Accueil > Environnement & Energie > Paquet climat-énergie 2030 : la Commission européenne à contre-courant

Paquet climat-énergie 2030 : la Commission européenne à contre-courant

, par Mélanie Guérin

Annoncées par la Commission européenne le 22 janvier dernier, les nouvelles orientations du paquet climat-énergie ont depuis fait couler beaucoup d’encre. Jugés insuffisants par les écologistes, les objectifs élaborés par Bruxelles ont néanmoins satisfait la plupart des gouvernements, dont la France. A l’inverse, rares sont les voix dénonçant un programme trop ambitieux. Günther Oettinger, commissaire européen à l’Energie fait partie de celles-ci. Une position qui a été fortement critiquée alors que l’effort pour la transition énergétique apparaît de plus en plus comme une impérieuse nécessité.

Auteurs

  • Etudiante à l’université de Lyon 2 en licence de Sciences Politiques.

Le 22 janvier, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a énoncé les nouveaux objectifs européens du paquet énergie-climat. Au programme : une réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 et un objectif non contraignant de porter la part des énergies renouvelables à 27 % du mix énergétique. En ligne de mire pour l’Union européenne, la volonté d’occuper un rôle moteur lors de la conférence internationale sur le climat qui aura lieu à Paris en 2015.

Si l’objectif d’une réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) n’a pas suscité un intense débat, l’objectif relatif aux renouvelables n’a pas été jugé suffisant par de nombreux acteurs. Les écologistes ainsi qu’un large pan du Parlement européen ont en effet estimé qu’il s’agit d’un camouflet pour la Commission européenne, jugée trop à l’écoute des lobbies. « Hormis l’annonce de réduire de 40 % des GES, ces objectifs sont largement en dessous de ce qu’il serait nécessaire de faire (…). Je regrette que la Commission se soit laissée hypnotiser par ceux qui martèlent que des objectifs climatiques ont un coût », a ainsi regretté Matthias Groote, président (socialiste) de la commission Environnement du Parlement européen.

Parmi les personnes visées par M. Groote figure sans aucun doute Günther Oettinger. De fait, le commissaire européen en charge des questions énergétiques a fait une sortie remarquée lors de la conférence Industry Matters, organisée à Bruxelles le 28 janvier dernier. Selon lui, les efforts européens pour le climat ne permettront de baisser les émissions de GES que de 6 points à l’échelle de la planète, car l’Union européenne n’est responsables à l’heure actuelle que de 10,6 % de ces émissions. Par conséquent, pour M. Oettinger, penser que cette baisse « puisse sauver le monde relève de l’arrogance ou de la stupidité ». Adoptant un discours résolument favorable aux industriels, le commissaire européen a en outre plaidé pour le développement du gaz de schiste en saluant les politiques favorables mises en place en Pologne et au Royaume-Uni, pays « pionniers » de l’énergie bon marché selon lui.

Les réactions à ce discours détonnant ne se sont naturellement pas fait attendre. « Catastrophe », « consternant », « intolérable ». Les critiques de personnalités de l’industrie énergétique ont été à la mesure de la prise de position tranchée de Günther Oettinger. Une source préférant rester anonyme, interrogée par EurActiv, a même déclaré que le commissaire « ne devrait pas être autorisé à poursuivre son mandat ». Pour Peter Botschek, directeur en charge des questions énergétiques au Conseil européen de l’industrie chimique, il n’y a aucun mystère derrière ce discours : M. Oettinger se positionne en faveur des industries énergivores en vue d’un pantouflage après son départ de la Commission européenne. Même si cette dernière prévoit l’impossibilité de rejoindre l’industrie dans les 18 mois suivant la fin d’un mandat européen.

Pourtant, comme l’indique un document produit par la Commission européenne en janvier, les énergies renouvelables ont permis à l’industrie européenne de conserver sa position sur le marché mondial ces dernières années. Le rapport, élaboré par la direction générale des affaires économiques et financières, énonce en effet que les énergies renouvelables « contribuent à réduire les coûts d’importations des carburants et à améliorer la balance commerciale de l’énergie ». Pour la seule année 2010, ce sont 30 milliards d’euros qui ont été économisés sur la facture énergétique européenne. De quoi regretter, comme Josche Muth, secrétaire général du Conseil européen des énergies renouvelables qu’un objectif contraignant n’ait pas été décidé par l’exécutif européen.

De quoi regretter également que la Commission européenne n’ait pas lié les réflexions en la matière avec celles relatives à l’efficacité énergétique. Une autre lacune majeure du paquet climat-énergie, que dénonce l’eurodéputé luxembourgeois Claude Turmes. « Le cadre de la directive sur l’efficacité énergétique ne fait même pas l’objet d’une analyse dans le document » a-t-il critiqué. Une contradiction dans le discours de Günther Oettinger dans la mesure où l’efficacité énergétique sert naturellement les intérêts de l’industrie en ce qu’elle permet de réduire la facture énergétique.

En substance, nombreux sont les parlementaires européens et les associations à penser que les propositions manquent résolument de vision globale et de long terme en matière énergétique et écologique. Or « les pays qui échoueront dans cette tâche mettront en danger leur réussite et contribueront à l’aggravation des menaces environnementales qui touchent la planète », a encore rappelé l’économiste Jeffrey Sachs dans une récente tribune, plaidant notamment pour des investissements ambitieux en matière de réseaux intelligents. Les smart grids, via notamment les compteurs intelligents, servant la rentabilité économique des… énergies renouvelables, l’amélioration de… l’efficacité énergétique et, in fine, la protection de… l’environnement. Un jeu gagnant-gagnant que la Commission n’a manifestement pas encore perçu.

Voir en ligne : Crédit photographique : Olivier Tétard

Partagez cet article

  • Facebook icon
  • Twitter icon
  • +1 icon
  • URL courte :

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom