Manifestations en Pologne : en marche vers le changement

, par Maria Popczyk

Manifestations en Pologne : en marche vers le changement
Manifestations devant le Tribunal de Słupsk - En haut, Robert Biedroń et la députée Henryka Krzywonos-Strycharska Crédits : KOD Słupsk et Maria Popczyk

La Pologne, en pleine crise politico-judiciaire, est de nouveau devenue la cible des médias ces dernières semaines. Trois projets de réforme controversés, colère de l’opposition, manifestations devant les tribunaux des grandes villes, le tout couronné par 2 vétos présidentiels inattendus. Sur la scène internationale, nombreux ont été les commentaires critiquant le pays, l’accusant de ne pas mériter son appartenance à l’UE. Voilà quelque-chose contre quoi s’indigner, en tant que Polonais. Mais au lieu de répondre par des cris de haine comme Jarosław Kaczyński lorsqu’il s’adresse aux députés de la Diète, voici quelques idées à méditer.

Le gouvernement n’est pas représentatif de la population polonaise

Beaucoup confondent les décisions du parti majoritaire Droit et Justice (PiS) avec les aspirations des Polonais dans leur ensemble. C’est faux. Le problème actuel n’est pas lié à la population, mais aux guerres intestines entre le parti au pouvoir, Droit et Justice (PiS), et la Plateforme Civique (PO). La politique polonaise est plongée dans cet affrontement depuis plusieurs années, et la société civile ne fait que suivre cette tendance en se partageant à son tour.

Cette tension est née de deux antagonismes : il y a eu tout d’abord le dualisme communistes/anti-communistes à l’époque des transformations des années 1990. Puis la politique s’est scindée en deux après l’accident de Smoleńsk (le crash de l’avion à bord duquel se trouvait le président Lech Kaczyński) - un groupe d’hommes politiques considère encore, malgré les résultats des enquêtes, qu’il s’agissait d’un attentat prémédité. Ces deux questions n’ayant toujours pas été tranchées, les deux grands partis font continuellement référence au passé pour attaquer le camp adverse. C’est d’ailleurs parfaitement perceptible dans le dernier discours de Jarosław Kaczyński, président du PiS - au lieu de parler des travaux parlementaires à l’ordre du jour, il a pris la parole pour accuser l’opposition d’avoir assassiné son frère Lech...

Il en résulte que la classe politique d’aujourd’hui ne fait que suivre une logique de revanchisme, sans apporter de réponse à la demande politique de la population. En guise d’illustration, il suffit de voir les dernières réformes : le Tribunal constitutionnel a été politisé, le droit à l’avortement restreint, les programmes scolaires révisés… Pour et par les Polonais ? Non, par le parti majoritaire, pour bien marquer sa montée en puissance après être resté huit ans dans l’opposition.

La démocratie polonaise n’a pas disparu

Il faut cependant souligner que la démocratie et l’Etat de droit, faisant partie des critères d’adhésion à l’UE, restent des valeurs chères aux Polonais. Les dernières manifestations le prouvent : les gens réagissent, ils sont sortis pour crier leur indignation, montrer leur soutien aux juges, demander au président Andrzej Duda de poser son veto sur les projets de réformes des institutions judiciaires, et tout ceci en brandissant le drapeau européen.

Comment peut-on donc dire que la Pologne ne mériterait plus sa place dans l’UE ? Le pays traverse une crise, mais elle se terminera probablement aux prochaines élections à condition qu’il y ait enfin un renouveau politique.

« La démocratie est comme une belle fleur, il faut en prendre soin pour qu’elle ne se fane pas »

Ce sont les mots prononcés par Robert Biedroń, ancien député et actuellement maire de Słupsk, lors de l’une des manifestations devant le tribunal. Pour en finir avec sa crise politique, la Pologne de demain a besoin d’une troisième voie qui puisse dépasser le dualisme PO/PiS. Pour Robert Biedroń, maire de Słupsk, les partis ne proposent rien de nouveau, et c’est ce qu’il faudrait changer avant les prochaines élections. Les citoyens ont envie d’une vraie offre politique. Le « Macron polonais » (c’est le surnom qu’on lui donne) fera-t-il partie des nouveaux leaders ? Telle est la question que ses acolytes, toujours plus nombreux, se posent.

En ce qui concerne le rapport des Polonais à l’UE, Biedron considère que l’anti-européisme des jeunes n’est rien d’autre qu’une révolte : les nouvelles générations rejettent systématiquement les acquis de leurs parents, et l’européisme en fait malheureusement partie. Comment y remédier ? En s’adressant aux jeunes à travers la culture, les associations, les réseaux européens pour rendre l’Europe, sa mobilité et sa diversité aussi attractives qu’en 2004. On pourrait donc paraphraser la citation sur la démocratie : l’UE est également une fleur à cultiver dans la société, l’européisme ne va pas de soi.

La Pologne de demain : liberté, démocratie et Europe ?

Les manifestations de la semaine dernière ont montré qu’il existe toujours un élan libertaire et européiste au sein de la société civile polonaise. La mobilisation spectaculaire de la population a été d’ailleurs fructueuse : elle a eu pour effet le double veto du président Duda. Si les Polonais restent révoltés jusqu’en 2020, il y a de fortes chances que de nouveaux dirigeants prennent la place des anciens. En attendant, cultivons le réseau européen des jeunes, car ils sont l’avenir.

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