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Les insulaires grecs et les réfugiés, une solidarité de fait

Témoignage

, par Sarah Champagne

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L’Europe fait face à une crise migratoire sans précédent. En première ligne se trouvent les pays sud-méditerranéens qui, chaque jour, accueillent des migrants de tous âges. Je vous propose de lire le témoignage de Nina, la fondatrice d’un des nombreux groupes solidaires citoyens de soutien aux réfugiés en Grèce.

Sur l’île de Lesbos, les citoyens et la Croix rouge grecque sont mobilisés pour venir en aide aux réfugiés. Certaines associations ont déjà fait savoir qu’elles se désengageraient si elles devaient appliquer le mécanisme de renvoi, négocié entre l’Union européenne et la Turquie. - Ggia (CC/Wiki).

Auteurs

  • Étudiante sur le campus européen franco-allemand de Sciences Po - Paris à Nancy, je suis passionnée par la politique internationale et par l’histoire européenne. Joueuse de piano jazz à ses heures perdues, je suis membre des Jeunes Européens - Lorraine depuis 2015.

« Notre groupe de soutien comprend une quarantaine de personnes. Ce sont tous des bénévoles venus donner de leur temps libre. Nous sommes totalement indépendants, c’est-à-dire que nous ne sommes financés par aucune administration. Notre but n’est absolument pas de récolter de l’argent. Nous agissons par nécessité. Des milliers de personnes fuyant la guerre et l’extrême pauvreté arrivent chaque jour en Grèce. Elles sont parties de leur pays sans être sûres d’atteindre un jour leur destination. Elles arrivent au terme d’un voyage exténuant, affamées, apeurées et engourdies de froid. Fin janvier 2016, nous avons fait face au pire naufrage de migrants dans la mer Egée. Beaucoup de gens, notamment des enfants, sont morts, et nous avons fait de notre mieux pour accueillir et rassurer les autres. Les bénévoles sont très fatigués psychologiquement et physiquement. Mais nous devons continuer d’agir, il en va de notre dignité. », explique Nina.

Le groupe solidaire offre des services très variés : les volontaires collectent de la nourriture et des vêtements qu’ils distribuent aux réfugiés, mais leur action consiste également à accueillir le plus dignement possible chaque personne qui a réussi à atteindre les îles grecques. Ils peuvent aussi fournir à ceux qui le souhaitent des informations pratiques concernant la procédure de demande d’asile.

Il existe des centaines de groupes solidaires différents en Grèce. Il est déplorable qu’ils soient à ce point méconnus ailleurs en Europe. Les volontaires sont d’un courage exemplaire. Bien souvent, parce que leurs salaires ont été drastiquement revus à la baisse depuis la crise, ils ont eux-mêmes de grandes difficultés financières. La plupart des Grecs ne sont absolument pas assurés de garder leur emploi.

L’accueil qu’ils réservent aux réfugiés pourrait-il être un moyen de rappeler à l’Union européenne ses valeurs fondamentales d’humanisme et d’entraide ? Nina a sur ce sujet un avis bien tranché.

« Tout, en ce moment, me rappelle la période de l’entre-deux-guerres : le virement sécuritaire en France et au Danemark, les élections polonaises, la montée de la xénophobie dans l’opinion publique, les réactions des médias… Les choses vont de mal en pis en Europe. »

Un tableau inquiétant pour la bénévole, qui continue à agir sur le terrain. En tout cas, cet engagement courageux d’insulaires grecs est la preuve que l’action humanitaire et solidaire des citoyens est bien utile dans la résolution de la crise migratoire. Elle gagnerait à être reconnue, d’autant qu’il est parfois question d’une « mise en quarantaine » de la Grèce dans le cadre des accords de Schengen, d’un Grexit de Schengen, et que l’accord signait entre la Turquie et l’Union européenne remet en cause cette solidarité citoyenne. Plusieurs ONG, tels que Médecins sans frontière et le Haut-commissariat aux réfugiés, refusent déjà de cautionner l’accord UE-Turquie, qui transforme les centres d’accueil en centres de détention.

Récemment, une pétition a été créée afin que les insulaires grecs reçoivent le Prix Nobel de la Paix pour leur soutien exemplaire aux réfugiés. Rendez-vous dans quelques mois lors de l’annonce des nominations.

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P.-S.

Pour retrouver l’actualité de ce groupe de citoyen, rendez-vous sur leur groupe Facebook.

Une pétition est en cours de signature pour inciter à la nomination des insulaires grecs au Prix Nobel de la Paix. Pour signer, c’est ici.

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