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Législatives espagnoles : Le casse-tête gouvernemental

, par Hervé Moritz, Olalla Pastor Del Valle

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Hier, le séisme annoncé lors des élections législatives espagnoles a eu lieu. Aucun parti ne dispose de la majorité pour gouverner seul. Les tractations entre partis traditionnels et nouveaux mouvements débutent. Les perspectives de constituer un gouvernement sont cependant faibles.

Mariano Rajoy, chef du gouvernement actuel, perd sa majorité au Parlement malgré l’arrivée en tête du Parti Populaire. Son maintien au poste de Premier ministre semble menacé, s’il ne parvient à constituer une coalition solide autour de lui. - European People’s Party (CC/Flickr).

Auteurs

  • Rédacteur en chef du Taurillon de 2014 à 2016. Etudiant en master d’histoire et de sciences des religions à l’Université de Strasbourg. Il a étudié une année à l’Université de Leipzig.

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  • Membre des Jeunes Européens - Strasbourg, rédactrice strasbourgeoise de Café Babel et collaboratrice du magazine El Nuevo Federalista, elle administre les réseaux sociaux du magazine Le Taurillon.

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A l’issue du scrutin des législatives espagnoles, ce sont quatre partis qui se partagent les suffrages. Le parti au gouvernement, le Parti Populaire de Mariano Rajoy, arrive en tête avec 28,7% des voix contre 22% pour le PSOE. Du côté des jeunes partis, Podemos et ses alliés, issus du mouvement des indignés de 2011 et qui envisagent de bousculer les lignes politiques du pays, récoltent 20,7% des suffrages et Ciudadanos, créé il y a 10 ans et proche des entrepreneurs, termine un peu déçu à 14%. Ces résultats signent la fin du bipartisme espagnol qui pendant plus de trente ans a rythmé le paysage politique du pays.

Un scrutin qui favorise les zones rurales

Ce qui complique l’élection, c’est le mode de scrutin qui n’est pas strictement à la proportionnelle, mais qui assoie également sa légitimité sur des critères territoriaux. Ainsi le PP, arrivé en tête dans de nombreuses circonscriptions et qui garde la main mise sur le Sénat, obtient 123 sièges au Congrès des députés, une chambre qui en compte 350. Un nombre d’élus insuffisant pour gouverner seul comme il le faisait jusqu’à présent avec ses 186 députés. Le PSOE remporte 90 sièges alors que Podemos, qui talonne la gauche traditionnelle, ne reçoit que 69 sièges. Ciudadanos avec 40 sièges ne parvient pas à s’élever au rang de faiseur de roi.

Ce matin, les journaux espagnols s’agitent sur les possibles coalitions que pourraient constituer les partis en présence. Cependant, aucune alliance crédible ne permettrait de constituer un gouvernement.

Aucune majorité ne se dessine au Congrès des députés. - Interior.es

Un Parlement dans l’impasse

Après les résultats, place aux négociations. Les pronostics sur de possibles alliances entre les uns et les autres vont bon train. Cependant, toute coalition semble un véritable casse-tête.

A droite, Ciudadanos, mouvement citoyen libéral de centre-droit qui a fait campagne contre la corruption, pour le changement des pratiques politiques et l’unité nationale, peut difficilement faire alliance avec Parti Populaire, qu’il a attaqué depuis ses débuts. Et même dans ce cas, la somme des sièges des deux partis ne suffit pas à rassembler les 176 députés nécessaires pour constituer une majorité gouvernementale. Cependant, le leader Albert Rivera de Ciudadanos a annoncé qu’il pourrait soutenir un gouvernement de Mariano Rajoy en s’abstenant.

A gauche, il en est de même, une alliance du PSOE et de Podemos, envisageables depuis quelques mois, ne suffira pas à constituer un gouvernement. Les autres partis qui entrent au Parlement ne permettent pas non plus de faire la différence. En effet, le parti de la gauche radicale, Izquierda Unida, subit une défaite cuisante avec seulement deux sièges de député gagnés à Madrid alors qu’en 2011 le parti était la troisième force du pays. Très largement concurrencé et siphonné par Podemos, Izquierda Unida par l’intermédiaire de son leader Alberto Garzon avait proposé à Podemos de faire campagne commune. Iglesias avait repoussé l’offre contre l’avis de certaines marées d’indignés, qui critiquent aujourd’hui ce refus qui a brisé la dynamique électorale de la gauche radicale espagnole incarnée par les deux mouvements.

Certains commentateurs prônent alors la Grande Coalition PSOE-PP, voire PSOE-PP- Ciudadanos, ou bien PSOE- Ciudadanos-Podemos. Des configurations inimaginables après une campagne virulente et mouvementée, qui forceraient chaque membre à de grandes concessions. Les leaders du PSOE et de Podemos, Pedro Sanchez et Pablo Iglesias, ont été très clairs. Ils exigent le départ de Mariano Rajoy. Il paraît également difficile dans ce contexte d’envisager un gouvernement fondé sur une coalition minoritaire négociant avec leurs oppositions sur chaque texte pour trouver une majorité circonstancielle.

Le Parlement fait sa rentrée le 13 janvier et a deux mois pour constituer une majorité stable pour soutenir un gouvernement, qui sera alors investi par le roi Felipe VI. Personne n’est capable à ce jour de prédire le prochain chef de l’Etat et les contours de sa majorité. Il est plus aisé d’imaginer la possible dissolution du Parlement et la convocation de nouvelles élections pour départager les partis en lice.

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P.-S.

Sources :
- Resultados Générales 2015.
- Elections législatives espagnoles de 2015 (Wikipédia).
- Espagne : Coup de tonnerre électoral.

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