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Surprise ! La Belgique a un gouvernement

, par Jean-Luc Lefèvre

Moins de cinq mois après les élections législatives du printemps dernier (25 mai), la Belgique s’est dotée d’un gouvernement fédéral le 11 octobre dernier. Par rapport à la précédente crise, qui a accouché d’un gouvernement de la dernière chance (une « tripartite traditionnelle » présidée par Elio Di Rupo, composée des chrétiens-démocrates, des sociaux-démocrates et des libéraux, sans majorité dans le groupe linguistique néerlandophone), cette nouvelle équipe peut surprendre, quand on connait la nature de la nouvelle coalition gouvernementale.

Vincent de Wolf (à gauche), chef du groupe Mouvement Réformateur au Parlement bruxellois, pose avec Charles Michel (à droite), nouveau Premier ministre belge, membre du MR, pourtant largement sous-représenté dans la nouvelle coalition gouvernementale. - Vincent De Wolf

Auteurs

  • Historien de formation, directeur d’un collège et d’un lycée en Belgique, président de deux associations européennes de responsables scolaires. Aujourd’hui retraité, il est l’auteur d’un essai consacré à « La question de l’identité européenne » (Mon Petit Editeur, Paris, 2013).

Mots-clés

Ainsi, entrent au gouvernement les Flamands de la N-VA, du CD&V (chrétiens-démocrates) et de l’Open VLD (libéraux) et les Wallons du MR (libéraux), uniques Francophones de cette nouvelle équipe. Les épithètes retenues pour la définir montrent à suffisance sa nature pour le moins biscornue. « Kamikaze » pour les uns, « suédoise » pour les autres, au gré des sensibilités, il s’agit d’une coalition inédite, très marquée à droite et très flamande, qui suscite dans l’opinion publique des sentiments très contrastés.

Une coalition inédite

Pour la première fois dans l’histoire du pays, est associé au pouvoir de l’Etat un parti nationaliste flamand, la N-VA, dont les finalités statutaires consistent à en finir avec les structures institutionnelles héritées de 1830 et la monarchie. Pour la première fois dans l’histoire du pays depuis 25 ans, les socialistes sont exclus du pouvoir. Comment en est-on arrivé là ? Dans les jours qui ont suivi le scrutin, alors qu’il avait été convenu tant au Nord qu’au Sud de mettre sur pied l’exécutif fédéral avant de mettre en place les gouvernements régionaux, PS et CdH francophones convenaient d’une alliance dans la région wallonne, suscitant la colère du parti libéral (MR) qui avait progressé lors des élections et contraignant les cadors de Flandre, CD&V et N-VA à former ensemble un gouvernement flamand. C’est ainsi que se sont succédé des nuits de négociations, nourries de fortes rancœurs dans les terres romanes de Belgique, pour établir un gouvernement fédéral que la N-VA rêvait aussi de voir purgé des acteurs socialistes. Un improbable accord de gouvernement a été ficelé, sans majorité aucune dans le groupe linguistique francophone, réduit comme une peau de chagrin à sa seule composante libérale et donc créant une forte opposition socialiste, démocrate-chrétienne et écologiste.

Une coalition marquée à droite

Sachant la promesse de la N-VA de mettre au placard ses revendications communautaires pendant la durée de la législature, le programme du gouvernement met l’accent sur les perspectives socio-économiques avec des teintes libérales, voire, pour les socialistes wallons, ultralibérales. A chacun ses accents ! C’est vrai qu’avec, à la table des négociations, trois partis d’inspiration libérale et un parti, le parti chrétien démocrate flamand partagé sur ce point, il pouvait difficilement en être autrement. Pendant toutes les tractations, déjà, les esprits s’échauffaient ; déjà, l’on parlait de « bain de sang social » et les leaders syndicaux grognaient, prédisant le pire. L’accord de gouvernement est dans la droite ligne de l’esprit de ce gouvernement : report de l’âge de la retraite à partir de 2025, services minimum dans les transports en commun en cas de grève, travaux d’intérêt général pour les chômeurs de longue durée, politiques d’immigration plus sévères, saut d’index et j’en passe.

Une coalition qui divise

Déjà par son programme de droite libérale, y compris en Flandre, le gouvernement ne fait pas l’unanimité. Mais c’est sa composition, qui suscite le plus de débats. A la fois déséquilibrée, par la marginalisation des acteurs de la Wallonie (seul le MR entre dans la coalition), qui héritent de portefeuilles mineurs, par la poussée des nationalistes, parfois proches de l’extrême-droite européenne, à la tête de ministères régaliens (l’Intérieur, l’Immigration ou la Défense), cette coalition étonne et indigne.

Cette coalition a-t-elle un avenir ?

Difficile de prédire l’avenir de cette coalition. Malgré la volonté du nouvel exécutif d’instaurer un dialogue social avec les partenaires sociaux, ceux-ci sont conscients que les marges de négociation sont réduites. Les syndicats ne pardonneront pas au gouvernement d’avoir évincé les socialistes, une perspective qui risque d’enflammer les débats autour des réformes annoncées par la coalition.

Pour ma part, que ce gouvernement tienne ou non la route dans l’immédiat, les perspectives du scrutin de 2019 s’annoncent ébouriffantes. Les risques assumés par les partis de la coalition, au Nord pour la N-VA (aura-t-elle été crédible pour son électorat, et si oui, continuera-t-elle à discréditer les autres partis ?) comme au Sud pour le parti libéral (fera-t-il oublier son costume de traître des francophones et participera-t-il à recomposer le paysage politique francophone ?), sont énormes, pouvant conduire à des tensions encore plus vives entre la Wallonie et la Flandre. La N-VA paraît être la seule gagnante des récents événements.

« Quousque tandem... » (« Jusqu’à quand... »), dirait Bart De Wever, qui raffole des citations latines.

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