Macron – Le Pen : Recomposition et duel sur l’Europe

, par Hervé Moritz

Macron – Le Pen : Recomposition et duel sur l'Europe
CC Flickr

A l’issue du premier tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron suivi de Marine Le Pen se qualifient. Le 7 mai aura lieu un duel entre deux candidats que tout oppose sur l’Europe.

C’est une élection peu commune qu’a connue hier la France. Les derniers sondages annonçaient un coude-à-coude serré entre quatre candidats à la magistrature suprême. C’est finalement Emmanuel Macron qui est arrivé en tête avec 23,86%, suivi par Marine Le Pen (21,43%), qui fait croître sa base électorale sans pour autant créer la surprise.

Pour le parti Les Républicains, cette élection « imperdable » se termine déjà. Le leader de la droite, François Fillon, entaché par les affaires, a reçu de la part des Français un bon retour de veste avec 19,94%. Non loin, Jean-Luc Mélenchon, tribun de la gauche française, atteint les 19,62%, ce qui a tout de même déçu ses militants, espérant un duel Le Pen – Mélenchon au second tour.

La fin des partis traditionnels ?

Comme dans plusieurs scrutins en Europe, les Français ont dynamité leur paysage politique dès le premier tour de l’élection présidentielle. En propulsant sur la plus haute marche du podium l’ancien ministre de l’Economie, jamais élu ni titulaire d’un mandat de quelque sorte, Emmanuel Macron (23,86%), les Français se détournent clairement des candidats des partis de gouvernement.

L’ex-ministre et son jeune mouvement « En Marche ! » réalisent une percée fulgurante inédite dans l’histoire de la Ve République. Prédite par les « médias », cette ascension de la présumée coqueluche de la presse française et internationale se confirme incontestablement dans les urnes ce 23 avril.

De l’autre côté, la patronne du Front national, Marine Le Pen (21,43%) élargit encore sa base électorale sans pour autant arriver en tête au premier tour, ambition nourrie par les équipes de la candidate depuis le début de cette campagne.

Le candidat du parti Les Républicains est éliminé dès le premier tour. Cette défaite, qui s’explique par les soupçons visant François Fillon, prive le grand parti de l’opposition de « l’alternance » tant espérée. Cette élection devait être le triomphe de ce parti « de la droite et du centre ». Au lieu de cela, c’est une débâcle qui laisse présager un grand nettoyage de printemps dans l’exécutif et les cadres dirigeants du parti.

La revanche de François Hollande et la mort du PS ?

Quant au candidat du Parti socialiste et des écologistes, Benoît Hamon, il ne capitalise que 6,35% des suffrages. Un score historiquement bas pour le candidat du Parti socialiste, ancien frondeur contre le gouvernement du Premier ministre Manuel Valls. En partie victime du « vote utile », Benoît Hamon enterre avec lui ce parti âgé de presque un siècle et aujourd’hui en ruines. Le candidat n’a pas su rassembler l’ensemble des tendances d’une « gauche plurielle », entre libéraux, sociaux-démocrates, écologistes et socialistes historiques. Cela ressemblerait presque à la revanche du président non-candidat François Hollande, dont l’héritage se retrouve bien plus dans le programme d’Emmanuel Macron que dans celui de l’ancien frondeur.

Cette défaite des partis traditionnels de gouvernement recompose totalement le paysage politique français, tout en remettant en cause le système des primaires. Pour la droite, ce système a maintenu en place un candidat embourbé dans des déboires judiciaires, véritable « machine à perdre » pour le mouvement. Pour le Parti socialiste, les primaires n’ont fait qu’attiser les divisions, laissant le vainqueur, Benoît Hamon, seul et sans ralliement.

Un nouveau clivage

La France ne fait donc pas exception en Europe. C’est un scénario à l’autrichienne que nous observons en ce lendemain du premier tour de l’élection présidentielle. Les deux partis de gouvernement éliminés, il ne reste à présent que deux candidats prétendus « anti-système ».

Entre Emmanuel Macron, jeune loup de la politique au mouvement d’à peine plus d’un an, et Marine Le Pen, héritière du Front national, qui n’a jamais été membre d’un gouvernement, les Français ont propulsé en haut du tableau deux « outsiders ». Le duel promet en tout cas d’être intéressant. Tout les oppose, et en particulier l’Europe. Entre le candidat mondialiste, centriste, européen et progressiste, et la candidate nationale-souverainiste du « protectionnisme intelligent », les Français ont choisi un duo révélant un nouveau clivage au sein de l’électorat français. Les deux candidats, aux programmes qui ne respectent plus le clivage traditionnel gauche-droite, ont trouvé d’autres lignes de rupture.

L’Europe en est une incontestée. Marine Le Pen, qui a modéré son discours, plaide toujours pour un référendum sur la sortie de l’euro et de l’Union européenne, souhaite se libérer des « eurocrates de Bruxelles », comme le reste des extrêmes-droites européennes jouant du populisme. Emmanuel Macron, chouchou des principaux dirigeants européens et entouré de plusieurs fédéralistes, milite lui pour une relance du projet européen autour d’un noyau dur d’Etats-membres de la zone euro dont il veut améliorer la gouvernance.

La France sera-t-elle gouvernable ?

Le spectre qui plane cependant sur la vie politique française est celui d’une cohabitation. Dans un peu plus d’un mois, après l’entrée en fonction de la présidente ou du président de la République, les élections législatives doivent remplacer les députés de l’Assemblée nationale. Le système de scrutin (un scrutin majoritaire uninominal à deux tours) favorise les grands partis et les candidats ancrés au niveau local. Ce système, qui doit permettre des majorités larges et une stabilité gouvernementale, risque lui aussi de sombrer.

Les candidats au second tour ne sont pas en capacité de s’appuyer sur de larges majorités issues de leur parti, et à la vue des résultats du premier tour, les scores serrés de quatre candidats annoncent un parlement très divisé, obligeant à constituer une large coalition que seul Macron peut opérer, annonçant une cohabitation ou bien rendant le pays ingouvernable.

Le candidat « ni de gauche, ni de droite » unit un front républicain

C’est le premier scénario qui semble s’esquisser. Emmanuel Macron cumule déjà les ralliements, tant de la part de l’entourage de Benoît Hamon et des éléphants du PS, que du côté des Républicains, dont les centristes et juppéistes ont annoncé d’emblée leur soutien au candidat d’ « En Marche ! », suivis par les proches de François Fillon. Ce « front républicain », aux effets limités mais reconstitué face à Marine Le Pen, laisse présager une large victoire pour Emmanuel Macron, seulement si les électeurs se mobilisent en sa faveur et font reculer l’abstention, qui profite à son adversaire. Rendez-vous le dimanche 7 mai au soir pour les résultats du second tour.

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