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Politique climatique et énergétique post-Brexit : le Royaume-Uni coupe ses liens avec l’Europe

, par Alexander Steinfeldt, traduit par Cyrille Amand

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La sortie à venir du Royaume-Uni de l’Union européenne le met face à de nouveaux défis en matière de politique climatique et énergétique. Selon toute vraisemblance, ce sont les grands acteurs de l’industrie de l’énergie et les exploitants de centrales nucléaires qui en profiteront. Et, surtout, c’est le rapport de force au sein de l’Union qui s’en trouvera transformé.

Plateformes offshore et navires de ravitaillement dans la baie de Cromarty Firth en Ecosse. - © Michael Elleray / Flickr / CC-BY 2.0-Lizenz

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L’Union européenne a mis en œuvre une politique climatique commune depuis 2000. Depuis 1996, les enjeux énergétiques sont discutés ensemble par tous les États-membres.

Comme les directives européennes ont déjà été appliquées et incorporées au droit britannique, il n’y aura pour le Royaume-Uni pas de bouleversement législatif nécessaire une fois sa sortie de l’Union européenne actée. L’ancienne secrétaire d’État à l’Énergie et au changement climatique, Amber Rudd, a été nommée ministre des Affaires intérieures dans le gouvernement May. Son successeur, Greg Clark, et la flopée de climato-sceptiques du camp Brexit, n’apporteront pas de changement substantiel aux objectifs de décarbonisation du pays (réduction de 80% des émissions de CO2 d’ici 2050).

Les centrales nucléaires bénéficieront du Brexit

Il n’en va pas de même pour le futur bouquet énergétique de l’île. L’ancienne ministre de l’Énergie, Andrea Leadsom, voit en l’expansion des énergies renouvelables un modèle à bout de souffle. Les énergies renouvelables sont devenues « victimes de leur propre succès ». Pour contrer la hausse des prix de l’énergie, le nouveau gouvernement va mettre sur la table un plan nucléaire ambitieux. Une demi-douzaine de centrales nucléaires pourrait voir le jour dans les années à venir.

De surcroît, le Royaume-Uni devra augmenter ses importations de gaz naturel pour compenser les apports insuffisants et irréguliers des énergies renouvelables. Mais cela nécessitera une coopération accrue avec les autres États-membres de l’Union européenne. Aujourd’hui, 51% des importations de gaz naturel viennent des Pays-Bas, de la Belgique et de Norvège, auxquels s’ajoute une grande part produite via le Système Friggs en Ecosse - qui pourrait devenir indépendante et rejoindre l’UE par la suite.

Un destin identique à la Norvège et à la Suisse

Ainsi le Royaume-Uni, tout comme la Norvège, devra se conformer au droit communautaire pour pouvoir prétendre au marché du gaz naturel européen. Seulement, son emprise sur ce marché et sa capacité à l’orienter seront nulles.

Bien évidemment, ce raisonnement est applicable à toutes les normes européennes en matière de climat et d’énergie qui affectent le Royaume-Uni, directement ou indirectement - et ce tout particulièrement en ce qui concerne le marché de l’électricité. L’Union européenne a, ces dernières années, approfondi le marché unique de l’énergie pour compenser la surproduction et une demande régionale qui a atteint des sommets dans toute l’Europe. L’objectif de ce plan ambitieux est de stimuler la concurrence d’une part, et de mieux intégrer les énergies renouvelables d’autre part.

Le Royaume-Uni serait exclu de ce marché également. C’est en ce sens que le think tank environnemental britannique E3G a appelé à un accord contraignant entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, qui garantirait l’accès du Royaume-Uni à l’Union de l’énergie. Néanmoins, l’exemple suisse témoigne de la difficulté de mettre en œuvre un tel accord. L’Union européenne a refusé d’ouvrir son marché intérieur de l’énergie à la Suisse tant que cette dernière ne signerait pas un accord beaucoup plus large portant sur des sujets divers et variés. Il ne serait pas étonnant que l’UE adresse une réponse identique au Royaume-Uni.

Seules les grandes sociétés profiteraient d’une baisse de la sécurité des investissements

L’absence d’une sécurité des investissements aurait un effet dévastateur sur la politique climatique et énergétique du Royaume-Uni. Les marchés sont déjà fébriles. Les négociations autour du Brexit prendront des années. Cela aura des conséquences néfastes sur le financement des infrastructures d’approvisionnement.

Il est vrai que les grands groupes ont déclaré qu’ils continueraient à investir et respecteraient leurs engagements. Par exemple, EDF construira bien sa centrale nucléaire. De même, les grands fournisseurs d’énergie allemands E.ON et RWE ont réagi très calmement à l’annonce des résultats du référendum. En revanche, les entreprises innovantes, plus petites, les start-ups et les coopératives auront bien plus de mal à trouver des investisseurs et un soutien politique à leurs projets.

C’est ainsi que la construction initialement prévue de gazoducs et de lignes électriques partant d’Europe continentale est remise en question, car financée par des subventions européennes - tout comme une pléthore de projets de recherche. En outre, les importations de gaz naturel pourraient voir leur prix augmenter rapidement du fait de la chute de la valeur de la livre sterling.

Des effets sur la politique climatique et énergétique européenne

Les effets du Brexit sur la politique climatique et énergétique européenne seront certains. L’Union européenne est sur le point de perdre un de ses membres les plus libéraux sur le plan économique, qui œuvrait constamment en faveur d’une ouverture du marché européen de l’énergie - et qui était un partisan d’objectifs climatiques ambitieux.

Cela pourrait signifier que des objectifs moins élevés exprimés par les États-membres d’Europe centrale et orientale gagneront en importance. La Pologne, tout particulièrement, pourrait être appelée à jouer un rôle plus important au sein de l’UE, en raison de sa politique actuelle pro-charbon. En outre, le Royaume-Uni était opposé à l’encadrement de la réalisation des objectifs climatiques et énergétiques ; il prônait au contraire un système flexible en ce qui concernait le bouquet et l’efficacité énergétiques - à l’instar de la Pologne et des autres États d’Europe centrale et orientale. Par conséquent, des mécanismes de contrôle plus stricts pourraient être mis en œuvre sous l’impulsion de l’Allemagne, du Danemark ou de la Suède.

Si le Royaume-Uni devait aussi quitter le système européen d’échange de quotas d’émissions, les compagnies britanniques vendraient leurs certificats très rapidement. Moins d’incitations aux investissements « verts » feraient baisser la valeur de ces certificats. Le système déjà à bout de souffle aujourd’hui s’effondrerait.

La sortie effective du Royaume-Uni de l’Union européenne prendra au moins deux années. Des évolutions à court-terme seront des exceptions. Mais le Royaume-Uni devra se positionner intelligemment pour ne pas se retrouver isolé des politiques climatiques et énergétiques de l’Union européenne. Tout comme l’UE, elle, devra se préparer à affronter de nouveaux défis et devra décider une bonne fois pour toutes de l’accession ou non d’États non-membres à son Union de l’énergie.

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