Theresa May se rapproche des demandes européennes pour le Brexit

, par Geoffrey Besnier

Theresa May se rapproche des demandes européennes pour le Brexit
Theresay May a délivré à Florence, un discours très attendu sur le Brexit CC - Number 10

Theresa May donnait ce vendredi un discours très attendu sur sa vision du Brexit. L’occasion pour la Première ministre du Royaume-Uni de réorienter la position de négociation britannique et de faire un certain nombre de concessions pour satisfaire les européens.

Neuf mois après son discours de Lancaster qui avait mis le Royaume-Uni sur la voie d’un « Hard Brexit », le ton a radicalement changé et un accord avec les 27 semble désormais plus atteignable. Bien qu’elle l’a nié dans la conférence de presse ayant suivi le discours, la rhétorique du « no deal is better than a bad deal » (pas d’accord vaut mieux qu’un mauvais accord) n’est plus à l’ordre du jour. C’est une main tendue que Mme May propose aux 27 autres Etats membres de l’Union européenne.

Une période de transition pour une sortie progressive du Royaume-Uni

Comme l’avaient rappelé à de nombreuses reprises les négociateurs des deux cotés de la Manche, « l’horloge tourne ». En vertu de l’article 50 du Traité sur l’Union européenne, le Royaume-Uni est censé sortir de l’UE deux ans après la notification du Brexit, soit le 29 mars 2019. Theresa May en est consciente, cette date est trop proche pour qu’un accord sur la future relation entre le Royaume-Uni et l’UE soit conclu à temps. Les deux parties veulent éviter une sortie sans accord qui les obligeraient à commercer sur les termes de l’Organisation Mondial du Commerce (OMC), ce qui serait une catastrophe d’un point de vue économique.

Aussi, Mme May propose une période de transition (même si elle se garde bien d’en prononcer le nom). Concrètement, le Royaume-Uni renoncerait à prendre part aux décisions de l’Union mais continuerait à bénéficier des autres avantages et contraintes d’un Etat membre pendant une période limitée que la Première ministre souhaite de deux ans. Cette « implementation period » (période de mise en place ou période d’application) serait une sorte de statu quo pendant lequel le Royaume-Uni continuerait à participer au budget de l’UE et serait soumis aux nouvelles normes adoptée par l’Union et à l’autorité de la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) en échange d’un accès au marché unique et de la participation aux autres politiques (comme la lutte contre le terrorisme). Cette option est possible dans le cadre de l’article 50 et éviterait de véritablement avoir à négocier un accord de transition. [1]

Une exception notable cependant, les citoyens européens voulant travailler au Royaume-Uni durant cette période devront s’enregistrer selon un nouveau mécanisme spécifique. L’UE ayant jusqu’ici défini les quatre libertés de circulation (biens, capitaux, services et personnes) comme indivisibles, cela pourrait être un véritable point d’achoppement des négociations.

Une future relation privilégiée entre l’UE et le Royaume-Uni

Theresa May l’a a nouveau répété, elle souhaite que la future relation entre l’UE et le Royaume-Uni aille plus loin que tous les accords de libre échange signés par l’Union européenne jusqu’ici, mais elle refuse en même temps toute autorité politique et juridique du continent sur son pays. Le Royaume-Uni (RU) souhaite continuer à participer au budget de l’Union pour un certain nombre de politiques choisies. Les programmes d’échanges d’informations et de moyens liés à la sécurité publique et à la lutte contre le terrorisme sont ainsi cités comme une des principales voies d’approfondissement de la future relation RU-UE.

Exit aussi les menaces de transformer le Royaume-Uni en paradis fiscal, entendu lors de son discours de Lancaster en janvier. Mme May a surtout voulu adresser un message rassurant à la fois aux européens et aux citoyens britanniques. Dans ce numéro d’équilibriste, elle a affirmé aux premiers sa volonté de maintenir des standards aussi exigeants que l’UE sur les biens, les services, la protection des données ou les droits de l’Homme. Aux seconds, elle a promis de faire du Brexit un succès et que le pays en sortira plus fort et florissant économiquement.

De nombreux points d’ombre

Malgré la volonté affichée de donner des gages aux européens, plus d’un négociateur a dû rester perplexe, que ce soit à Bruxelles ou dans les capitales de l’Union, car il reste de nombreuses zones d’ombre.

Sur la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, Mme May a de nouveau exclu le fait de recourir à une frontière physique mais sans expliquer comment cela fonctionnerait en pratique.

Concernant, le budget, la position britannique s’est assouplie. Le Royaume-Uni serait ainsi prêt à honorer les engagements budgétaires auxquels il a souscrit pendant qu’il était un Etat membre. Il serait également prêt à contribuer au budget de l’Union durant la période de transition pour bénéficier de l’accès au marché unique, ainsi que dans le cadre de la nouvelle relation pour participer à des programmes spécifiques. Aucun montant n’a cependant été avancé.

Enfin, pendant la conférence de presse qui a suivie, Mme May a été mise sous pression par les tabloïds anglais. Certains journalistes l’ont accusé de « renoncement » et de « faire d’immense concessions alors que l’UE n’en fait aucune ». Une des difficultés de la Première ministre va donc être de faire accepter ce revirement dans son pays, y compris au sein de son propre parti.

Notes

[1FRANTZIOU, Eleni, LAZOWSKI, Adam, Brexit Transitional Period : The solution is Article 50, CEPS, 2017

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