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Présidentielles en Bulgarie : un Président pro-russe à la tête du pays

, par Thomas Arnaldi

6,8 millions de bulgares étaient appelés aux urnes pour élire au suffrage universel direct leur nouveau Président de la République. Récit de deux tours inédits pour cette République parlementaire.

Rumen Radev, à droite, alors général des forces armées aériennes, a été élu le 13 novembre 2016 président de la République en Bulgarie. CC Wiki /Melanie Rodgers Cox/Released

Auteurs

  • Etudiant sur le campus européen et franco-allemand de Sciences Po à Nancy.

A 20h ce dimanche 13 novembre 2016 (19h heure de Paris), les résultats viennent de tomber. Rumen Radev, l’ancien général des forces armées aériennes soutenu par le Parti socialiste (BSP), deviendra le 22 janvier prochain le 5ème Président de la République de Bulgarie pour un mandat de cinq ans. Au cours d’un scrutin serré durant lequel la candidate Tsetska Tsatcheva, candidate du pouvoir en place (GERB, Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie, centre-droit) a fait longtemps figure de favorite dans les sondages, l’ancien général a été élu par 59,37% des suffrages selon les résultats définitifs. A peine une heure après l’annonce des résultats, le Premier ministre Borissov (GERB) annonce la démission de son gouvernement.

Le Président sortant, l’actuel Rossen Plevneliev, ayant la possibilité de briguer un deuxième mandat consécutif autorisé par la Constitution, a décidé en mai de ne pas se représenter, ce qui a ouvert la voie à de nombreuses candidatures. Ainsi, la Présidente de la Chambre parlementaire monocamérale (unique) de la Bulgarie, Tsetska Tsatcheva, a été investie par le GERB, parti au pouvoir (affilié au PPE). Le candidat Rumen Radev a quant a lui été soutenu par l’opposition socialiste. Ils se sont affrontés pendant la campagne avec 19 autres candidats et un lot de nouveauté pour la démocratie bulgare.

Président de la République, un rôle honorifique

Même si le Président de la République n’a qu’un un rôle honorifique, ces élections présidentielles avaient des enjeux importants sur l’avenir du pays. Le Président de la République assure entre autres la représentation de la Bulgarie à l’étranger, les cérémonies officielles, la signature des traités internationaux, nomme formellement le Premier ministre issu du groupe parlementaire ayant obtenu le plus de voix lors des élections législatives et peut dissoudre l’assemblée nationale dans un cadre très précis. Il n’est donc que chef de l’Etat, le chef de l’exécutif étant le Premier ministre, jusqu’à présent Boïko Borissov (GERB).

Or, cette élection suscitant peu d’intérêt parmi l’électorat bulgare marque pourtant un vrai tournant positif dans cette jeune démocratie. Tout d’abord parce que pour la première fois, une femme est arrivée au second tour d’une élection présidentielle ; ensuite parce que la vie démocratique du pays se transforme avec ces élections. Toutefois, une période d’instabilité politique débute avec le désaveu de l’actuel parti au pouvoir qui va jouer de son influence et de son ressort pour bloquer le fonctionnement du pays.

Une femme si proche du pouvoir

La première femme de l’histoire de la Bulgarie à avoir eu autant de chances de devenir Présidente de la République en étant qualifiée pour le second tour s’appelle Tsetska Tsatcheva. Cette conservatrice jusqu’alors Présidente du Parlement (Narodno Sabranie) a rassemblé une grande partie de la droite bulgare pour bâtir un projet de stabilité et de consolidation des relations avec l’Union Européenne. Longtemps favorite des sondages, elle arrivait deuxième avec 21,96% des suffrages à l’issue du 1er tour du 6 novembre (contre 25,44% des voix pour Rumen Radev). Son parti le GERB souhaite rester avant tout orienté vers l’Ouest en direction de ses partenaires européens et atlantiques.

Le candidat socialiste, en revanche a principalement prôné un assouplissement des sanctions envers la Russie et affiché la volonté de d’avantage coopérer avec le puissant voisin, sans laisser de côté non plus les alliances euro-atlantiques qu’il estime nécessaires au développement de la Bulgarie. En pleine crise des réfugiés, il a durci le ton en déclarant qu’il « ne permettr[a] pas que la Bulgarie devienne le camp de réfugiés de l’Europe » et prôné plus de contrôles aux frontières. Se voulant pragmatique face à la dépendance de la Bulgarie sur de nombreuses ressources primaires et énergétiques, telles le gaz, il souhaite une levée des sanctions contre la Russie. Plus controversé, il déclare que « la Crimée est de fait russe » faisant fi du droit international sur cette annexion douteuse en 2014.

Fait inédit pour une campagne présidentielle, « pour la première fois, la géopolitique a dominé les débats. Les relations entre Sofia et l’Union européenne et entre Sofia et Moscou ont été remises en question et il y a eu des débats sur la gestion d’une possible crise migratoire » a déclaré Parvan Simeonov, directeur de l’institut de sondage bulgare Gallup.

Une participation faible mais en augmentation

L’indice également très important de la journée électorale est celle de la participation. Alors que dans l’UE, les Maltais dépriment lorsque la participation est inférieure à 80%, les bulgares exultent lorsqu’elle dépasse les 50%. Pour pallier à une abstention record de ces dernières années, le vote a ainsi été rendu obligatoire pour la première fois le 6 novembre. Même s’il a bien été annoncé qu’aucune sanction ne serait exercé (un référendum pour le confirmer ou l’infirmer était organisé simultanément), la participation a été en nette augmentation atteignant 57,47% de l’électorat au 1er tour, soit la plus haute participation jamais enregistrée pour ces élections.

La classe politique bulgare ne souhaitait pas se voir reproduire « l’incident » de 2006 où la réélection du Président sortant Parvanov au premier tour par plus de 60% des voix avait dû se voir confirmer par un second tour en raison de la participation de moins de 50% des inscrits. De même qu’un référendum sur le nucléaire avait dû être invalidé en 2003 en raison de la trop faible participation.

Au 2ème tour, la participation faisait également vibrer les médias locaux dès que de nouveaux chiffres tombaient au cours de la journée électorale. Elle s’établit à 51,2% des inscrits, score admirable pour la jeune république parlementaire née à la chute du bloc soviétique.

Renouveau de la démocratie

Au 1er tour, les bulgares ont eu leur lot de nouvelles inédites. 3 référendums étaient ainsi organisés en même temps que l’élection du Président de la République. Un premier référendum sur le fait de rendre le vote obligatoire en Bulgarie, un deuxième rétablissant une élection à la majorité à deux tours pour les élections du Parlement monocaméral et le troisième modifiant le système de financement des partis. Les 3 réformes modifiant profondément le paysage politique ont toutes été adoptées avec respectivement plus de 71, 61 et 72% des voix. Avec à peine le seuil requis de 50% de participation (50,86% très exactement), ces 3 référendums devraient normalement être considérés valides, sauf décision contraire de la Commission nationale électorale.

Autre fait inédit, les électeurs avait le choix au 1er et au 2ème tour pour la première fois de choisir un vote comptabilisé « Je ne soutiens aucun de ces candidats ». Ce vote ne correspondant ni à un vote blanc, ni à un vote nul était donc susceptible de remporter les élections. Avec près de 6% au 1er tour et un peu plus de 4% au second, le Tribunal constitutionnel de Bulgarie devra éclaircir les modalités à suivre en cas de victoire de cette nouvelle possibilité de vote.

Une période d’instabilité politique pour la Bulgarie commence

Toutefois, au vu de la polarisation de la campagne, une période d’instabilité politique s’installe. Le Premier ministre actuel Boïko Borissov a déclaré depuis septembre que si sa candidate (Tsetska Tsatcheva) n’était pas élue au 1er tour, il démissionnerait et convoquerait des législatives anticipées pour retrouver toute sa légitimité. Ces propos ont finalement changé au fur et à mesure de la campagne en « si elle n’est pas élue présidente ». Il n’empêche qu’en personnalisant le débat sur fond de malaise politique interne, le Premier ministre a rendu l’issue de l’élection d’autant plus incertaine.

Avec la défaite de Tsetska Tsatcheva, le gouvernement Borissov a présenté sa démission dans la foulée, à peine une heure après l’annonce des résultats. Le Parlement sera-t-il dissous pour autant ? Au regard de la Constitution de juillet 1991, rien n’est moins sûr puisque le Président de la République, encore en fonction jusqu’au 22 janvier 2017, ne peut dissoudre le Parlement dans les 3 mois avant la fin de ses fonctions. Il devra donc nommer un gouvernement gérant les affaires courantes et ce n’est qu’à partir de fin janvier que le nouveau Président Rumen Radev pourra convoquer de nouvelles législatives. Boïko Borissov a donc voulu jouer avec le feu et la menace de l’instabilité mais il a perdu.

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