Accueil > Environnement & Energie > Nucléaire : où en est l’Union européenne ?

Nucléaire : où en est l’Union européenne ?

, par Sarah Bonnefoix

La date aurait pu passé inaperçue. Le 4 avril dernier marque pourtant un tournant important dans la construction d’une politique commune en matière de stratégie énergétique au niveau européen. En effet, pour la première fois depuis l’accident de Fukushima en 2011, l’Union européenne communique sur un dossier sensible : sa politique nucléaire.

La Commission établit dans un rapport sa politique nucléaire pour l’avenir. La centrale nucléaire de Cattenom qui fait partie du parc français est pointée du doigt par son voisin belge, qui s’inquiète du vieillissement des centrales françaises. - Gilles François (CC/Flickr).

Auteurs

  • Etudiante en double diplôme Sciences Po Paris - La Sorbonne (Paris IV, côté Lettre). Intérêt profond pour les relations européennes, surtout en matière de gouvernance économique et environnementale. Membre des Jeunes Européens - Sciences Po, je suis une europhile convaincue.

Au travers d’une « communication » sans valeur juridiquement contraignante, la Commission a ainsi dévoilé une esquisse de politique nucléaire dans un court document d’une quarantaine de pages appelé « Programme Nucléaire Illustratif » (PINC). L’occasion de faire le point sur la stratégie d’une union de l’énergie dans le domaine du nucléaire, un demi-siècle après que les premières bases en aient été tracées avec le traité de l’Euratom (1957).

L’industrie nucléaire européenne aujourd’hui

En guise d’introduction, le programme PINC rappelle quelques données élémentaires. A ce jour, l’énergie nucléaire représente 28% de la production énergétique européenne, avec 129 réacteurs opérant dans 14 Etats membres et dont l’âge moyen est d’environ 30 ans. Rappelons que la durée de vie autorisée pour un réacteur nucléaire ne doit pas excéder 50 ans. En outre, quatre nouveaux réacteurs nucléaires sont actuellement en construction en France, Slovaquie et Finlande.

En termes d’approvisionnement en uranium, l’Union européenne couvre elle-même 12,5% (sources indigènes et secondaires comprises) de ses besoins totaux, et est donc en ceci largement dépendante de l’offre extérieure (à 87,5%) et des conjonctures économiques internationales. A cet effet, il est intéressant de constater que le premier pourvoyeur d’uranium naturel répondant aux demandes de l’Union est le Kazakhstan (27%), suivi par la Russie, le Niger et l’Australie.

Source : Euratom Supply Agency, Annual Report (2014)

Par ailleurs, le PINC envisage un déclin léger de la part du nucléaire dans le bouquet énergétique européen (20% en 2025), résultant principalement de la fermeture de nombreux parcs en Allemagne, et de l’annulation du programme nucléaire en Italie. Un pic est toutefois prévu aux environs de 2030, en raison de la montée en puissance et de la mise en réseau des nouvelles tranches de génération.

Comme l’illustre le document ci-dessous, la part des réacteurs sans capacités de long-terme diminue fortement aux environs de 2030, avant d’être essentiellement remplacée par la nouvelle tranche de génération construite après 2015 (représentant environ 30% de la production d’électricité provenant de l’énergie nucléaire en 2050).

Source : Euratom Supply Agency, Annual Report (2014)

Un plaidoyer pour une union de l’énergie nucléaire renforcée

Le PINC entend donc renforcer sensiblement l’union de l’énergie dans le domaine nucléaire, entrant ainsi en pleine résonnance avec le traité de l’Euratom, dont l’objectif est de favoriser « le progrès dans le domaine nucléaire » (Titre II). Le mix électrique resterait donc mixte dans les prévisions de la Commission.

Le PINC verse ainsi abondamment dans la promotion du « rôle moteur dans la technologie nucléaire », qui représente un réel atout économique pour l’Union : le secteur du nucléaire recouvre 800 000 emplois et le potentiel d’exporter un tel savoir faire est ainsi évalué à 3 milliards d’euros d’ici 2050, selon l’Agence Nucléaire de l’Energie.

Un autre argument en faveur d’un renforcement de la politique européenne du nucléaire est son faible coût environnemental. Le programme rappelle ainsi que le nucléaire, en étant une source d’électricité faible-carbone, a permis à certains Etats membres, comme la France et la Suède, de réduire substantiellement leurs émissions de CO2 - prérequis essentiel pour atteindre l’objectif de limitation à 2°C du seuil de réchauffement défini lors de la COP 21 à Paris.

Enfin, le PINC souligne que l’énergie nucléaire contribue également à l’amélioration de l’accès à l’énergie, étant donné que le carburant et les coûts d’opérations sont relativement faibles et stables et que l’électricité peut être générée de façon continue sur du long terme.

Un encouragement en direction de l’investissement et de l’harmonisation

Pour garantir la présence de l’atome dans le bouquet énergétique européen, la Commission, qui n’a, rappelons-le, aucune compétence contraignante dans le domaine, entend jouer sur deux leviers : l’investissement et l’harmonisation.

L’investissement concerne principalement les domaines de la sécurité et de l’allongement de vie de certains réacteurs nucléaires à 10 ou 20 ans. La direction de l’énergie chiffre ainsi l’investissement total de l’Union européenne dans l’atome à environ 700 millions d’euros d’ici à 2050. Une coquette somme en période de crise économique et humanitaire, et où beaucoup trouveraient à redire à l’allocation des fonds européens.

En outre, Bruxelles recommande d’harmoniser les différentes procédures d’autorisation : par exemple, un type de réacteur, validé par une autorité de sureté dans un certain nombre de pays membres, pourrait voir cette autorisation étendue à l’ensemble de l’Union.

Enfn, quid du traitement des déchets nucléaires ? C’est pourtant là l’un des points clés du débat. Le PINC prévoit un retrait des combustibles usés, le développement de l’usage du combustible mixte (MOX), et le stockage des déchets dans des centres géologiques.

Bien que le présent document ait une valeur purement normative et informative, il démontre néanmoins que l’Union entend renouer avec sa politique nucléaire. Un geste qui n ‘est pas perçu du meilleur œil par certains, à l’instar de la députée européenne Rebecca Harms (Les Verts/ALE) qui a qualifié le PINC de « mélange bizarre d’illusion et de propagande ».

Partagez cet article

  • Facebook icon
  • Twitter icon
  • +1 icon
  • URL courte :

Vos commentaires

  • Le 21 avril à 12:15, par SMEDTS Jean-Jacques En réponse à : Nucléaire : où en est l’Union européenne ?

    Bonjour, Je souligne certaines erreurs, affirmations hâtives ou approximations dans cet article néanmoins fort intéressant :
    - le nucléaire représente-t-il 28 % de la production d’énergie ou de la production d’électricité ?
    - oui l’uranium est importé (pas ou guère plus que le pétrole ou le gaz sans doute) mais il est facile de constituer des stocks car les tonnages sont faibles. Le Canada est un fournisseur important que vous ne mentionnez pas.
    - qui a dit que la durée d’exploitation des centrales nucléaires devait être limitée à 50 ans ? En France la situation est examinée tous les 10 ans et l’ASN décide si on peut exploiter 10 ans de plus et à quelles conditions : il n’y a donc pas de durée fixée. Aux USA la majorité des centrales ont été progressivement autorisées à fonctionner 60 ans.
    - l’investissement total de l’UE dans l’atome est certainement plus proche de 700 milliards que de 700 millions... mais à ma connaissance il ne s’agit pas de « fonds européens », il n’y a donc aps de « concurrence » avec les fonds européens (fonds structurels, etc). Tous mes encouragements au Taurillon (je suis adhérent du MEF, dans le Gard). Cordialement.

  • Le 16 mai à 13:42, par student En réponse à : Nucléaire : où en est l’Union européenne ?

    Si la mouvance Verte qui est en train de ruiner l’Allemagne et qui est en train d’imploser dans notre pays, disparaît du paysage politique Européen, ce qui semble bien parti, on reviendra bien vite à la raison. Et le nucléaire s’imposera comme étant la seule source d’énergie bon marché, fiable et écologique à l’heure actuelle. Les propos de la député Rebecca Harms, qui appartient à un parti « mélange d’illusion, d’idéologie et de propagande », seront bien vite oubliés. A noter que l’écologie politique et l’idéologie antinucléaire sont une spécificité Européenne : aux USA par ex, les « environnementalistes » sont beaucoup plus pragmatiques et raisonnables que nos Verts locaux, et sont convaincus que le nucléaire est la meilleure source d’énergie à l’heure actuelle. Ils ne l’opposent pas aux énergies dites renouvelables (solaire, éolien) comme chez nous, mais au charbon et au pétrole, dont les émissions de particules fines créent des millions de morts par an par cancer du poumon (source : OMS).

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom