Lutte contre la corruption en Grèce : quel bilan après le traumatisme de Larissa ?

, par Corentin Vinsonneau

Lutte contre la corruption en Grèce : quel bilan après le traumatisme de Larissa ?
Une manifestation en Grèce le 8 mars 2023 pour protester contre les défaillances du système ferroviaire ©NikosLikomitros (Wikimedia Commons)

Après l’accident ferroviaire de Larissa en 2023, l’indignation populaire a fait remonter la question de la corruption des élus grecs au cœur des préoccupations. La disparition progressive des démocraties modernes au profit de systèmes autoritaires ou corrompus voire dictatoriaux devient de plus en plus la norme au niveau international. L’Union européenne garante des droits de l’Homme, qui promeut la démocratie, est elle-même au centre de conflit avec l’augmentation des cas de manquement à la probité (corruption, favoritisme, prise illégale d’intérêt, détournement d’argent public).

“28 février 2023” : le scandale ferroviaire le plus grave de la Grèce moderne

En pleine nuit du 28 février 2023, un train de marchandise entre en collision avec un train de près de 350 personnes, dans lequel on compte de nombreux étudiants. Cette ligne reliant Athènes à Thessalonique est l’une des principales du pays.

Suite à l’accident, les premières questions se posent. Les enquêtes préliminaires pointent du doigt une erreur humaine mais également la gestion catastrophique du gouvernement grec des installations ferroviaires du pays. Par l’exemple de cette gestion chaotique, est pointé du doigt le niveau de corruption des élus grecs.

Deux ans après le tragique accident ferroviaire le plus meurtrier du pays, des manifestations et des grèves massives ont touchés la Grèce, montrant que la société elle-même souhaite une réelle prise de conscience des politiciens et de réels changements.

Ces manifestations ont provoqué une grève générale de 24 heures et ont paralysés le trafic ferroviaire du pays. Cette mobilisation est le symbole de l’échec des institutions face à la lutte contre les manquements à la probité publique.

Malgré une enquête judiciaire toujours en cours, un rapport a mis en avant l’erreur humaine, des infrastructures vétustes et des défaillances systémiques. Ce qui fragilise le gouvernement en place actuellement. Même si le parti au pouvoir conserve une large avantage dans les sondages en cas d’élection, la colère de la société a entraîné une forte progression des autres partis politiques en Grèce.

Une évolution des dispositifs juridiques européens nécessaires

Dans le même temps, au niveau européen, le Parlement Européen adopte une résolution le 13 juillet 2023 sur des recommandations pour la réforme des règles du Parlement européen en matière de transparence, d’intégrité, de responsabilité et de lutte contre la corruption. Mais également quelques mois plutôt sa résolution sur l’ingérence étrangère dans l’ensemble des processus démocratiques de l’Union européenne, y compris la désinformation. Le contexte des élections européennes de 2024 a fait craindre aux institutions européennes un risque élevé de manipulation de l’information et d’ingérences politiques de la part d’états étrangers.

En ce sens, les organes européens œuvrent à faire évoluer le cadre réglementaire de lutte contre les ingérences étrangères afin de renforcer la démocratie dans l’espace européen. En juin 2020, alors que le contexte international est marqué par des tensions grandissantes entre l’Union européenne et la Russie ou encore la Chine au sujet d’ingérences politiques principalement dans les processus électoraux, une commission spéciale du Parlement européen sur l’ingérence étrangère dans l’ensemble des processus démocratiques de l’Union européenne y compris la désinformation (ING1), est créé.

Cette commission spéciale a pour mission de lutter contre les interférences de pays-tiers au sein des mécaniques démocratiques des pays membres de l’Union européenne. De ce fait, les missions qui lui sont accordées relèvent notamment de la surveillance et l’analyse de la législation électorale ainsi que du financement des partis politiques et campagnes électorales des pays membres. S’ajoute également la suggestion d’actions coordonnées visant à la protection des législateurs, partis politiques et journalistes vis-à-vis des potentielles menaces hybrides provenant de l’étranger.

Création du premier plan pour la lutte contre la corruption en Grèce

Le gouvernement grec a adopté pour la première fois son plan national d’action pour la lutte contre la corruption (PNALC) 2022-2025.

Ce plan comprend de nombreux objectifs visant à réduire la fraude et toutes les autres formes de corruption qu’on regroupe au sein du mot probité publique. Ce plan doit notamment être appliqué dans le secteur public, gestion des finances publiques, qui sont les domaines les plus touchés.

En 2024 l’organisation Transparency International a classé la Grèce au 24ème rang des pays de l’Union européenne et 59ème rang mondial des pays ayant des problématiques de corruption. La Grèce dégrade sa notation d’années en années soulevant de nombreux problèmes de fraude fiscale alliés à des faits de corruption.

Les défis persistants pour faire revivre la démocratie

Le procès de la catastrophe ferroviaire de Larissa va s’ouvrir le 1er avril prochain. Trente-six accusés vont comparaître devant la justice pour leur présumée implication dans des crimes présumés d’homicides involontaires répétés, de blessures graves par négligence. Parmi les accusés, on retrouve une ancienne présidente de l’Autorité de régulation des chemins de fer, un ex-dirigeant de l’Organisme des chemins de fer grecs (OSE), ainsi que des fonctionnaires du ministère des Transports.

Au-delà du jugement de l’affaire et de la prise de conscience du niveau de corruption du pays, de nombreux défis sont encore à relever. Notamment sur les mécanismes de contrôle et d’audit des institutions et agences, jugés trop influencés politiquement ou encore sur les fraudes fiscales et les détournements d’argent public ou de fonds européens.

La population grecque aimerait une meilleure réponse pénale pour répondre à l’augmentation des cas de corruption au sein du pays. Le dernier exemple européen dans l’amélioration de la réponse punitive aux manquements à la probité publique est le pays de Galles, qui veut créer une loi pour destituer des élus qui mentirait et fragiliserait la démocratie.

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