Référendum italien : un défi pour Renzi & la scène politique italienne

, par Maria Popczyk

Référendum italien : un défi pour Renzi & la scène politique italienne
CC Krem.

Après une campagne tumultueuse tant pour le « Non » que pour le « Oui », le projet de réforme constitutionnelle sera soumis au référendum dimanche 4 décembre . Le gouvernement de Matteo Renzi souhaite notamment en finir avec le bicamérisme parfait, réduire le nombre de parlementaires, et surtout réformer le Sénat. 


Les Italiens à l’étranger ont déjà voté, les partisans du « Oui » et du « Non » tentent encore de convaincre les indécis – leurs voix peuvent avoir ce dimanche un poids non négligeable. D’après le Time, les derniers sondages indiquent que le « Non » peut l’emporter avec 53,5% contre 46,5% pour le « Oui » Ces estimations sont à prendre cependant avec précaution, surtout après le Brexit et l’élection de Donald Trump, deux situations que les instituts de sondage n’avaient pas vues venir.

Réforme constitutionnelle : les grandes lignes

Le projet de réforme prévoit avant tout de réduire les pouvoirs du Sénat, qui dispose actuellement des mêmes prérogatives que la Chambre des députés. Il vise aussi une réduction du nombre d’élus – la Chambre haute passerait de 315 à 100 sénateurs. De plus, ces derniers ne seraient plus élus directement pas les citoyens, mais par les conseils régionaux. Si le « Sì » gagne, le Sénat deviendrait un « Sénat des Régions ». Par ailleurs, le projet comprend une modification des compétences des entités locales et régionales ou encore la suppression du Conseil national de l’économie et du travail (CNEL). Tout cela permettant à l’Etat de faire des économies en supprimant des postes dans la fonction publique. Ce projet est soutenu notamment par les partis libéraux, de centre-gauche et démocrates. 

Les deux groupes politiques qui mènent la campagne du « No » sont avant tout le Mouvement cinq étoiles populiste de Beppe Grillo et la Ligue du Nord régionaliste de Matteo Salvini. Ils critiquent ce projet en disant qu’il compliquerait le rapport entre l’Etat central et les régions, qu’il a été préparé trop hâtivement et que la réforme constitutionnelle est trop coûteuse.

Un référendum fortement personnalisé

Sur la scène politique européenne, Matteo Renzi est perçu comme un réformateur : il a cherché à moderniser son pays dès son arrivée au pouvoir en 2014 avec par exemple la réforme du droit du travail avec le « Jobs Act ». Ce référendum fait donc partie de sa logique de modernisation du système politique. Dans le cas où le « Oui » l’emporte, en plus de démarrer le processus de réforme constitutionnelle, il constituerait une preuve d’un soutien des Italiens pour leur Premier Ministre. Il a d’ailleurs affirmé que l’Italie serait « la plus forte Nation en Europe » si son projet de réforme était approuvé. 

Le Président du Conseil s’est de plus engagé, fin 2015, à démissionner en cas de victoire du « Non ». Réalisant que l’engagement de sa propre personne était risqué, il a modéré son discours en août dernier. Il a en effet rappelé que les prochaines élections législatives ne se tiendraient qu’en 2018 - ce qui laisse sous-entendre qu’il ne compte plus quitter son poste en cas de rejet de sa réforme.

Ce qui peut constituer un réel frein à la révision de la Constitution, c’est qu’une partie de la société italienne considère ce référendum comme un vote d’opinion, donnant l’occasion de montrer son mécontentement à Matteo Renzi. Pour certains, le programme de la réforme importe moins que la personne qu’il y a derrière – c’est donc l’autre grand enjeu du vote pour le président du Conseil des ministres.

Scénarios possibles

En cas de victoire du « Oui », si la réforme est mise en place par le gouvernement, le Sénat n’aura plus à accorder sa confiance au gouvernement ni approuver toutes les lois. Par conséquent, le gouvernement serait beaucoup moins susceptible d’être remis en cause par le pouvoir législatif (seule la Chambre des députés aurait cette possibilité) ce qui assurerait plus de stabilité politique. En effet, rappelons que l’Italie a connu 60 gouvernements depuis 1946 – à titre de comparaison, la France n’en a connu « que » 46. Dans le cas contraire, si c’est le « Non » qui l’emporte, la première question qui se poserait serait alors celle de la démission de Renzi – assumerait-il son engagement ? Une autre question serait de savoir si les Italiens devront retourner aux urnes pour élire un nouveau Parlement, ou bien si le Conseil des ministres de Renzi sera remplacé par un nouveau gouvernement technocrate nommé par le Président Sergio Mattarella.

L’opposition au Parti démocrate incarnée par le populiste Beppe Grillo et son Mouvement cinq étoiles pourra profiter d’un éventuel échec de la réforme pour remettre en cause la légitimité du gouvernement. Ce mouvement qui se veut proche des citoyens a déjà connu une avancée considérable cette année, lorsqu’il a remporté les élections municipales dans deux grandes villes, Rome et Turin. D’où une autre question : le populisme va-t-il l’emporter en Italie comme au Royaume-Uni et aux Etats-Unis ? Est-ce le signe d’un vote de contestation face à une crise politique, ou d’un choix assumé par les citoyens ? Ce qui est certain, c’est qu’une victoire du « Non » aura un impact sur la place de l’Italie dans l’Union Européenne. En effet, à part être anti-partiste, les « grillini » (du nom de Beppe Grillo) font partie d’un mouvement eurosceptique. Le « Non » pourrait aussi encourager les populistes des pays voisins, et notamment en France, qui avec les élections présidentielles de 2017 pourrait être la prochaine sur la liste.

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