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Maroš Šefčovič : pour une politique spatiale européenne

, par Hervé Moritz

Hervé Mortiz a rencontré le vice-président de la Commission européenne pour l’énergie Maroš Šefčovič, l’occasion pour lui de dévoiler la Stratégie spatiale européenne.

CC Flickr / The Open University

Auteurs

  • Rédacteur en chef du Taurillon de 2014 à 2016. Etudiant en master d’histoire et de sciences des religions à l’Université de Strasbourg. Il a étudié une année à l’Université de Leipzig.

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Hervé Moritz : L’échec de l’atterrissage du module européen Schiaparelli remet-il en cause la mission Exo Mars ?

Maroš Šefčovič : C’est en premier lieu une discussion à mener au sein de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) qui est une organisation internationale distincte de l’Union européenne. Il n’y avait donc pas de lien avec l’Union Européenne. Je sais que cela prête à confusion pour beaucoup de citoyens, mais c’est important quand même. Néanmoins, en tant qu’observateur, je peux relever deux éléments par rapport à cette mission : premièrement, la mise en orbite du Trace Gas Orbiter (TGO) est en soi remarquable étant donné qu’on parle d’un évènement qui a lieu à une distance de 175 millions de kilomètres de la Terre ; deuxièmement, toute mission spatiale représente des risques, et un échec permet de tirer les enseignements qui s’imposent pour les prochaines fois.

H.M : Pourquoi l’Union européenne se dote-t-elle d’une politique spatiale ?

M.S : L’Union européenne dispose de trois grands programmes spatiaux : Galileo, Copernicus et EGNOS. Nous consacrons 12 milliards d’euros à l’espace dans la période de 2014 à 2020. Nous sommes un client-clé de l’industrie spatiale européenne. Nous comptons lancer 30 satellites dans les 10 à 15 années à venir. En outre, nos programmes Galileo et Copernicus sont ou deviendront bientôt opérationnels à plus grande échelle, ce qui nous offre un potentiel économique énorme à exploiter. Il était donc grand temps que la Commission européenne définisse son rôle et les objectifs de l’Union européenne d’une façon plus stratégique. C’est pourquoi peu après la prise de fonction de la nouvelle Commission Juncker, nous avons entamé des réflexions en interne sur le besoin d’une stratégie. Ensuite, nous avons lancé un processus ouvert et transparent avec tous les Etats membres, l’ESA, l’industrie, et les secteurs utilisateurs des solutions spatiales. Le résultat est une stratégie spatiale qui vise à mettre à profit tout le potentiel économique et politique de l’espace pour créer des emplois, pour faciliter l’investissement dans le secteur spatial, notamment pour les start-ups et les jeunes entreprises, et pour mieux utiliser nos programmes spatiaux dans nos politiques publiques en Europe, que ce soit pour lutter contre le changement climatique ou renforcer la sécurité.

L’exploration spatiale à laquelle vous avez fait référence relève de l’ESA, et l’Union Européenne n’a pas l’ambition de développer des compétences dans ce domaine. Cependant, je suis convaincu que l’ESA et l’Union Européenne doivent coopérer et se renforcer mutuellement. Nous le faisons déjà dans le cadre des deux grands programmes spatiaux de l’Union, Galileo et Copernicus. Nous devons le faire plus encore à l’avenir. Je me félicite de la déclaration commune de l’UE et de l’ESA relative à la vision et les objectifs communs de nos deux organisations ; déclaration que l’on a signée le 26 octobre, jour de l’adoption de notre stratégie spatiale.

H.M : Les ministres européens de l’espace se réuniront en décembre pour des négociations sur l’Agence spatiale européenne. La mission Exo Mars coûte plus cher que prévu et les Etats devront mettre la main à la poche. En période de crise économique, pourquoi est-ce important d’investir dans la politique spatiale, plutôt que dans d’autres politiques publiques ?

M.S : Je ne veux pas me prononcer des décisions internes de l’ESA. Mais il est clair que le secteur spatial est un secteur de haute technologie et particulièrement innovateur. Il produit en général des résultats qui vont bien au-delà du secteur lui-même. Selon nos estimations, chaque euro investit dans la politique spatiale produit un retour de sept euros. C’est donc en général un très bon investissement.

H.M : La politique spatiale européenne est-elle aussi un moyen d’affirmation de la puissance européenne sur la scène internationale ?

M.S : Bien sûr. L’autonomie en matière d’exploitation de systèmes satellitaires et en matière d’accès à l’espace revêt une importance économique et politique énorme. Prenez les systèmes de navigation et de positionnement. 7% de notre PIB en Europe en dépend. Ils seront essentiels pour des technologies d’avenir comme les voitures connectées ou les voitures autonomes. Leurs fonctions de synchronisation sont essentielles pour la gestion de grandes infrastructures critiques. Il est donc important de ne pas dépendre seulement de systèmes non-européens. En matière d’accès a l’espace, nous avons bien montré que l’Europe porte un intérêt stratégique à disposer de l’autonomie et que la Commission est prête à utiliser tout son poids pour promouvoir cet objectif, notamment en regroupant ses besoins de lancements afin de donner plus de prédictibilité aux opérateurs économiques concernés. Nous voulons aussi utiliser nos programmes de recherche pour soutenir le développement de nouvelles technologies en matière de lanceurs comme les lanceurs réutilisables.

H.M : L’industrie spatiale européenne fait-elle le poids face à ses concurrents chinois, russes ou américains ?

M.S : Nous avons une industrie forte qui représente 21% de la valeur du secteur spatial global. Nos producteurs de satellites captent un tiers du marché global, et nos lanceurs sont fiables et hautement compétitifs. Néanmoins, il faut constater que le secteur change. Nous voyons que surtout aux Etats-Unis il y a un secteur privé dynamique qui est en plein essor, d’ailleurs souvent avec des Européens qui y participent. Cette dynamique contribue à l’innovation, à la croissance, mais aussi à la réduction des coûts et l’accroissement de la compétitivité dans beaucoup de domaines. Nous voulons intensifier notre soutien aux entrepreneurs de l’espace au moyen de programmes de financement de l’Union, pour favoriser les investissements dans le secteur. Notre objectif est de soutenir les jeunes entreprises actives dans le secteur spatial et de faciliter l’émergence de pôles et clusters spatiaux dans toute l’Europe

H.M : L’épopée Rosetta a passionné les Européens. Pensez-vous que la politique spatiale européenne peut être un facteur d’identité européenne ?

M.S : Je crois que la politique spatiale est le secteur par excellence où nous autres Européens sommes beaucoup plus forts, ensemble, et pouvons faire des choses qu’aucun de nos Etats membres ne pourrait faire seul. C’est cette unité qui nous permet de coopérer avec des Etats comme les Etats-Unis, la Chine ou la Russie. Je crois que nous pouvons être fiers des succès européens dans le domaine de l’espace. La réponse est donc oui, la politique spatiale peut faire la preuve que cette identité européenne est bien vivante

L’Agence spatiale européenne et l’Union

L’Agence spatiale européenne est une organisation internationale regroupant 22 Etats membres. Depuis 2000, l’Agence spatiale européenne et l’Union européenne coopèrent au sein d’un conseil commun. L’Agence spatiale européenne se voit confier le volet spatial de projets financés par l’Union européenne. Parmi les projets financés par l’Union européenne, le système européen de positionnement par satellite appelé Galileo, puis Copernicus, un système d’observation de la Terre destiné à fournir des informations précises et actualisées sur l’environnement.

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