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Moyen-Orient : La diplomatie peut vaincre le terrorisme

, par Florian Brunner

Les cartes des différents acteurs du Moyen-Orient s’abattent. Nous sommes passés d’un théâtre d’ombres à une médiatisation consacrant la cassure confessionnelle et politique entre chiites et sunnites. Comment autrement que par la voie diplomatique faire progresser l’avancée de la coalition face à Daech, tout en opérant une transition politique en Syrie et tout en créant les conditions d’une médiation entre l’Iran et l’Arabie Saoudite ? En ce début d’année 2016, la nécessité d’engager une diplomatie habile et déterminée apparaît encore plus clairement.

« La priorité numéro un doit être de combattre parallèlement Daech avec l’effort international le plus large possible, et d’entamer le processus de transition politique à Damas », a déclaré Federica Mogherini, Haute Représentante de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité. - European External Action Service (CC/Flickr).

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La Syrie sur la voie de la transition politique

Après les attentats du 13 novembre 2015, l’évolution des enjeux au Moyen-Orient est passée par différentes phases. La première phase a été l’établissement de la nécessité pour les Occidentaux et la Russie d’engager un dialogue opérationnel. La seconde phase a été le comportement désastreux d’une Turquie, loin d’être irréprochable dans la lutte contre Daech, qui a abattu un avion de chasse russe. La troisième phase a été l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution pour un processus de paix en Syrie. Une phase déterminante qui ouvre un réel processus politique en Syrie.

Les représentants du gouvernement syrien et de l’opposition doivent se réunir en ce mois de janvier pour des négociations formelles sur le lancement des pourparlers et un processus de transition politique. Après six mois, l’objectif sera d’instaurer une gouvernance fédératrice, d’établir une nouvelle Constitution et d’organiser des élections libres et justes. Un cessez-le-feu devra être instauré entre l’opposition et le gouvernement syrien actuel, afin d’engager ce processus politique.

Alors que Daech perd du terrain en Syrie et en Irak, ce cessez-le-feu doit être impérativement signé, afin d’accroitre l’efficacité du combat face à Daech et pour restaurer des institutions solides, allant de pair avec un retour à la stabilité. Il est évident que dans ce contexte Bachar El-Assad doit quitter le pouvoir. Le scandale de la ville de Madaya, où la population syrienne est affamée, est le dernier méfait d’un criminel de guerre, condamné en 2013 par l’ONU.

Ce mercredi 20 janvier 2016, la Russie s’est dite « prête » à une coordination « plus étroite » avec les Etats-Unis, afin d’assurer la sécurité des livraisons d’aide humanitaire en Syrie. Elle a aussi assuré que le « processus diplomatique » allait débuter « bientôt ». Afin d’accroître l’efficacité de la lutte contre Daech, la Russie devra s’inscrire de manière plus forte dans la coalition et redéfinir une stratégie de soutien au régime d’Assad qui est une véritable impasse. La Russie devra user de son influence de manière plus habile et constructive, de manière à favoriser une issue politique en Syrie.

L’ONU doit être une force de médiation entre l’Iran et l’Arabie Saoudite

Ce retour fort de l’ONU dans le dossier syrien doit se maintenir et s’étendre plus largement dans la région. L’Union doit mener une action diplomatique indépendante, détachée des approches trop clivantes. L’Arabie Saoudite a décidé d’engager une politique de durcissement à l’égard de l’Iran, afin de contrer l’impérialisme iranien, ce qui s’est traduit par l’exécution d’un dissident chiite formé en Iran. Depuis, les tensions n’ont cessé de croitre entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. La France et la Russie ont tous les deux appelés à une restauration du dialogue entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. Il est important de pouvoir engager une médiation efficace entre ces deux puissances du Moyen-Orient.

Si les Européens veulent poursuivre une réelle action diplomatique dans la région, alors il faut s’efforcer de maintenir un dialogue constant, avec toutes les forces en présence. Ce n’est qu’en dialoguant, qu’en s’appuyant sur cette force de négociation que l’Union pourra établir un réel plan de paix et de stabilisation. Quelles que soient les positions initiales des parties prenantes, il faut aboutir à un consensus.

Enfin, c’est l’urgence politique qui apparaît en Libye, où la curieuse mise en place d’un gouvernement d’union nationale tarde, alors que Daech a revendiqué un attentat et lancé, sans succès, des attaques visant le « croissant pétrolier » à Ras Lanouf, qui héberge la plus grande raffinerie du pays, et à al-Sedra. La vigilance est de mise sur la précipitation occidentale qui conduit à négliger trop de réalités locales. Ce n’est pas un interventionnisme irréfléchi et hâtif qui rattrapera les négligences occidentales de l’après Kadhafi. Encore une fois, la nécessité d’un réel dialogue s’impose, avec les forces locales, avec les Libyens. Aux Européens d’entrainer et de convaincre, mais pour ça, il faut avant tout être convaincants.

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Vos commentaires

  • Le 17 novembre à 16:57, par Jacouille En réponse à : Moyen-Orient : La diplomatie peut vaincre le terrorisme

    Très bonne article, j’adore la conjoncture de l’idée. La Syrie a besoin de soutient, c’est un très beau pays où j’aimerais bien passer mes vacances. Viva Moroco !!! lol

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