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Les 5 points à retenir du programme de Jean Claude Juncker :

, par la Rédaction du Taurillon

Jean Claude Juncker vient d’être élu par le Parlement européen nouveau président de la Commission européenne. Ce vote qui fait suite à celui du Conseil de l’Union conforte le progrès démocratique auquel nous assistons depuis le lancement des élections de mai 2014. Le vote des citoyens a été pris en compte et c’est désormais la tête de liste du premier parti du parlement qui prend la tête de la Commission. Le programme qui a été publié le jour de l’élection reprend les diverses priorités de l’UE pour les 5 prochaines années. Décryptage en 5 points :

1- Un constat lucide

Bien que le PPE soit en charge des affaires depuis plusieurs décennies, M. Juncker ne mâche pas ses mots par rapport à la dernière législature. « L’Europe découvre qu’elle est bien souvent mal préparée face aux défis mondiaux qui l’attendent » affirme-t-il. « Les mesures prises durant la crise peuvent être comparées à la réparation d’un avion en feu lorsqu’il est en vol ». Il est nécessaire de « restaurer la confiance des citoyens européens ». Parfois, il va même jusqu’à critiquer directement des anciennes personnes en charge. On apprend ainsi que : « Le prochain Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité devra être une personnalité respectée et expérimentée, capable d’articuler […] tous les outils dont dispose la Commission d’une manière plus efficace que ce que nous avons vu au cours des derniers mois. »…

Nous ne pouvons qu’être d’accord avec ce constat. L’Europe n’est pas encore entrée dans le XXIème siècle et son retard l’empêche de sortir de la crise. Cela entraine aussi une crise de confiance généralisée qui doit être combattue par une action politique plus efficace et surtout plus lisible et tournée vers un projet d’avenir.

2- Une méthode de travail : le consensus :

Si le groupe politique de M. Juncker est arrivé en tête lors des élections, il lui est impossible de gouverner seul. Une coalition entre les groupes de droite (PPE), centriste (ALDE) et de gauche modérée (PSE) est nécessaire. Cette coalition est fragile et M. Juncker le sait bien. Il a d’ailleurs été élu avec 422 voix alors que la coalition, mathématiquement, rassemble 479 eurodéputés.

Sans doute pour offrir des garanties aux partenaires, M. Juncker a donc bien pris soin de préciser qu’ « il veu[t] travailler avec chacun d’entre vous [les eurodéputés] en vue d’établir un large consensus, de part et d’autre des institutions de l’Union, sur ce que nous devons mettre en œuvre ». Il est intéressant de noter que le consensus ne doit pas se limiter à l’ensemble des eurodéputés mais bien à toutes les institutions de l’Union. Malgré ses défauts, c’est sans doute la méthode de travail la plus efficace pour faire avancer les projets. Cependant, cela amoindri la politisation du Parlement européen rendant la politique européenne peu claire pour les pays non habitués à la démocratie parlementaire (la France au premier rang). L’esprit de consensus reste en effet mal compris par nos concitoyens.

De plus, et cela est sans doute plus problématique, le principe de consensus entre les différentes institutions relève d’une frilosité certaine. On a un peu l’impression que M. Juncker souhaite « ne se mettre personne à dos » mais ce n’est pas la meilleure des options. Le bilan de M. Barroso est catastrophique notamment car il a toujours placé très haut les intérêts du Conseil de l’Union. La Commission doit être une force de proposition dynamique qui force le consensus et ne se contente pas de prendre placidement en compte les intérêts du Conseil. Nous espèrons que c’est dans ce sens-là que M. Juncker souhaite travailler.

3- Une politique économique ambitieuse tournée vers le renforcement du marché commun :

M. Juncker a repris l’idée partagée par quasiment tous les candidats de la dernière élection, de grands projets innovants. Ces grands projets ce sont un marché numérique véritablement européen ou encore une nouvelle Europe de l’énergie. Ces deux secteurs qui sont aux yeux de tous les principaux enjeux du futur semblent bien choisis et les propositions faites sont alléchantes. Afin de les développer, une hausse de l’investissement « jusqu’à 300 milliards d’euros supplémentaires d’investissements publics et privés dans l’économie réelle au cours des trois prochaines années » devrait avoir lieu.

Si M. Juncker se détache de son rôle d’ancien premier ministre du Luxembourg en déclarant : qu’il a « toujours été un ardent défenseur de la mise en place de contrôles plus stricts des banques » ou encore que c’est un « tenant convaincu de l’économie sociale de marché », il ne renie pas pour autant ses idées néo-libérales. Il entend ainsi poursuivre le travail sur le traité de libre-échange transatlantique.

Au niveau du cadre de ce programme politique, on peut se féliciter de la volonté de M. Juncker de renforcer le marché commun et la zone euro. Cela passe par « une capacité budgétaire ciblée au niveau de la zone euro, ainsi qu’une proposition visant à rendre plus efficace la représentation externe de notre Union économique et monétaire ». On pourrait voir dans cette affirmation une volonté de fédéraliser la zone Euro mais il ne s’agit pas de sur-interpréter… M. Juncker propose aussi : « une assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés et d’une taxe sur les transactions financières. ». Reste à savoir comment cela va être mis en œuvre. Cela va cependant positivement dans le sens de la création d’une vraie zone économique homogène.

Si M. Juncker a rappelé son attachement à l’Europe sociale, on peut cependant déplorer le fait qu’il n’en évoque aucune politique. Il condamne timidement le dumping social mais on est encore très loin de la création d’une Europe sociale.

4- Une Europe qui renforce son poids diplomatique au détriment de l’élargissement :

M. Juncker l’a annoncé de but en blanc : « il n’y aura pas de nouvel élargissement dans les cinq prochaines années ». Les négociations avec les pays candidats doivent continuer mais il faut pour M. Juncker « digérer » les élargissements successifs.

Pour lui, cela doit permettre de dégager du temps pour renforcer la voie de l’Europe sur la scène diplomatique mondiale. Cela passe pour lui par une mise en valeur du rôle de Haut représentant mais aussi par un renforcement des forces militaires européennes. L’Europe ne peut se contenter d’être un soft-power sans armée. Il propose que « les États membres qui le souhaitent puissent mettre en commun leurs capacités de défense sous la forme d’une coopération structurée permanente. », conformément au traité de Lisbonne. Cela va vers le bon sens, celui de la création, à terme d’une armée européenne.

Au niveau de la politique migratoire, M. Juncker plébiscite une meilleure coordination et surtout une plus grande solidarité financière entre les Etats membres. Il évoque notamment la nécessité de débloquer un plus grand budget pour Frontex et la protection des frontières. Si cela rend bien sur le papier, reste à savoir s’il saura l’imposer au Conseil de l’Union, rien n’est moins sûr.

5- Une Europe démocratique…. mais communautaire

C’est très certainement sur ce point-là que M. Juncker est le plus décevant. Après avoir déclaré dans son introduction la nécessité de renforcer la légitimité démocratique, il conclut sur ce point dans un paragraphe très court dans lequel on passe des lobbys aux OGM sans aucune cohérence. C’est très dommage. Sans véritable effort de restructuration de l’Union, les politiques présentées dans le reste du discours sont vouées à l’échec. De même, M. Juncker rappelle que le budget ne sera réévalué qu’en 2016. Nous nous retrouvons donc dans une situation où le parlement démocratiquement élu subi les décisions prises par une ancienne composition. C’est anti-démocratique et parfaitement étrange.

Il est très décevant de voir que M. Juncker n’a pas pleinement pris conscience des raisons du fiasco de ces dernières années. La méthode communautaire ne fonctionne plus. Elle sclérose l’Union. Il est temps de passer à une Europe fédérale. Cette Europe-là, plus démocratique, plus lisible, permettrait d’exploiter pleinement le potentiel de nos divers Etats. En refusant clairement d’aller dans cette voie, M. Juncker a tort. Nous ne pouvons que le pousser à changer d’avis et à convoquer dès à présent une nouvelle convention pour l’avenir de l’Europe.

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Vos commentaires

  • Le 18 juillet à 12:40, par tnemessiacne En réponse à : Les 5 points à retenir du programme de Jean Claude Juncker :

    Mais peut-on savoir qui compose la « Rédaction du Taurillon » ? Est ce le Bureau national, le comité d’administration du site ou l’ensemble des Jeunes européens France ?

    Je mentionnerai également, cette citation publié par le compte Twitter du Taurillon : « A l’avenir, avant d’appliquer un programme d’ajustement, il faut une étude d’impact social ».

    Ou celle-ci : « Il faut une union des marchés de capitaux pour développer notre économie pour réduire le cout du capital pour les PME ».

    D’ailleurs il existe un indice européen, l’Eurostoxx 50.

    Pour ce qui est de twitter, enfin, le Taurillon va dans ce sens que je préconisais fin avril : "Pour finir, ce que je répète souvent le Taurillon pourrait faire comme feu Presseurop et créer un onglet avec tous les articles de toutes les versions européenne, traduit avec Google, on comprend l’essentiel, et quand c’est flou on comprend pas ça nous évite les subterfuges.

    En tout cas super la couverture de l’ #EUDebat2014 par le compte twitter du Taurillon. Il pourrait toujours se constituer un article retranscrivant tout les tweets du compte de la soirée.

    A défaut de retranscrire quelques paroles qui ont été échangées."

    Il manque plus que la traduction des différentes versions et la couverture des séances du Parlement par le hashtag #DiretPe, allez on y croit.

  • Le 18 juillet à 17:08, par LeFédéraliste En réponse à : Les 5 points à retenir du programme de Jean Claude Juncker :

    Pourquoi déplorer la méthode communautaire ? C’est justement la méthode qui s’oppose à l’intergouvernementalisme.

  • Le 19 juillet à 17:35, par tnemessiacne En réponse à : Les 5 points à retenir du programme de Jean Claude Juncker :

    Cette phrase étant un peu floue l’idée est double. Un onglet avec que des articles traduits par l’équipe très efficaces des Jeunes Européens Europe et pas par Google. Par contre traduire les commentaires par les traducteurs ou Goole ou Bing.

  • Le 20 juillet à 14:21, par Pierre-Antoine Klethi En réponse à : Les 5 points à retenir du programme de Jean Claude Juncker :

    Je suis d’accord avec l’un des commentaires précédents : pourquoi critiquer la méthode communautaire, qui est la méthode d’intégration fondatrice prônée par les pères de l’Europe ??

    Par ailleurs, vous ignorez totalement la section consacrée à « l’Europe des valeurs » et la proposition d’un commissaire en charge de la Charte des droits fondamentaux et de l’Etat de droit. Cela contribue à faire de l’UE autre chose qu’un simple marché commun et à démocratiser l’UE. Si j’ignore ce que les OGM font dans la partie sur la démocratisation, je trouve néanmoins que l’ouverture vers un dialogue renforcé entre la Commission, le PE et les parlements nationaux est une bonne chose. Que voudriez-vous voir d’autre durant une législature ?

    Je tiens enfin à préciser que le nouveau PE ne « subit » pas les choix de l’ancien PE. Le PE votera chaque année le budget ; le cadre financier pluriannuel sert simplement de cadre général, conformément à la pratique de multiples démocraties parlementaires. D’ailleurs, une certaine continuité institutionnelle est toujours inévitable.

  • Le 20 juillet à 21:44, par tnemessiacne En réponse à : Les 5 points à retenir du programme de Jean Claude Juncker :

    @ Pierre-Antoine Klethi

    "Par ailleurs, vous ignorez totalement la section consacrée à « l’Europe des valeurs » et la proposition d’un commissaire en charge de la Charte des droits fondamentaux et de l’Etat de droit."

    Viviane Reading, vice-présidente, en charge de la Justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté.

    N’êtes vous pas d’accord qu’un "commissaire en charge de la Charte des droits fondamentaux et de l’Etat de droit" n’existe-t-il/elle pas déjà.

    Vous pouvez connaitre tous les commissaires ici http://ec.europa.eu/commission_2010-2014/members/index_fr.htm

    et peut être est il intéressant de réfléchir sur les futures portefeuilles.

  • Le 20 juillet à 21:54, par tnemessiacne En réponse à : Les 5 points à retenir du programme de Jean Claude Juncker :

    @Pierre-Antoine Klethi

    « l’ouverture vers un dialogue renforcé entre la Commission, le PE et les parlements nationaux est une bonne chose. »

    Ceci existe déjà...

    C’est le semestre européen les parlements nationaux, le PE, la Commission, les Conseils y sont associés, mais par exemple en France il faudrait que les députés soient informés lorsqu’ils siègent au sein du dialogue inter-institutionnelle européen... Mais connaissent-ils tous les lois qu’ils votent...?

  • Le 22 juillet à 20:19, par Pierre-Antoine Klethi En réponse à : Les 5 points à retenir du programme de Jean Claude Juncker :

    @tnemessiacne

    Viviane Reding jouait effectivement ce rôle dans l’ancienne Commission. Mais peut-être qu’un nouveau portefeuille mettrait encore plus l’accent sur l’importance de la Charte des droits fondamentaux. Effectivement, il serait intéressant de débattre des portefeuilles dans la prochaine Commission.

    Le semestre européen ne suffit certainement pas en matière de « dialogue »... surtout entre institutions européennes et Parlements nationaux. Si dialogue il y a, c’est un dialogue de quasi sourds...

  • Le 22 juillet à 22:02, par tnemessiacne En réponse à : Les 5 points à retenir du programme de Jean Claude Juncker :

    @Pierre-Antoine Klethi

    En cliquant sur ce lien http://www.europarl.europa.eu/aboutparliament/fr/006d1cec56/%C2%A0Parlements-nationaux-des-%C3%89tats-membres.html vous pourrez voir que « les commissions parlementaires [du PE] invitent régulièrement les membres des parlements nationaux à leurs réunions pour débattre, notamment, des nouvelles propositions législatives soumises par la Commission »

    Il existe également les Cosac (Conférence des commissions parlementaires pour les affaires européennes.)

    Se réunissant deux fois par an elles sont composées de 6 représentant par pays et 6 du parlement européen.

    La commission Europe de l’Assemblée nationale invite parfois des commissaires ou même le président du Conseil.

    Comment voudriez-vous renforcer le dialogue avec les institutions ?

    Le dialogue de quasi-sourds est malheureusement présent dans toutes les institutions.

    Sinon concernant la charte des droits fondamentaux et son application c’est un autre débat qui peut être ouvert.

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