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LGV Lyon-Turin : Michèle Rivasi veut le retrait de l’Union européenne

, par Hadrien Bajolle

Suspecté dangereux pour l’environnement, économiquement non rentable, le projet de liaison ferroviaire entre Lyon et Turin suscite la polémique. L’Union européenne s’est pourtant engagée à le financer. Une position que l’eurodéputée écologiste française Michèle Rivasi conteste. Interview.

L’enquête du bureau de l’anti-fraude européen risque de compromettre le projet de ligne à haute vitesse Lyon-Turin et d’y mettre un point d’orgue. - gasdub

Auteurs

  • Etudiant à la London School of Economics, il est rédacteur en chef du Taurillon en Seine, l’édition parisienne du Taurillon.

Mots-clés

La rationalité du projet de ligne à grande vitesse entre Lyon et Turin semble fortement contestée par la Cour des Comptes et la commission mobilité 21 notamment. Comment expliquer un tel entêtement de la part des pouvoirs publics ?

De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le coût et l’utilité très relative de ce projet. Les pouvoirs publics connaissent mal le dossier du fret ferroviaire et des besoins réels en la matière. Les opérateurs du projet leur cachent la vérité en les désinformant ; le tunnel existant du mont Cenis peut tout à fait répondre aux besoins en matière de fret ferroviaire. Il est actuellement sous utilisé. On assiste à un enfumage sur ce dossier, alors que des citoyens ont épluché le dossier et on constaté les mensonges qui y règnent. Notamment le fait que les infrastructures existent mais qu’elles ne sont pas utilisées pour des raisons de manque de volonté politique. C’est inacceptable.

L’implication de la société civile contre le projet semble plus forte en Italie, via le mouvement No Tav. Pourquoi ?

Comme le mouvement français, le mouvement italien considère que ce projet est coûteux (d’un point de vue financier comme environnemental) et inutile.

Mais côté italien, la répression des forces de l’ordre est beaucoup plus forte et est perçue de façon très injuste et anti-démocratique sur place. Les citoyens ne veulent donc pas se laisser faire et condamner « leur » Vallée de la Suse, qui représente un patrimoine naturel important auquel ils sont fortement attachés.

J’ai lu que vous aviez fait état de possibles conflits d’intérêts. Qu’en est-il ? Votre recours auprès de l’OLAF a-t-il des chances d’aboutir ?

Le recours a abouti : l’OLAF enclenche une enquête sur le sujet et nous attendons ses conclusions qui pourraient être publiées sous trois mois.

Quelles sont les différentes initiatives en cours pour lutter contre le projet ?

L’enquête de l’OLAF est en cours. Il y a eu des plaintes déposées par la société civile et de nombreux élus au niveau national ; auprès du procureur financier pour des irrégularités en matière de passation de marchés publics et d’utilisation des deniers publics. Par ailleurs, plusieurs plaintes d’élus ont été déposées pour mise en danger de la vie d’autrui ; en effet, les vallées de la Savoie sont très polluées et ceci impacte donc la santé des citoyens. Or, il existe déjà des infrastructures de fret ferroviaire qui devraient être utilisées immédiatement et ceci permettrait la préservation de la santé des riverains. Faut-il le rappeler, 42 000 décès sont causés par an du fait de la pollution de l’air.

Enfin, il y a eu plusieurs prises de position publiques et politiques sur le sujet ; de la part du député de Savoie Dominique Dord, de la part des écologistes au niveau national et local.

J’ai cru comprendre que la France et l’Italie tablaient sur un financement communautaire à hauteur de 40 %. Cela semble énorme a première vue. Quelle est la position de la Commission sur le projet ? Et le Parlement européen ?

Le coût du projet est estimé à ce jour à 26 milliards d’euros. Le tunnel international coûterait 8,5 milliards ; le cofinancement européen dans le cadre du Mécanisme d’Interconnexion Européen (MIE) pourrait intervenir sur cette portion à hauteur de 40% soit 3,5 milliards d’euros. Cette somme est importante au regard du budget européenne en matière d’infrastructures de transport, car elle en capterait 15% !

Du côté du Parlement européen, le président, écologiste, de la Commission des transports (TRAN) a organisé une audition à ce sujet. Une fois le projet de demande de financement dans le cadre du MIE déposé par la France et l’Italie le 26 février, les membres de cette commission seront informés de l’avancement de la sélection par la Commission européenne. Ils pourront donc intervenir et tenter de peser sur la décision finale de sélection du projet de cofinancement du tunnel Lyon-Turin.

Plus largement, quelle est votre position sur les projets d’interconnexion ferroviaires européens ?

L’interconnexion ferroviaire européenne est nécessaire et utile, notamment si l’on modernise nos infrastructures existantes.

Le Lyon-Turin est un projet qui met en avant l’argument du trafic ferroviaire alors même que le tunnel du mont Cenis, à proximité, est utilisé à seulement 20% de ses capacités ; utilisons déjà l’existant et voyons ensuite quelles nouvelles infrastructures sont utiles. Ceci est plus raisonnable au regard du coût de ces projets.

Selon moi, il y a aussi de gros efforts à faire du côté des autoroutes maritimes.

Si ces fonds européens ne sont finalement pas débloqué, pensez-vous que la France et l’Italie assumeraient les frais quoiqu’il en coûte ?

La France ne semble pas en avoir la capacité, à moins de faire une croix pour les 30 ans à venir sur tout autre projet de création de ligne ferroviaire, de rénovation ou de modernisation de lignes ferroviaires. Je pense donc que sans l’effet levier du financement européen, le projet ne pourra pas se faire.

En définitive, qui décide de l’arrêt ou de la poursuite d’un tel projet ?

Pour moi, la transparence de l’information sur ce dossier peut avoir un impact tel qu’elle peut stopper le projet. Quand les citoyens vont se rendre compte de l’ampleur des mensonges, de la tricherie et des conflits d’intérêts qu’il y a dans le dossier, ses initiateurs n’auront d’autre choix que de l’arrêter. Car ce projet n’est ni plus ni moins qu’entaché d’illégalité. En termes de coût, les élus soutenant ce projet prennent une lourde responsabilité car ils feront peser une lourde dette sur notre avenir et sur le budget des transports en France. La saisine des juridictions peut aussi avoir l’effet de le stopper.

Et enfin, malgré le soutien fort de la Commission européenne et de la France et de l’Italie, l’enquête de l’OLAF fait peser une menace réelle sur l’avenir de ce projet. Selon moi, au regard de l’enquête en cours, il semble indispensable de suspendre la décision sur le versement de l’aide financière européenne à ce projet de tunnel.

Voir en ligne : Photo : CC

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P.-S.

Michèle Rivasi est députée européenne les Verts / ALE.

Vos commentaires

  • Le 23 février 2015 à 19:34, par Yves T. En réponse à : LGV Lyon-Turin : Michèle Rivasi veut le retrait de l’Union européenne

    L’enfumage bien de chez « Les Verts », surtout quand on s’appelle Mme Rivasi et qu’on se prépare pour être tête de liste aux prochaines régionales. Bravo Mme, j’ai pourtant cru que le cumul des mandats ne faisait pas partie du vocabulaire et du programme de nos chers écologistes français...

  • Le 25 février 2015 à 11:32, par Bernard Giroud En réponse à : LGV Lyon-Turin : Michèle Rivasi veut le retrait de l’Union européenne

    Voilà donc une idée , qu’elle est bonne ! :

    Revenir à la charrette à bœufs, ou aux barcasses de grand-père, pour voir l’Italie.

  • Le 31 mars 2015 à 08:34, par Jacques Fayette En réponse à : LGV Lyon-Turin : Michèle Rivasi veut le retrait de l’Union européenne

    Le tronçon Turin - Lyon n’est qu’un segment de la ligne Kiev - Lisbonne. S’y opposer c’est comme si au XIX siècle on avait refusé le tronçon Valence - Montélimar de la ligne Lyon - Marseille. Quand le TGV est arrivé à Lyon, les Verts de l’époque s’étaient opposés à la Gare de de La Part Dieu, affirmant que quelques aménagements à l’ancienne gare de Perrache, allaient faire l’affaire. Aujourd’hui la gare de La Part - Dieu est saturée et il va falloir en construire un deuxième. S’opposer à Lyon - Turin, c’est vouloir que chacun reste dans son coin, ses frontières, c’est en définitive mettre de la sauce progressiste sur le plat de résistance frontiste.

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