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Pour un modèle de formation européen

, par Mathilde Girardeau

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Dans un monde globalisé, le secteur de la formation supérieure devient de plus en plus interconnecté et doit se maintenir dans un environnement hautement concurrentiel. L’Europe a un rôle à jouer pour promouvoir un modèle éducatif qui lui est propre.

CC Flickr- / Ralph Daily

Auteurs

  • Responsable du Taurillon dans l’arène aux Jeunes Européens Bordeaux. En Master 2 Carrières Européennes à Sciences Po Bordeaux.

Dans la mouvance du « New Public Management », les organisations internationales invitent le secteur de la formation supérieure à adopter le même modèle ayant permis aux entreprises de sortir de la crise de 1973. Cette nouvelle forme de gestion implique ainsi une autonomie des établissements, valorisant l’innovation et la structuration des instituts de formation en réseaux étendus à l’échelle nationale et internationale. Interviennent ainsi les notions d’attractivité et de communication des établissements désireux de satisfaire le plus d’étudiants possible en se forgeant une réputation d’excellence. L’offre d’enseignement doit en effet s’adapter à un public d’étudiants de plus en plus vaste, notamment les étudiants étrangers répondant à des offres de formations spécialisées.

La Déclaration de Lisbonne de 2000 incite à ce titre les établissements de formation à adopter des principes de bonne gouvernance et valoriser leur internationalisation afin que l’Europe puisse occuper la première place dans une économie de la connaissance plus compétitive et dynamique. Le Système LMD (Licence, Master, Doctorat) inscrit dans la stratégie de Lisbonne de 2002, harmonise les cursus de formation de l’ensemble des pays membres de l’Union Européenne. Cette démarche consiste à donner une plus grande lisibilité des parcours et leur assurer une meilleure reconnaissance et compréhension au niveau européen et international. La réforme instaure également la semestrialisation des enseignements et met en place des crédits européens susceptibles de valider une année de mobilité dans un pays de l’Union Européenne, via le programme Erasmus instauré depuis 1987. Un objectif de 3% d’investissement du PIB de l’Union Européenne dans la recherche et développement avait d’ailleurs été fixé, repoussé cependant à 2020 en raison de la crise financière ayant frappé le vieux continent.

Or, s’il existe un modèle sur lequel les établissements de formation européens devraient s’inspirer, c’est celui des écoles de commerce. Justement, ces-dernières, autrefois jugées marginales dans leur mode de gestion orienté vers le rendement et les résultats, constituent désormais les figures de proue des nouveaux modèles imposés aux établissements de l’enseignement supérieur. Précoces dans l’instauration d’une gouvernance autonome et ayant une organisation proche de celle des entreprises, les écoles de commerce ont été aguerries dans leur évolution sur un terrain hautement concurrentiel et ce, depuis plus de 15 ans. Les accréditations et les classements internationaux deviennent alors les nouvelles armes de la reconnaissance et du déploiement à l’échelle internationale.

Cependant, les modalités d’évaluations de ces classements s’appuient sur un certain nombre de critères imposés par le modèle anglo-saxon. Toutes les écoles poursuivent ainsi les mêmes critères de performance : l’excellence, la valorisation de la recherche académique et l’internationalisation. Prétendre à un tel positionnement s’avère cependant coûteux et réservé qu’à une minorité d’établissements dont le prestige est ancré et reconnu. Pour le dire autrement, tout le monde ne peut pas être Harvard ou HEC. Par ailleurs, un tel modèle de gestion privilégie le développement d’une recherche académique intense pour se voir attribuer les meilleures places dans les classements. La qualité d’enseignement passe ainsi au second plan pour la plupart des établissements. En effet, le recrutement de professeurs publiant activement dans des revues de recherche implique une moindre disponibilité pour donner des heures de cours.

Or, il ne semble pas souhaitable que les établissements d’enseignement supérieur en Europe axent leur stratégie de formation sur un tel modèle. L’accréditation EQUIS (European Quality Improvement System) mise en place en 1998 et dédiée aux écoles de commerce, se plie à l’ensemble de ces critères standards de performance, impliquant une forte valorisation de la recherche académique au détriment d’offres de formations pensées dans un véritable souci de qualité. Au lieu d’adopter les mêmes critères pour se voir attribuer l’excellence entendue selon le modèle anglo-saxon, l’économie de la connaissance européenne se doit de promouvoir un modèle unique pour se différencier de cette offre de formation surabondante et uniforme. Des opérations de lobbying seraient souhaitables pour réévaluer l’ensemble de ces critères de performance académique. L’Union Européenne peut jouer à ce titre sur la conception de ses propres classements et modalités d’évaluation pour devenir un modèle unique d’économie de la connaissance. Le vrai prestige doit venir d’une formation ouverte sur le monde et ne s’adressant pas seulement à ses concurrents mais à ses deux principaux interlocuteurs : les étudiants et le marché du travail.

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