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Witaj Donald Tusk !

, par Dominique Thaury

Aujourd’hui, lundi 1er décembre, le belge Herman van Rompuy quitte son fauteuil de président du Conseil européen, remplacé par Donald Tusk, ex-Premier ministre de la Pologne. L’occasion de revenir sur son rôle, qui a façonné la fonction de président du Conseil, et sur la personnalité de son successeur, Donald Tusk.

Donald Tusk, ancien Premier ministre polonais, prend aujourd’hui la tête du Conseil européen. - Αντώνης Σαμαράς Πρωθυπουργός της Ελλάδας

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Herman van Rompuy, l’homme du compromis

Herman van Rompuy, grand polyglotte, laissera l’image d’un homme pondéré, sans doute dépassé par son rôle de président du Conseil européen. Choisi pour son entregent et sa facilité, bien belge, à faire émerger des compromis, il n’a pas manqué de doigté pour arriver à concilier des inconciliables, en particulier au moment de la crise de l’euro. Comme il le dit lui-même, il n’a demandé le vote du Conseil européen qu’une seule fois sur les centaines de décisions qui ont été prises lors des dizaines de sommets qui se sont tenus pendant ses cinq ans de présidence.

Il s’est très bien entendu avec son « compère » José-Manuel Barroso, alors président de la Commission, faisant tout pour éviter que la Commission ne prenne trop d’initiatives, le Conseil européen est devenu le « gouvernement économique de l’Union » que Herman van Rompuy appelait de ses vœux en 2010.

Curieuse trajectoire vers l’intergouvernementalisme européen pour quelqu’un qui, en 2009, au groupe Bilderberg, s’exprimait en faveur d’une Europe fédérale à l’image des Etats-Unis, ayant la possibilité de prélever un impôt européen pour alimenter le budget européen.

Le rôle de Donald Tusk et la place du Conseil européen

Aujourd’hui, Donald Tusk prend ce fauteuil. Que peut-on en attendre ? Jusqu’à présent, ce très libéral polonais n’a pas vraiment fait parler de lui au niveau européen. En tant qu’ancien Premier ministre, il souhaite que son pays entre au plus vite dans la zone euro, malgré la réticence d’une partie de la population.

Malgré ses positions contestées sur les sujets environnementaux, il a eu des positions en pointe, avec ses collègues baltes, sur le problème ukrainien, fustigeant parfois la position attentiste de l’Europe et de sa Haute Représentante. Enfin, dans le domaine de la Défense, on peut penser qu’il peut être, là encore, assez entreprenant et, qui sait, une aide précieuse pour Federica Mogherini, Haute Représentante de l’Union européenne, favorable à la création d’une véritable force européenne.

Cependant, il demeure à la tête d’un organisme que les fédéralistes européens n’apprécient guère, symbole de « l’intergouvernemental » dans le projet européen : le Conseil européen.

S’il arrive avec les mêmes idées que Herman van Rompuy sur « le gouvernement économique européen par le Conseil » alors, il faut espérer que Jean-Claude Juncker fera entendre sa voix et reprendra l’initiative.

Le Conseil donne à l’Union, comme le précise aujourd’hui le TUE (art. 15.1), les impulsions nécessaires à son développement et en définit les orientations et les priorités politiques générales » alors que, selon l’article 17.1, « la Commission promeut l’intérêt général de l’Union et prend les initiatives appropriées à cette fin » et que surtout, d’après l’article 17.6, « le président de la Commission définit les orientations dans le cadre desquelles la Commission exerce sa mission ». Il n’est donc pas question que, une fois les grandes orientations définies par le Conseil européen, Jean-Claude Juncker se laisse « marcher sur les pieds » par Donald Tusk et les chefs d’Etats. L’Europe ne s’en portera que mieux.

Jean-Claude Juncker a d’ailleurs habilement joué en dévoilant son plan de relance économique de 315 milliards d’euros avant l’arrivée de Donald Tusk et ceci laisse présager de cordiales, mais néanmoins redoutables joutes entre les deux institutions. Le Parlement européen devra, s’il veut redevenir une force de proposition et de contrôle comme il devrait l’être, soutenir la Commission dans ces initiatives, voire en les modifiant s’il en estime le besoin.

Le couple Parlement/Commission doit être solide pour ne pas se laisser séduire par les sirènes du Conseil européen, s’il veut promouvoir, comme l’ont laissé entendre Jean-Claude Juncker et Martin Schulz, une Europe appétissante pour ses peuples. Les prochains débats, sur le budget notamment, premier sujet de confrontation entre le couple Parlement/Commission et le Conseil européen, et le Conseil européen de décembre, nous en dirons plus sur les intentions des uns et des autres.

Voir en ligne : Photo : CC

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