Pascal Durand : « Aucune société ne peut se développer en laissant 20 ou 30% de sa jeunesse au chômage ! »

, par Geoffrey Besnier

Pascal Durand : « Aucune société ne peut se développer en laissant 20 ou 30% de sa jeunesse au chômage ! »
Pascal Durand au Parlement européen de Strasbourg le 14 février 2017 © European Union 2017 - Source : EP Michel CHRISTEN

Le Taurillon a interviewé Pascal Durand, député européen du groupe Verts/ALE, en marge de l’évènement de lancement de la nouvelle campagne « Jeunesse, Europe et Educ’ Pop » de Provox, plateforme française du dialogue structuré. L’occasion pour l’eurodéputé d’appeler les responsables politiques européens a réellement faire de la jeunesse une priorité.

Le Taurillon : Que pensez-vous de cette consultation des jeunes par le dialogue structuré dans le cadre de la campagne Provox ?

Pascal Durand : D’une manière générale, le fait que l’on essaie de rapprocher les institutions européennes de la jeunesse et des citoyens est évidemment une bonne nouvelle. Cependant, si la Commission veut vraiment se rapprocher des jeunes et des citoyens elle devrait déjà donner suite aux initiatives citoyennes européennes qui viennent jusqu’à elle. [1] C’est une avancée du Traité de Lisbonne et un vrai levier qui permet un lien direct entre ce que demande un million de citoyens (minimum) à travers l’Europe et de potentielles initiatives législatives. Donc il faut ouvrir de nouvelles portes comme celles qu’Emmanuel Macron ouvre avec ses conventions citoyennes. Tout cela fait vivre l’Europe et le débat et donne envie de politique. Pour que cela marche il faut néanmoins que cela débouche sur du concret et que les citoyens aient le sentiment d’être réellement entendus.

Il est positif d’avoir des politiques européennes pour la jeunesse, mais les jeunes sont aussi des citoyens comme les autres. Comment faire pour mieux inclure les problématiques des jeunes dans l’ensemble des politiques européennes ?

Pascal Durand : Déjà en leur faisant intégrer les institutions, en leur donnant un rôle en responsabilité. Les jeunes ne doivent pas être une simple réserve de voix que l’on vient chercher au moment des élections. Il faut rajeunir les listes, rajeunir les institutions et faire en sorte que les partis politiques changent leurs moyens de sélectionner les candidates et candidats.

Comment atteindre cet objectif ?

Pascal Durand : Concrètement, cela peut se faire par des quotas sur les listes européennes par exemple. Mais c’est avant tout aux jeunes de le proposer. Les écologistes ont toujours montré l’exemple dans ce domaine. Lorsque Karima Delli [2] de Génération Précaire arrive au Parlement européen à 30 ans, elle apporte forcément quelque chose. Idem avec Sandrine Bélier [3] qui arrive avec son engagement associatif à 35 ans.

Comment traduire cela en politiques publiques ?

Pascal Durand : J’ai proposé quelque chose qui avait malheureusement fait sourire. Puisque les règles budgétaires autorisent de ne pas inclure le sauvetage des banques ou certaines dépenses de défense dans le critère de 3% de déficit, j’avais demandé à ce que tous les investissements liés à la formation ou l’emploi des jeunes soient non-pris en compte dans les critères de Maastricht. Je persiste à penser que ce serait une excellente chose et montrerait que la jeunesse est au moins autant prioritaire que la guerre ou sauver les banques. La valeur symbolique serait extrêmement forte.

Aucune société ne peut se développer en laissant 20 ou 30% de sa jeunesse au chômage. Il faut en faire une priorité, pas dans les mots, dans les actes. Cela veut dire avoir un budget européen propre affecté à la formation et la mobilité des jeunes. A ce titre, Daniel Cohn-Bendit avait proposé que la mobilité européenne bénéficie à un million de jeunes par an dans l’UE. Il faut le financer et faire en sorte que l’argent aille là où l’on en a besoin.

Sur la mobilité des jeunes justement, Emmanuel Macron propose de faire partir la moitié d’une classe d’âge pour un séjour long en Europe, quels outils concrets doivent être mis en place ? Un service civique, l’élargissement du programme Erasmus, des échanges en apprentissage ?

Pascal Durand : Le tout. Il y a les réponses des Etats et les réponses européennes. Emmanuel Macron à lui tout seul ne portera pas les réponses européennes, même s’il est bien qu’il essaie de les inspirer et lance le débat. Il y a déjà Erasmus + qui permet d’ouvrir la mobilité aux apprentis. Cela pose cependant des problèmes pratiques. Les langues étrangères sont généralement beaucoup plus un défi pour des apprentis que pour des étudiants Bac + 5. Pour ces questions il y a un besoin de financements pratiques, par exemple pour un stage de langue de 3 mois pour les jeunes qui partiraient dans un autre pays européen. D’autre part, le service civique est sûrement une réponse importante. C’est aussi une manière de se remettre en citoyenneté. Je suis toujours ouvert à ces propositions, la question centrale est la mise en œuvre.

On a parlé de comment l’Europe pouvait s’intéresser aux jeunes. Réciproquement comment faire pour que les jeunes s’intéressent à l’Europe et qu’ils éprouvent un sentiment d’appartenance européenne ?

Pascal Durand : Je ne vais pas faire le rôle du vieux politique qui explique aux jeunes comment ils doivent prendre en charge leur vie. Je m’interdis de leur donner des conseils. En revanche ce que je peux leur dire c’est que l’Europe s’est construite sur des valeurs qui sont toujours d’actualité. C’est à dire la solidarité plutôt que la compétition, la fraternité, le respect des autres cultures, le respect d’un Etat de droit, le respect de la démocratie. Quand on voit la situation de notre planète, les espaces de guerre, les famines, les persécutions des gens qui n’ont pas les mêmes couleurs, les mêmes ethnies, les mêmes religions, etc. Tout ça n’existe que peu en Europe, et ne devrait pas y exister, même si l’on assiste à une réémergence de ces phénomènes, notamment sur les droits humains.

Ce sont ces valeurs qui ont construit nos sociétés, que nos pères ont mis en œuvre après la guerre. Il appartient aux jeunes de les maintenir en vie dans le contexte actuel. Par exemple, la question de la solidarité sur les migrations n’est pas celle que les générations précédentes devaient se poser. Néanmoins, la valeur de solidarité entre les êtres humains doit demeurer. Concrètement, comment construit-on une Europe qui répartisse de manière humaine les solidarités et qui ne laissent pas peser tout le fardeau de la gestion des migrants sur l’Italie ou la Grèce ? C’est aussi aux jeunes d’avoir des propositions et des idées.

Enfin, il ne faut jamais avoir l’Europe honteuse. Cela implique d’être fier d’appartenir à un espace qui est plus grand que son territoire mais en même temps respecter son territoire. Il ne s’agit pas d’opposer l’un à l’autre. Il faut être fier d’être européen, le revendiquer et défendre cet acquis. Le conseil est toujours le même : ne pas être spectateur de sa vie mais d’en être actrice ou acteur, quel que soit le moyen d’engagement : au sein du milieu associatif, sur son lieu de travail, ou encore par militantisme politique.

Interview réalisée le 30 septembre 2017.

Mots-clés

Notes

[1Note du Taurillon : L’initiative citoyenne européenne permet aux citoyens de l’UE d’inviter la Commission européenne à présenter une proposition législative sur un sujet. L’initiative doit être soutenue par au moins un million de citoyens européens issus d’au moins 7 pays sur les 28 que compte l’Union.

[2Députée européenne depuis 2009.

[3Députée européenne de 2009 à 2014.

Vos commentaires

  • Le 8 novembre à 19:53, par Bernard Giroud En réponse à : Pascal Durand : « Aucune société ne peut se développer en laissant 20 ou 30% de sa jeunesse au chômage ! »

    Excellent article bien concret, un souffle persuasif généreux, valeureux et somme toute plus réaliste que beaucoup d’autres. En effet, sans vouloir trop donner de leçons il faut faire en sorte que toute cette jeunesse, notre jeunesse, se sente l’envie d’entrer dans le jeu de son nouveau monde.

    Il faut donc en premier lieu, comme le dii l’auteur, ne pas prendre toutes les places, faire de la place et en appeler ensuite à cette capacité d’enthousiasme caractéristique de l’esprit jeune.

    Ensuite, dans l’effort d’apprentissage, il faut patienter, accompagner, faire se découvrir les envies et les gouts de la nouveauté, que l’on trouve, dans les différentes aventures de recherche personnelle ou communautaire du lent progrès journalier. Donner l’envie de respirer des airs nouveaux qui ouvrent grand le cœur et les esprits, cultures ou techniques. Pousser l’apprentissage des langues et peut-être voir d’autres continents. Apprendre à travailler ensemble, coopérer, plutôt qu’être toujours en compétition, (cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas d’organisation pour aller au but). Comme disait un grand homme : « Une place pour chacun, mais chacun a sa place »

    Soyons en persuadés, la foi a toujours renversé les montagnes, donnons à notre jeunesse les moyens d’entrer dans le jeu, avec leur énergie, elles s’aplaniront.

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