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Sarajevo, le 28 juin 1914, au cœur de l’Europe

, par François Mennerat

Ce jour-là, il y a cent ans, l’archiduc Franz Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois, est en visite officielle à Sarajevo avec son épouse, une visite que, dans le contexte, il savait risquée. Tandis que leur carrosse chemine le long de la rivière Miljacka, ils sont abattus par un jeune étudiant serbe, militant de l’unité yougoslave.

Tranchées lors de la première guerre mondiale – Crédit photographique : Jens-Olaf Walter

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Le contexte de cet attentat, en effet, c’est une exacerbation des nationalismes dans toute l’Europe, mais particulièrement dans l’Empire austro-hongrois. Cet assassinat aurait pu demeurer un simple soubresaut anecdotique. Dans l’ambiance du moment, le jeu des alliances entre États se met en branle, que rien ne peut arrêter : la « montée aux extrêmes » ne prend qu’un mois avant que ne se déclenche la guerre « fraîche et joyeuse ». On sait ce qu’il en a été. Tragédie de l’Histoire, la fière et puissante Europe s’écroule dans le fracas des armes. Quatre ans et 40 millions de morts et de blessés plus tard, ayant dû, pour certaines, recourir à l’assistance, volontaire ou non, de leurs colonies, passées ou présentes, les « nations » européennes sont devenues les jouets d’un monde qui, à jamais, les dépassera.

Ne nous trompons pas de commémoration. Notre devoir de mémoire s’applique d’abord aux victimes, pour la plupart innocentes, d’une guerre cruelle et sanguinaire. Il doit également s’attarder sur les horribles conséquences du nationalisme, ou bien plutôt « des » nationalismes, cette hydre aux multiples visages, sans cesse renaissante.

L’Europe intergouvernementale qu’on nous ressert aujourd’hui, nous la connaissons bien. Elle ne s’est traduite au fil des siècles que par une séquence d’improbables et précaires traités de « paix » qui ne faisaient, en réalité, que jeter les bases de guerres successives. C’est à cette Europe-là qu’ont voulu mettre fin les hommes d’État qui, quelque trente ans après l’attentat de Sarajevo, ont courageusement et lucidement jeté les bases d’une organisation supranationale de l’Europe.

Dans une espèce de fourre-tout incompréhensible, les chefs de nos États et gouvernements d’aujourd’hui multiplient cette année les références à la guerre de 1914-1918, condensant dans le désordre les quatre années qui ont révolutionné la vie des Européens et leur vision du monde. Avec un recul de cent ans, nous savons maintenant que, hélas, les valeureux soldats appelés à s’entretuer quatre longues années durant, ne se sont battus et, pour beaucoup, ne sont morts ni pour l’Allemagne, ni pour la France, ni pour aucune de leurs « nations », ni même pour l’Europe ou la liberté. Destins tragiques, les blessés – les « Gueules cassées » – et les tués, l’ont été pour rien, pour rien.

Il nous faudra revenir sur tant d’idées fausses que certains tentent aujourd’hui de revigorer.

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