Victoire en demi-teinte pour Borut Pahor en Slovénie

, par Virginie Cardoso

Victoire en demi-teinte pour Borut Pahor en Slovénie
Borut Pahor a été réélu à la présidence de la Slovénie le 12 novembre 2017. CC - European Parliament

Les récentes élections présidentielles en Slovénie ont laissé peu de place à la surprise : le président Borut Pahor, candidat à sa réélection, a en effet remporté le scrutin face à son adversaire, le maire de la ville de Kamnik et ancien acteur, Marjan Šarec. Le chef de l’État sortant était déjà arrivé largement en tête du premier tour des élections avec 47,07% des suffrages en sa faveur.

Un scrutin marqué par un fort taux d’abstention

Les 22 octobre et 12 novembre derniers, les Slovènes se sont rendus aux urnes pour élire leur nouveau président de la République. Avant même le début des élections, le président sortant Borut Pahor (centre gauche) était donné gagnant face aux huit autres candidats en lice. Suite à sa victoire au premier tour, le chef de l’État avait déclaré en toute confiance : « J’ose le dire, je vais gagner cette élection au 2ème tour […]. A la fin, je pense que mon expérience politique et mon action en Slovénie et à l’étranger prévaudront ». [1]

Abordant le second tour en position de force, Borut Pahor s’est bel et bien imposé face à Marjan Šarec et a recueilli près de 53% des suffrages. Si le résultat paraît satisfaisant, la réalité du scrutin est quant à elle très différente. En effet, les élections présidentielles slovènes ont été marquées par une forte abstention durant les deux tours. Malgré sa grande traversée de la Slovénie à la rencontre des électeurs, Borut Pahor – qui tablait sur une réélection dès le premier vote – n’a pas échappé à la menace et à la réalité de l’abstention. La participation à ces élections est d’ailleurs la plus faible jamais enregistrée dans le pays, oscillant entre seulement 41% et 43% pour les deux tours.

En réaction à cette absence de mobilisation des citoyens et citoyennes slovènes, le chef de l’État tout juste réélu a affirmé « entendre les critiques ». « Les gens attendent du président des interventions plus fréquentes et plus claires sur les questions importantes », a-t-il ajouté. [2] Le défi qui attend Borut Pahor est immense : il lui faudra désormais renouer avec un peuple qui éprouve un réel désintérêt pour la politique.

Borut Pahor, le « président Instagram »

Nommé Premier ministre en 2008 à l’aube de la crise financière et bancaire mondiale, Borut Pahor avait dû quitter ses fonctions trois ans plus tard après un vote de défiance de l’Assemblée nationale Slovénie, avant de revenir sur le devant de la scène politique en accédant à la présidence du pays en 2012. Se présentant comme un chef d’État moderne et hyper-connecté, il jouit d’une certaine popularité sur les réseaux sociaux, en particulier sur Instagram où il partage régulièrement des photos aussi bien publiques que privées à ses 46 000 abonnés. Surnommé « Barbie » dans son pays, le président joue avec cette proximité pour créer du lien avec la jeune génération, parfois défiante envers la classe politique.

La personnalité de Borut Pahor et les méthodes qu’il emploie pour séduire l’électorat ne font cependant pas l’unanimité auprès de tous. Milan Kučan, le premier président de la République de Slovénie et par conséquent, l’un de ses prédécesseurs, l’accuse notamment d’avoir « banalisé » la plus haute fonction de l’État. Certains de ses opposants le qualifient en outre de « populiste ». Cette popularité virtuelle ne suffira pas à renouer un lien avec les citoyens slovènes qui attendent certainement bien plus de leur Président réélu.

La Slovénie dans le collimateur des institutions européennes

Par ailleurs, les dirigeants européens aussi, attendent le président slovène au tournant. Bien que Ljubljana ait été candidate à un siège au Conseil des droits de l’Homme des Nations unies pour la période 2016-2018, sa politique d’asile révèle une toute autre ambition. La Slovénie est depuis plusieurs mois montrée du doigt par le Conseil de l’Europe, qui s’inquiète de la prise en charge des réfugiés dans le pays. Début novembre, Thorbjørn Jagland, le Secrétaire Général de l’institution, avait exprimé sa préoccupation concernant le récent durcissement de la loi slovène sur le droit d’asile – un durcissement qui prévoit entre autres l’expulsion immédiate des migrants et réfugiés entrés illégalement en Slovénie. [3]

Tout laisse alors à penser que Borut Pahor et la ministre de l’Intérieur slovène Vesna Györkös Žnidar seront de nouveau attendus sur ces questions. De nombreuses ONGs et associations de défense des droits de l’homme telles que la Croix-Rouge et Amnesty international surveillent également de très près la situation des plus démunis dans le pays.

Cet article est publié en partenariat avec le blog Voix d’Europe.

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