel, c’est aussi à cause des nombreuses barrières - de la langue à la sécurité sociale – qui constituent inéluctablement un obstacle à la mobilité des jeunes sur leur chemin européen. Il est en effet certain que malgré la création d’une monnaie unique et les récents efforts d’harmonisation des politiques économiques nationales à l’échelle européenne, la zone euro n’est pas une zone monétaire optimale. Cela signifie, entre autres, qu’il manque à la zone euro des caractéristiques propre à une véritable zone monétaire, par exemple les Etats-Unis, comme la mobilité de ses travailleurs ou l’harmonisation des politiques fiscales et budgétaires qui restent aujourd’hui dans le domaine des Etats membres.

La crise économique a donc permis de dévoiler les points faibles de la construction de l’UE dans les années 1990. Lors d’une crise, comme celle récente, il semble facile pour certain partis politiques d’attirer un grand nombre de électeurs en pointant du doigt l’Europe comme seule responsable de la crise et en leur promettant des changements radicaux, comme la sortie de l’euro. Cela serait donc un des principaux facteurs de l’émergence de partis ou mouvements contestataires, dont la plupart seraient populistes, voire eurosceptiques.

Un repli identitaire, révélateur d’une crise sociale plus profonde : le vote d’extrême droite

Les élections européennes ne cachent pas seulement des enjeux politiques et économiques : il s’agit aussi de mettre en évidence un profond malaise social qui secoue depuis 2008 et bien avant les vieillissantes sociétés européennes. Sans distinctions entre les différents pays de l’Union Européenne, les inégalités sociales se sont accrues toujours plus laissant des marques indélébiles d’un point de vue politique sur les sociétés européennes. Comme le souligne Thomas Piketty dans son nouvel ouvrage sur les inégalités (Le Capital au XXIe siècle), celles-ci n’ont cessé d’augmenter lors des dernières vingt années dans les Pays développés. Face à la montée effrayante de ces chiffres se cache un profond malaise social qui se mue en carburant politique pour les partis d’extrême droite - ou populistes d’ailleurs - européens. C’est dans la critique des inégalités que se cache inévitablement le vote des classes moyennes et des classes les plus pauvres en général vers l’extrême droite et les populismes, sans vouloir marquer une distinction nette entre ceux-ci en ce qui concerne cet argument.

Face à ces sociétés toujours plus inégalitaires et confrontées inéluctablement aux dynamiques de la mondialisation économique, financière et parfois politique, il est clair que les partis qui affirment avec vigueur et enthousiasme leur identité nationale réussissent à s’imposer plus facilement sur ceux qui, dans une lignée plus modérée, le font moins. En France, l’Union pour un Mouvement Populaire de Jean-François Copé s’inscrit clairement dans cette tradition de protection identitaire dans un monde où la France semble être encerclée par des populations, des ethnies, des religions différentes,. cette tendance au repli identitaire peut être aussi être facilement constatée dans l’argumentaire et dans la rhétorique des mouvements populistes d’extrême droite européens tels que le Front National en France ou la Ligue du Nord en Italie.

Une distinction essentielle à faire entre les populismes : euroscepticisme ne signifie pas toujours « contre l’Europe »

Parmi l’ampleur du phénomène populiste, il est frappant également de remarquer leur hétérogénéité et différence. Les médias banalisent parfois, via l’étiquette de populiste tout phénomène de dissensus politique en l’associant à quelque chose d’indéfini, mauvais et dangereux pour les équilibres démocratiques classiques. Il est néanmoins important de préciser d’avantage ce sujet. D’abord, tout populisme n’est pas forcément dangereux pour la démocratie, car il sert, en tant que manifestation de dissensus politique, à rendre compte de situations sociales qui parfois ne parviennent pas à faire partie des préoccupations des partis traditionnels. Le populisme devient dangereux lorsque il s’impose comme unique et seul choix possible à l’électeur qui a perdu toute confiance dans son système politique, institutionnel et représentatif. De cette manière, l’écart entre les attentes générées par le phénomène populiste et celles réelles conduiraient inexorablement à une crispation sociale violente et très négative pour l’ensemble de l’équilibre démocratique. Si en plus de cela, il s’avérait que le parti populiste défend également des idéologies d’exclusion sociale, xénophobie et racisme, comme dans le cas de l’extrême droite, la pluralité et la tolérance démocratique seraient fortement mises en péril.

Cependant, à côté de ces formes de populismes d’extrême droite, il convient également de répertorier de nouvelles catégories de classification pour d’autres genres de mouvements, populistes eux aussi, mais sans être reliés à un pôle précis, comme l’extrême droite ou gauche. C’est le cas du Mouvement Cinq Etoiles en Italie, par exemple, dont on a eu déjà à cette occasion l’opportunité de le définir comme « populisme apolaire », au sens qu’il ne serait relié à aucun pôle appartenant à l’échiquier politique classique. Fortement critique de la classe politique italienne, le Mouvement Cinq Etoiles italien défend également la vision d’une démocratie plus participative, grâce au support de nouvelles technologies, d’où la nécessité peut être de dépasser le modèle actuel de démocratie libérale et créer un véritable espace public européen de débats et confrontation démocratique participative.

Un manque de légitimité démocratique des institutions européennes : quel avenir pour la Commission ?

Les élections marquent de même une étape dans le processus d’intégration des citoyens à leur Europe, à leur vision de l’Union Européenne, mais aussi risquent de se transformer dans un désaveu des électeurs par rapport à des institutions - celles européennes - dont la légitimité démocratique est souvent reprochée. Cependant, si la nomination de la Commission Européenne était traditionnellement le fruit d’intenses négociations des Chefs d’Etats et de Gouvernement des Etats Membres, aujourd’hui les principaux partis européens (PSE, PPE, Libéraux, Verts Européens, Tsipras) ont porté un candidat. Cette démarche ne peut qu’être le pas en avant vers la démocratie que les peuples européens attendaient avec impatience. En effet, il est difficile de légitimer le travail d’une institution européenne - qui détient par ailleurs l’initiative législative - sans que celle-ci ait reçu une onction électorale telle que les élections européennes.

Quelque soit le candidat à remporter le poste de Président de la Commission Européenne, cette institution européenne pourrait sans aucun doute bénéficier d’une nouvelle légitimité démocratique qui ne ferait que s’inscrire dans la nécessaire dynamique de rapprochement des Européens à leurs institutions. Cette nécessité ne peut être reportée : l’émergence de mouvements contestataires et eurosceptiques semblent bien nous avertir jour après jour du risque que l’intégration politique et économique européenne s’arrête brusquement.

L’incompréhension généralisée de l’Europe par un manque de diffusion et d’information à l’échelle nationale

Cette nécessité de « réinventer » le lien entre citoyen et institution, de construire un nouveau modèle de démocratie participative peut - et devrait - être conduite au sein des institutions européennes. L’enjeu est déterminant, surtout aujourd’hui au milieu d’une crise de légitimité démocratique dont les institutions européennes semblent souffrir. A ce sujet, il serait de possible de percevoir un autre facteur qui a joué sur le développement de nouveaux partis populistes en Europe : l’incompréhension généralisée du fonctionnement de l’Union Européenne, sans doute par un manque de diffusion et d’information suffisant à l’échelle nationale. Bien que l’Union Européenne ait tout au long de ces dernières années engagé la promotion de campagnes d’information sur le fonctionnement des ses institutions, leurs objectifs semble aujourd’hui loin d’avoir été atteint. Il semblerait d’abord que l’Europe n’intéresse qu’un petit nombre de sa population et, essentiellement pour cela, les médias nationaux ne font pas suffisamment d’efforts pour diffuser les actualités européennes par peur de mauvais chiffres d’audience. Mais, cela conduit à un cercle vicieux : moins les médias nationaux ne diffuseront pas des sujets européens, moins les populations s’y intéresseront. D’où, sans doute, une explication au succès annoncé des mouvements anti-européen aujourd’hui. Il faudrait alors un double effort : d’abord que les médias nationaux puissent jouer un rôle plus participatif dans le processus d’intégration européenne, et ensuite que les institutions européennes puissent se réformer, introduisant plus de simplicité et de fluidité dans leur fonctionnement.

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