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Pegida : le nouveau visage de l’islamophobie ?

, par Hervé Moritz

Pegida, c’est le nom d’un mouvement islamophobe et xénophobe, né à Dresde en Allemagne, et qui propage peu à peu son discours et sa rhétorique à travers le continent, réunissant toujours plus d’adeptes. Qui sont réellement ces « Patriotes européens » autoproclamés et quelle Europe fantasment-ils ? Décryptage.

C’est à Dresde en Saxe que le mouvement Pegida a débuté son action. - Harshil Shah

Auteurs

  • Rédacteur en chef du Taurillon de 2014 à 2016. Etudiant en master d’histoire et de sciences des religions à l’Université de Strasbourg. Il a étudié une année à l’Université de Leipzig.

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La naissance des « patriotes européens » ?

Pegida est l’acronyme de « Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes » (« Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident »). Le ton est donné. Depuis octobre, ce courant mêlant islamophobie et xénophobie manifeste dans les rues de Dresde et des autres villes d’Allemagne. Ce mouvement anti-islam a su faire parler de lui à travers l’Europe. Son ancien leader, Lutz Bachmann, avait il y a quelques mois affirmé sa volonté de créer un mouvement paneuropéen. Depuis, des sections existent en Autriche, en Belgique, en Bulgarie, en République tchèque, au Danemark, en France, aux Pays-Bas, en Italie, en Norvège, en Slovaquie, en Espagne, en Suède, en Suisse et au Royaume-Uni. Le mouvement se désigne lui-même comme « patriote européen ». Une description de ce groupe qui agace au plus au point les organisations pro-européennes, qui se positionnent en rupture totale avec les valeurs du nouveau mouvement originaire de Saxe. Pegida proteste contre une « islamisation du monde occidental », tout en appelant à des règles d’immigration plus restrictives, et en particulier pour les musulmans.

C’est en entonnant des chants de Noël dans les manifestations que les partisans de ce nouveau mouvement communient. Ils clament également « Montagsdemo » (« manifestation du lundi ») le slogan historique « Nous sommes le peuple », rappelant les manifestations en Allemagne de l’Est contre le régime de la RDA dans les années 1980. Ce mouvement aux adeptes disparates va au-delà de la critique de l’islam et d’une certaine xénophobie et remet en fait en cause la modernité, processus de façonnement des libertés individuelles, dont celle de conscience, de l’Etat de droit, prônant l’égalité des citoyens devant la loi, et des démocraties occidentales.

Défendre l’Occident chrétien face à la modernité

Pour le philosophe coréen Byung-Chul Han, ce mouvement oppose l’Occident chrétien à l’islamisme, voir par amalgame à l’islam, dans un processus d’ « extériorisation de la peur », confiait-il dans les colonnes du Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung. Liée au romantisme allemand, idéalisant le Moyen Âge chrétien, la théorie du Sonderweg, de la « voie particulière », initiée par certains historiens à l’issu de la Seconde Guerre mondiale, vient conforter l’association des concepts d’ « Occident », de « Chrétienté » et d’ « Europe ». Pour les théoriciens du Sonderweg, depuis le Moyen Âge, la sécularisation et l’éloignement de la religion chrétienne auraient conduit le « peuple allemand » dans les abimes de la modernité, dont la finalité aurait été la Shoah. C’est ainsi que les défenseurs de l’Occident chrétien se soulèvent contre le monde moderne qui a échoué dans son ancien idéal de progrès de l’humanité. Disparu depuis les années 1950, ce discours contre la modernité renaît à cause du mouvement Pegida, s’opposant aux démocraties libérales et revendiquant une société aux fondements antérieurs à l’Europe moderne.

Il est temps de réaffirmer que l’islam n’est ni incompatible avec les démocraties occidentales, ni avec l’Etat de droit et les libertés individuelles, ni même avec le processus de construction européenne d’un espace politique commun. C’est un enjeu de taille, celui de préserver le processus civilisationnel moderne à l’œuvre depuis plusieurs siècles et aux fondements de nos sociétés.

Voir en ligne : Photo : CC

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P.-S.

Un article paru dans le Taurillon en Flam’s, l’édition papier du Taurillon des Jeunes Européens - Strasbourg.

Vos commentaires

  • Le 22 avril 2015 à 15:01, par SophistiKat En réponse à : Pegida : le nouveau visage de l’islamophobie ?

    « l’islam n’est ni incompatible avec les démocraties occidentales, ni avec l’Etat de droit et les libertés individuelles » : Mon Dieu, un tel délire relève d’une consultation psy !

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Charia#Incompatibilit.C3.A9s_entre_droit_musulman_et_droit_europ.C3.A9en Incompatibilités entre droit musulman et droit européen : La Cour européenne des Droits de l’Homme, dans un arrêt du 31 juillet 2001 Refah Partisi c. Turquie, fait observer l’incompatibilité du régime démocratique avec les règles de la charia.

    Pourquoi cette islamophilie grotesque de votre part ? Qu’est-ce qui motive votre alliance avec l’ennemi mahométan ? N’avez-vous aucune honneur ?

  • Le 22 avril 2015 à 15:25, par Hervé Moritz En réponse à : Pegida : le nouveau visage de l’islamophobie ?

    La charia que vous désignez, celle des islamistes, n’est nullement une sorte de « droit musulman ». C’est une loi religieuse qui provient d’un courant islamique extrémiste et non de la majorité de la religion musulmane. C’est un premier point de nuance à apporter à notre étude.

    Au même titre que le christianisme et que le judaïsme, ou que d’autres religions, l’islam est bien compatible avec les démocraties occidentales. Je le répète ici. La Tradition chrétienne, ou la Torah, comportent également des éléments de droit religieux, pourtant on ne remet pas en cause la place des chrétiens et des juifs dans les sociétés occidentales. Or, la Tradition chrétienne comme la Torah au sens strict ne sont pas plus compatibles avec les principes des démocraties occidentales que la charia, qui je le réitère n’est pas la même pour tous les courants musulmans. Cependant, si chrétiens, juifs et musulmans peuvent cohabiter en respectant les principes de ces sociétés modernes, c’est parce que les courants qui traversent ces communautés ont interprété, modifié, transformé, accepté ou repoussé certains éléments de ces « lois religieuses » en fonction de l’étude théologique des textes au fil des siècles, de penseurs et d’écoles différents, de l’exégèse de nombreux savants. L’islam doit être considéré comme les autres religions.

    Et je vous assure que mon honneur se porte bien.

  • Le 23 avril 2015 à 15:43, par SophistiKat En réponse à : Pegida : le nouveau visage de l’islamophobie ?

    Je suis désolé de vous le dire, mais votre ignorance en matière de religion est tout simplement affligeante.

    Avez-vous une adresse e-mail où je pourrais vous envoyer un court ouvrage de 82 pages en PDF, écrit par Dr. Sami Aldeeb Abu-Sahlieh, sur la jurisprudence islamique ?

    Cet auteur est collaborateur et responsable du droit arabe et islamique à l’Institut Suisse de Droit Comparé de Lausanne. Peut-être avez-vous déjà entendu parler de lui !?

  • Le 24 avril 2015 à 13:17, par Persomen En réponse à : Pegida : le nouveau visage de l’islamophobie ?

    Le seul ignorant que je vois ici, c’est vous. Et votre persuasion de tout mieux savoir que tout le monde, voilà ce qui est tout bonnement affligeant. Je me fiche pas mal de ce que ce type a dit, d’autant plus qu’étant manifestement islamophobe (vous parlez bien d’« ennemi mahométan », et de déshonneur à combattre l’islamophobie), vous adhésion en ses thèses, quelles qu’elles soient, et évidemment motivée par une mauvaise foi qui, elle, nécessiterait effectivement une consultation psychologique... Je connais des musulmans - ce qui ne doit pas être votre cas ; je suis étudiant en classes préparatoires, et nous avons étudié les gens comme vous en cours de géographie : l’islamophobie et la xénophobie se concentrent là où il y a le moins d’immigrés, c’est-à-dire là où les gens ne peuvent pas empiriquement constater la fausseté de leurs stéréotypes - et je peux vous garantir qu’ils sont bien plus compatibles dans leurs idées avec l’État de droit et la démocratie que certains français bien chrétiens que je connais. Quand on sait de quoi on parle, on n’a pas besoin de sortir le cours d’un universitaire pour étayer ses propos, surtout que je ne suis pas sûr que cette dont parle cette personne parle de la religion musulmane en elle-même, mais de ce qu’elle peut effectivement impliquer si - et je dis bien « si » - on calque son système politique et juridique dessus. Amusons-nous à calquer nos systèmes à nous sur le christianisme, et on arrivera aussi à des lois aberrantes, comme celle actuellement en proposition en Californie voulant que l’on exécute d’une balle dans la tête les sodomites, comme ils disent, pour éviter la colère de Dieu.

    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2015/03/25/des-balles-dans-la-tete-la-proposition-d-un-avocat-de-californie-contre-les-gays_4600520_3222.html

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