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Massacre de Nice : La fuite du monde d’hier

, par Hervé Moritz

La fête nationale a été ensanglantée. En ce 14 juillet, un attentat à Nice a fait 84 morts, de nombreux blessés, provoqués par un camion bélier qui a foncé sur la foule à la suite du feu d’artifice clôturant les festivités. L’effroi et la tristesse regagnent le cœur des Français, la fatigue et la colère s’y mêlent.

Le massacre a eu lieu après le feu d’artifice qui clôture les festivités du 14 juillet à Nice. La fête a laissé place à l’horreur, au crépuscule du monde d’hier. - Kurt Bauschardt (CC/Flickr)

Auteurs

  • Rédacteur en chef du Taurillon de 2014 à 2016. Etudiant en master d’histoire et de sciences des religions à l’Université de Strasbourg. Il a étudié une année à l’Université de Leipzig.

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Hier, vers 23h, sur la Promenade des Anglais à Nice, célèbre dans le monde entier, un camion blanc a déboulé à toute vitesse. Les passants rentrent chez eux après le feu d’artifice qui clôture les festivités du 14 juillet. Sur deux kilomètres, le véhicule balaie les corps sur son passage. Hommes, femmes, enfants. Autant de victimes au hasard, de cadavres anonymes, de toute origine, de toute génération. Les coups de feu des forces de sécurité finissent par abattre le chauffard terroriste. Après l’effroi, la panique gagne la foule, on vient aider les blessés, couvrir les victimes, on s’enferme chez soi pour se mettre à l’abri.

Le symbole est fort, il est clair, limpide. Le terrorisme fanatique a choisi le jour qui symbolise l’unité des Français, le jour où l’on célèbre nos valeurs, notre histoire commune, ce qui fait de nous, d’un nous collectif, ce que nous sommes ensemble.

Après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, nous savions déjà que le monde d’hier était derrière nous. Le 13 novembre a brisé tout espoir de revenir en arrière, de revenir au temps de l’insouciance qui caractérise tant les Français qui aiment fêter, célébrer, rencontrer, aimer. Nous avons écrit, dessiné, gribouillé des messages, des portraits, des poèmes, des satires pour réaffirmer ce qui fait notre identité, pour faire triompher nos valeurs : la liberté, l’égalité, et la fraternité, bonne dernière souvent oubliée, qui a repris tout son sens dans la solidarité que l’on exprime après chaque attaque.

Déjà l’enquête commence, déjà les réactions politiques se font entendre. Les condoléances auxquelles tous s’associent laissent place à l’incompréhension et à la colère.

Aujourd’hui, lendemain de cette attaque, je ne sais pas ce dont j’ai le plus peur. De ces cadavres qui jonchent le sol de la Promenade des Anglais à Nice, des terroristes qui préparent sans doute déjà de nouvelles attaques, toujours plus sanglantes et injustes, de tous les « si » qui vont nous empêcher de vivre, imaginant toujours le pire à chaque moment de notre quotidien, ou la peur de la réaction.

François Hollande a annoncé le maintien du dispositif de sécurité initial, dispositif qui devait décroître dans les jours à venir. L’état d’urgence sera prolongé de trois mois. Cette dernière mesure est forte et inquiétante. L’état d’urgence, qui permet sans doute aux forces de l’ordre de déjouer des attaques, n’a pas empêché celle-ci. C’est avouer que l’Etat de droit est impuissant, c’est le révoquer durablement, c’est condamner la République et les droits dont elle est la garante. On ne peut pas souhaiter cet avenir.

Demain, nous débattrons des mesures à prendre, de ce qui n’a pas été fait pour empêcher cette attaque, nous défendrons nos droits et nos valeurs, nous nous lèverons contre les discours haineux, les propositions indignes et les actes barbares.

Ce que je sais déjà, c’est que je ne laisserai pas mourir le monde d’hier.

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P.-S.

Pour plus d’informations sur les événements et pour suivre le déroulement de l’enquête, rendez-vous ici.

Vos commentaires

  • Le 17 juillet à 21:01, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : Massacre de Nice : La fuite du monde d’hier

    « Ne pas laisser mourir le monde d’hier » ? Mais il est mort, déjà. Il est mort quand s’incruste le tout sécuritaire, quand s’évanouissent insouciance et joie de vivre ! Il est mort quand chacun accuse sa chacune d’avoir failli, comme si, toujours, on pouvait faire face à l’imprévu ! Il est mort quand on récupère la souffrance de l’autre pour que triomphe, demain, sa famille (?) politique ! Il est mort quand nos familles, de Nice, de France, de Belgique et d’ailleurs où le terrorisme religieux a frappé, se divisent et s’éparpillent en se repliant sur elles-mêmes, revendiquant plus de barrières et de fermetures. Il est mort, ce monde d’hier, dès l’instant où l’on s’interroge sur l’opportunité de maintenir une étape du Tour, telle fête de la Musique...Il est DEJA mort, le monde d’hier, parce que en revendiquant tous ces « prés carrés », on fait le jeu de la droite extrême, on fait le jeu de Daech, on fait le jeu de la mort contre la Vie. Il est déjà mort, ce monde d’hier, parce que, sous prétexte de sauver des vies physiques, toute inestimables et irremplaçables, on en sacrifie, déjà, une autre, collective, plus inestimable et plus irremplaçable encore, celle d’une culture et d’une civilisation. Quand celle-ci est en jeu, elle devient plus importante que la somme des vies individuelles perdues. « France, mère des armes et des lois » , ne l’acceptais-tu pas entre 14 et 18 ?

  • Le 18 juillet à 01:27, par Alexandre Marin En réponse à : Massacre de Nice : La fuite du monde d’hier

    Cette nouvelle est terrible, mais un autre événement tout aussi tragique s’est produit jeudi : 450 corps ou restes de corps ont été récupérés par la marine italienne suite à un naufrage en méditerranée. Ce drame a été totalement passé sous silence dans les médias, ce qui est absolument anormal.

  • Le 18 juillet à 09:19, par Bernard Giroud En réponse à : Massacre de Nice : La fuite du monde d’hier

    Il est temps d’être plus efficace contre ces individus, pantins irresponsables, perdus et manipulés. C’est un jeu facile pour des sauvages : Perpétrer leurs crimes sur des masses citadines sans défense, la résonance des médias fait le reste.

    Guerre religieuse, guerre d’ego, guerre de pouvoir entre musulmans Chiites et Sunnites, entre les petits pays du Golfe, Arabie Saoudite en tète, et la myriade de pays confettis alentour immensément riches. et L’Iran, trois fois plus peuplé.

    Il semble pour caricature que les Sunnites soient scrupuleux avec la Lettre. Les Chiites sont plus libres et ouverts : C’est l’esprit de la lettre qui compte. Pour nous occidentaux, encore plus au pays de Descartes, le raisonnement, la substance du texte est le moteur.

    Dans une lutte d’influence ou la raison n’a pas sa place, l’argent par contre est le plus souvent une bonne motivation, qui ira inonder les amis ou les proches de ces « glorieux martyrs » morts en tuant des centaines de leurs semblables. Il faut donc sérieusement se mettre en chasse du nid de frelons là ou il est.

    Dans cette lutte, l’efficacité passe aussi par la qualité de l’interlocuteur que l’on a en face ; Il n’y a pas d’attentats en Iran ; De nombreux Imams sincèrement religieux, et développés intellectuellement sont des acteurs d’émancipations, donc de développement et de paix.

    La recherche sincère et ouverte des buts des différentes représentations religieuses humaines nous permet de relativiser notre condition, de la faire grandir et de faire grandir notre monde. Il n’y a donc pas de raison de désespérer, au contraire, il nous faut approfondir nos bases intellectuelles, avec si possible, une grande liberté d’esprit.

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