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Moscovici : Sa vision pour rendre l’Europe « concrète et vivante » aux yeux de ses citoyens

, par Paul Faivre

Après le discours sur l’état de l’Union du 14 septembre 2016 par le président de la Commission européenne, Pierre Moscovici est intervenu à Sciences Po dans le cadre de l’initiative "Parlons d’Europe", lancée par la Commission dans le but d’ouvrir le débat sur l’Union Européenne et de permettre aux citoyens d’échanger avec des représentants européens. Pierre Moscovici est commissaire européen aux Affaires économiques et financière, à la Fiscalité et à l’Union douanière au sein de la Commission présidée par Jean-Claude Juncker. Son engagement européen date de son élection au parlement européen en 1994 puis de son expérience de Vice-président du Parlement européen entre 2004 et 2007 où il a mené campagne en faveur du « oui » lors du référendum sur le Traité Constitutionnel européen en 2005.

Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et financières. – CC Wiki -

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Le commissaire Moscovici part d’un constat consensuel : l’Union Européenne est confrontée à une multi-crise. Sur le plan économique, elle n’a pas accompli le mouvement de convergence promis lors de l’élargissement et elle est confrontée à une croissance faible (1,9%) et à un chômage élevé (10% de moyenne). Sur le plan politique, l’Europe assiste, impuissante, à une montée des forces populistes et eurosceptiques, mouvement généralisé dans l’ensemble des pays du continent. Enfin, sur le plan diplomatique, la période actuelle est caractérisée par le durcissement des relations entre pays de l’Est et de l’Ouest, aggravé par la crise des migrants – pour preuve le groupe de Visegrád regroupant Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie refusant des quotas d’accueil des réfugiés mis en place par la Commission – et par la réforme de la directive des travailleurs détachés proposée par la Commission pour enfin garantir le principe « à tout travail égal, salaire égal sur un même lieu » – la norme actuelle étant parfois interprétée comme une mesure de dumping social européen, car elle ne pose qu’une obligation de rémunération au salaire minimum.

A ces trois crises profondes s’ajoutent une crise migratoire qui a remis en question la mobilité à l’intérieur de la zone, les valeurs européennes ainsi que la conception de notre identité européenne. Ce dernier point est symbolisé par le conflit entre, d’une part, les choix politiques d’une Europe ouverte comme souhaitée par Angela Merkel et, d’autre part, ses critiques. Cette crise des migrants a été présentée comme l’écho de la crise de sécurité avec les attentats de Paris et le parcours européen d’Amedy Coulibaly, l’un des auteurs. Ces crises ont aussi contribué à la défection d’une puissance importante avec le Brexit, le 23 juin dernier. Le paysage en Europe se trouve ainsi fragmenté : il représente celui d’une Europe sur la défensive qui a besoin de retrouver un sens commun.

Le commissaire européen présente le discours du Président Juncker comme un discours dont l’état d’esprit est de rassembler, de ressourcer un continent aux multiples déchirures politiques. Il s’agit aujourd’hui de « rendre concrète et vivante » l’Union européenne aux yeux de ses citoyens. Une mesure phare est celle du marché unique du numérique, qui a pour ambition de supprimer le géo-blocage et de garantir aux Européens un meilleur accès aux ressources numériques. Pierre Moscovici dresse ensuite le tableau des mesures entreprises par la Commission qui sont porteuses d’un espoir européen : la création d’une Europe de la défense, le doublement du plan Juncker à la croissance – initialement un plan d’investissement de 315 milliards d’ici à 2017 mais qui représentera désormais 630 milliards dès 2022 –, la formation d’un corps européen de solidarité pour la jeunesse, l’établissement d’un socle européen des droits sociaux – avec la réforme de la directive des travailleurs détachés – et la lutte contre l’évasion fiscale. Ces piliers doivent être la clef du succès de l’action européenne sur les plans économique, social, fiscal, sécuritaire et de la défense. Concernant la fiscalité en particulier, la Commission va établir une liste noire des paradis fiscaux mondiaux avec des critères et des sanctions communes. L’Europe met aussi l’accent sur la sécurité intérieure avec la volonté affichée de créer un « ESTA européen » (Electronic System for Travel Authorization ; système d’information et d’autorisation entre les Etats européens sur le modèle américain ESTA) et la création récente d’un corps européen de gardes-frontières et de gardes-côtes.

Au-delà de ces projets ambitieux, Pierre Moscovici a abordé des sujets d’actualité et de préoccupation. Il précise que le Brexit ne sera pas obligatoirement source de déblocage de l’Union Européenne puisque les mesures prévues dans le cadre d’une Europe de la défense ne semblent pas être possibles sans le Royaume-Uni. En effet, si ce pays ne sera plus membre de l’Union Européenne, il sera toujours européen. De plus, il possède de fortes coopérations bilatérales avec la France et est membre de l’OTAN. De même, sur la question du TAFTA (accord économique avec les Etats-Unis), notre commissaire conseille à l’Union de s’ériger en défenseur du libre-échange, ce qu’il ne considère pas incompatible avec la défense de ses intérêts économiques. Enfin, Moscovici ne voit pas dans l’affaire Barroso une remise en cause l’éthique des institutions européennes étant donné la transparence et les règles strictes qui y sont imposées mais seulement comme une situation individuelle.

Moscovici dessine une approche pragmatique, concrète et modeste mais réaliste de ce qu’est la situation actuelle de l’Union européenne, de ce que doit être et de ce que sera l’action européenne. Il rappelle les propositions « classiques » de construction d’une Europe économique plus forte autour d’un budget et d’un ministre des finances propres à la zone euro. Il défend la nécessité d’une meilleure communication européenne avec des procédés de fast-checking, notamment pour dénoncer la désinformation mise en place lors des campagnes référendaires comme au Royaume-Uni ou en Hongrie récemment. L’action de la Commission Juncker va donc devoir évoluer dans un contexte difficile et instable où le pouvoir politique européen va être remis en jeu en 2016-2017 dans les quatre pays représentant 50% du PIB européen : Allemagne, France, Italie et Espagne. L’objectif de la commission est donc de préparer, au niveau européen, le nouveau cycle politique qui prendra forme en 2017 pour ensuite assurer la capacité de l’Union à mener des réformes plus profondes.

L’intervention de Moscovici lors de ce dialogue citoyen a présenté une vision concrète de l’Europe et de la Commission Européenne. Il a dessiné une ébauche de l’action de cette institution et de ses mesures phares, sans pour autant réellement convaincre de sa capacité à repousser la vague des mouvements eurosceptiques ou à relancer le projet européen. Aujourd’hui, l’Union Européenne veut et doit être plus proche des citoyens en affectant de manière significative et visible leur quotidien, afin de permettre enfin que les populations s’identifient au projet européen.

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Vos commentaires

  • Le 4 novembre à 14:45, par Bedat Michel En réponse à : Moscovici : Sa vision pour rendre l’Europe « concrète et vivante » aux yeux de ses citoyens

    Un discours de plus pour regretter ceci ou cela,mais à quels hommes ou femmes politiques faire confiance pour « faire avancer » l’Union européenne ? Quand on pense qu’une large part des députés socialistes français ont appelé à voter Non au traité constitutionnel européen ,au prétexte sans doute qu’il avait été eté grande partie élaboré par Giscard d’Estaing ? Ne faudrait il pas revenir à un « noyau dur » de l’Union avec les 6 pays fondateurs :France,Allemagne ,Italie, Belgique,Pays-Bas ,Luxembourg, et essayer d’élaborer à 6 une synthèse politique de type fédérale à l’instar de ce qui a été réalisé pour les USA ;les autres pays venant se fondre dans cette Union dans la mesure ou ils en accepteraient les règles ! Les 27 pays actuellement membres de l’UE ne sont là que pour des raisons purement économiques et veulent en rester là ! Dans ces conditions faisons entrer la Turquie de Mr Erdogan et la boucle sera bouclée et bien bouclée...!

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