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Que faut-il retenir de la conférence de presse de François Hollande ?

Décryptage fédéraliste de quelques points de la conférence de presse du 18 septembre

, par Fabien Cazenave, Hervé Moritz

François Hollande, le 18 septembre, a consacré une bonne partie de sa conférence de presse à commenter son action extérieure. En effet, quelques propos sur les questions européennes actuelles, au-delà des considérations économiques et budgétaires relatives à la croissance, ont émergé lors de cette conférence. Après l’évocation d’actions militaires et diplomatiques récentes de la France sur la scène internationale et la possibilité de frappes en Syrie et en Irak contre l’État islamique, mises en action à ce jour, François Hollande a martelé à nouveau son plaidoyer pour une Europe de la défense. Il s’est également positionné sur le référendum écossais, qui n’a pas abouti et qui avait lieu au moment même de sa conférence de presse. Enfin, il a évoqué la question épineuse de l’Europe à plusieurs vitesses : une voie d’intégration qu’a choisie le chef de l’Etat pour relancer avec l’Allemagne le moteur de la construction européenne.

La conférence de presse présidentiel en cette rentrée politique a été suivie par 1,4 millions de téléspectateurs, moitié moins que lors de la précédente au mois de janvier. Une baisse qui témoigne de la crise de confiance actuell des Français en la parole présidentielle. - Fabien Cazenave

Auteurs

  • Ancien rédacteur en chef de la version française du Taurillon de novembre 2006 à novembre 2008.

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  • Rédacteur en chef du Taurillon de 2014 à 2016. Etudiant en master d’histoire et de sciences des religions à l’Université de Strasbourg. Il a étudié une année à l’Université de Leipzig.

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Une opposition ferme à l’indépendance écossaise

Lors de sa conférence de presse, François Hollande a mené une attaque en règle contre toute idée d’indépendance de l’Écosse. Cela a été un message très fort. Bizarre de prendre une telle position alors que le scrutin avait lieu au moment même où il parlait. Cela aurait été plus percutant il y a quelques semaines. Mais le chef de l’État semblait découvrir les conséquences de ce référendum en même temps que la plupart des rédactions.

Relancé par un journaliste espagnol, il a même été plus loin en expliquant qu’il rejetait ces séparatismes, affirmant On n’a pas fait l’Europe pour déconstruire les Nations. La phrase est terrible. Terrible, car elle montre que François Hollande n’a rien compris au projet européen.

En effet, l’Europe a été construite pour dépasser les Nations. C’était le but des intellectuels qui avaient vécu la guerre de façons différentes : Henri Frenay, Altiero Spinelli ou Jean Monnet. Ils ne voulaient plus vivre ces guerres entre États-nations. Pour cela, il fallait dépasser le cadre de l’État et celui de la Nation. Pour les plus fédéralistes, il s’agissait même clairement de casser l’horizon national, déconstruire le mythe de la nation éternelle et faire des Européens, quel que soit le côté de la frontière duquel ils étaient nés, vivant ensemble, les uns chez les autres.

La phrase de François Hollande montre non seulement qu’il n’a rien compris à l’Europe, mais en plus qu’il est incapable de penser en tant qu’Européen. Bloqué dans une sphère nationale, il ne veut pas imaginer que les citoyens européens puissent penser, agir ou voter ensemble. Il est en parfaite adéquation avec la pensée merkelienne, celle de l’Europe des États.

Or le référendum écossais devrait nous interroger sur les citoyens plutôt que sur l’État britannique. Les citoyens écossais sont européens et veulent le rester. François Hollande les rejette sous prétexte qu’il a peur pour l’intégrité de son État. Or on attendrait d’un chef de l’État pro-européen qu’il propose une solution pour des citoyens déjà européens qui risquaient de sortir de notre espace commun à cause de traités internationaux qui n’ont pas prévu le cas de l’indépendance. Le constat est intéressant. Défendre les Nations telles qu’elles sont, c’est en arriver à rejeter des citoyens européens.

Le plaidoyer pour la défense européenne

François Hollande a plaidé une nouvelle fois, jeudi dernier, pour une défense européenne. Pour le président de la République, la défense européenne est nécessaire pour faire entendre la voix de l’Union européenne dans les coalitions internationales. Cette défense européenne doit permettre au continent de mener des opérations d’envergure. De plus, la France, qui multiplie ses interventions depuis plusieurs mois sur de nombreux théâtres d’opérations, souhaite partager les frais. François Hollande appelle enfin à une industrie européenne de la défense :

Je pense qu’une étape doit être franchie pour que les efforts soient coordonnés et le fardeau partagé ; pour qu’il y ait une véritable industrie européenne de défense. C’est la condition pour l’autonomie de l’Europe dans le cadre de ces alliances.

Certes, la mise en commun de matériels, le développement accru d’un système militaro-industriel européen, dont EADS est déjà un fleuron, feraient de nos armées les mieux équipées de la planète. Or, comment se donner les moyens d’une défense commune ? C’est une coquille vide sans penser au développement d’une politique étrangère commune, qui est déjà l’œuvre du Service Européen d’Action Extérieur, chargé de la coordination des positions diplomatiques des États membres de l’Union. Cependant, dans l’état actuel des choses, cela demeure un jeu difficile, qui conduit souvent à un silence de l’Union européenne sur la scène internationale en raison d’une absence de consensus européen, laissant toujours à chaque État le choix de sa politique extérieure et de sa position sur tel ou tel dossier. Comment ainsi décider de la participation d’une force européenne à une coalition dans le cadre de nos alliances si nous ne parvenons à être de concert ?

La France ne peut pas non plus choisir seule d’intervenir sur un théâtre d’opération et ensuite demander à ses partenaires européens, sans les avoir préalablement consulté, de participer logistiquement ou financièrement aux actions qu’a choisies de mener la France. C’est ainsi que si nous voulons une défense d’envergure au niveau européen, il faut pouvoir agir rapidement en dotant l’Union européenne d’une capacité d’action rapide et efficace, permettant de prendre des décisions aux moments opportuns, et ce, en sortant de la logique intergouvernementale. Ainsi, créons une force d’action européenne, peut être en s’inspirant de l’actuel Eurocorps, qui pourrait être déployé rapidement et qui bénéficierait de l’expertise du SEAE. Une telle force préalablement dotée de moyens matériels, humains et logistiques, permettrait aux chefs d’État de sortir d’une logique comptable à chaque opération, qui oblige les autres pays à s’aligner sur les décisions d’un seul et consistant sans cesse à partager la note.

Une Europe à plusieurs vitesses sous l’impulsion commune de la France et de l’Allemagne

Enfin, le président de la République a évoqué le lancement, avec l’Allemagne d’une Europe à plusieurs vitesses, afin de pousser l’intégration des pays qui souhaitent s’investir encore un peu plus dans la construction européenne. Alors que François Hollande refuse de « détricoter les traités », il place au cœur de cette démarche le couple franco-allemand, qui doit ainsi, sans plus de détail relancer le moteur de l’intégration en partie sur la question de la transition énergétique. Et rien que sur cette question, il y a du pain sur planche. On attend donc de connaître les résultats des dernières tractations entre Valls et Merkel.

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Vos commentaires

  • Le 24 septembre 2014 à 21:36, par Giraud jean-guy En réponse à : Que faut-il retenir de la conférence de presse de François Hollande ?

    Excellente analyse - à laquelle on pourrait ajouter les points suivants :

    - la France (gauche et droite confondues) demeure obstinément réfractaire aux Institutions non-intergouvernementales de l’UE : Commission et Parlement. Ce n’est pas le cas de l’Allemagne qui respecte - voire même protège - leur légitimité et leurs compétences,

    - la prise de position du Président français sur le referendum écossais constituait un « obiter dictum » malvenu ; le referendum ayant été décidé par le Parlement britannique, la France n’avait pas à s’engager en faveur d’une des thèses en présence,

    - par « défense européenne », la France (gauche et droite confondue) entend : accords intergouvernementaux à la carte sans intervention des Institutions autres que le Conseil européen ; cette approche est très minoritaire parmi les États membres et inacceptable pour l’Allemagne,

    - l’Allemagne affiche de plus en plus clairement son peu d’appétit pour une coopération intergouvernementale franco-allemande dans les domaines régis par les Traités ; elle entend remettre les Institutions (y compris la Commission et le PE ) au centre du jeu comme le prévoient ces Traités,

    - l’approche française, récemment réitérée par le premier ministre à Berlin, concernant le Pacte de stabilité (et la règle des 3% et 60% en matière de déficit et de dette) ne sera pas soutenue par Berlin qui respectera le point de vue et les propositions de la Commission ; il est même possible que la majorité requise des États membres soit sur la même ligne.

    Au delà, de tous les problèmes auxquels elle doit déjà faire face, la France risque de voir fortement déstabilisée sa position au sein de l’UE dans les mois qui viennent. Son attitude inutilement désinvolte - voire parfois carrément méprisante - vis à vis des Institutions ne crée pas un climat propice à la défense de ses intérêts. JGG

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