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Renforcer la zone euro

Retour sur le rapport des cinq présidents

, par Jaan, Peio Dugoua-Macé

Les cinq présidents des institutions européennes ont publié le 22 juin dernier un rapport commun intitulé « Compléter l’Union économique et monétaire européenne ». De quoi s’agit-il ?

En juin, les principales figures de l’Union européenne s’accordaient sur un rapport commun pour faire avancer l’Union. Pour surmonter les crises et les défis que l’Europe connaît aujourd’hui, les cinq présidents ont posé les jalons de la poursuite de la construction européenne. - © European Union 2015 - European Parliament (CC/Flickr).

Auteurs

  • Président des Jeunes Européens - Strasbourg.

  • Dessinateur régulier, je suis citoyen européen à temps complet. J’aime croquer l’Europe, dans ses plus grandes affaires comme dans ses plus petits détails !

Alors que la Grèce demeure dans une situation précaire et que le Royaume-Uni menace de quitter le navire européen, il est urgent de relancer la construction européenne à travers son cercle le plus intégré : la zone euro. Les cinq présidents préconisent une Union économique et monétaire qui « repose sur une architecture transparente et robuste ». Les moyens sont-ils à la hauteur de l’ambition ?

Alors que subsistent de nombreuses divergences au sein de la zone euro, ce rapport veut consolider l’Union économique et monétaire « tout en la rendant plus juste sur le plan social et plus légitime sur le plan démocratique ». Les cinq présidents des institutions européennes - Jean-Claude Juncker (Commission), Martin Schulz (Parlement), Donald Tusk (Conseil), Mario Draghi (BCE), Jeroen Dijsselbloem (Eurogroupe) - proposent un ensemble de mesures en trois étapes distinctes pour parachever l’Union économique et monétaire d’ici 2025.

La première étape jusqu’en 2017 présente des mesures applicables immédiatement, sans nécessiter une réforme des traités, telles qu’un système européen de garantie des dépôts bancaires et des autorités de la compétitivité de la zone euro pour coordonner les politiques nationales « sans avoir pour objectif d’harmoniser les salaires » entre les États membres. Concernant la légitimité des institutions, la mesure la plus ambitieuse est une « représentation extérieure unifiée » de la zone euro au sein des institutions financières internationales comme le FMI, afin que son rôle politique corresponde au poids réel de la deuxième économie mondiale.

A partir de 2017, la deuxième étape doit mettre en place un mécanisme commun de stabilisation macro-économique pour permettre aux Etats membres d’absorber les crises auxquelles ils ne pourraient pas faire face seuls. Les présidents appellent également à la création d’un « Trésor de la zone euro » pour prendre certaines décisions fiscales et budgétaires de façon collective, tout en garantissant sa légitimité démocratique devant les citoyens européens. L’objectif de cet ensemble de mesures est d’aboutir, lors de la troisième étape prévue au plus tard d’ici 2025, à l’achèvement de l’Union économique et monétaire.

Si la volonté des cinq présidents de doter la zone euro d’une véritable feuille de route pour son avenir est louable pour nous sortir du marasme économique et social, les mesures envisagées ne sont pourtant pas à la hauteur de la gravité et de l’urgence de la crise actuelle. C’est un premier pas certes indispensable mais encore bien trop timide pour en finir avec les turbulences qui secouent la zone euro aujourd’hui et menacent son futur.

Plus inquiétant, le rapport des cinq présidents ne propose pas de solution pour sortir du modèle de gouvernance intergouvernementale qui a mené la zone euro dans les eaux troubles qu’elle connaît. La responsabilité démocratique et la dimension sociale de la zone euro sont les deux parties du rapport les plus imprécises et les moins ambitieuses. Ainsi, le citoyen européen semble être le grand absent du rapport des cinq présidents alors qu’il devrait en être le cœur.

Au contraire, nous devons nous mobiliser en faveur de mesures ambitieuses pour rendre la zone euro plus unie, plus démocratique et plus proche des citoyens. Afin de démocratiser la gestion de la zone euro, il est nécessaire de créer une véritable « Formation Euro » au sein du Parlement européen composée seulement des eurodéputés des Etats membres de la zone euro.

Ce Parlement de la zone euro doit ainsi permettre d’exercer un contrôle démocratique sur le président de la BCE, de légiférer sur un budget propre à cette zone, l’émission d’euro-bonds pour mutualiser une partie des dettes des Etats et une harmonisation de la fiscalité, ainsi que sur les fondements d’une Europe sociale, notamment par la création d’un salaire minimum européen proportionnel au niveau de vie dans chaque Etat membre.

L’Union monétaire européenne nécessite aujourd’hui d’être complétée par une véritable Union fiscale et sociale qui ne pourra se réaliser qu’en s’éloignant de ce modèle intergouvernemental voué à l’échec. Pour sortir de la crise, il faudra être plus courageux et parachever l’intégration de la zone euro en bâtissant un modèle fédéral et démocratique fondé par les citoyens européens.

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P.-S.

Cet article est paru dans l’édition papier anniversaire du Taurillon, célébrant ses 10 ans et publiée en septembre dernier.

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