Les 25 ans de la Chute du Mur de Berlin sont l’occasion pour beaucoup de jeter un regard en arrière. Il y a eu de fortes crises et un énorme élargissement nécessaire mais mal digéré. Force est de constater que l’Union européenne est toujours là. Elle ne peut cependant se satisfaire d’un tel bilan. L’intégration européenne doit changer et passer une nouvelle étape.

La crise de confiance entre Etats du Sud et du Nord, la peur d’une Allemagne trop puissante ou encore notre incapacité à avoir une position claire vis-à-vis de notre partenaire russe ayant des comportements inqualifiables en Ukraine, voilà les principaux éléments du manque d’Europe. Cela est dû en partie à la situation économique. La faiblesse du niveau européen depuis 2008 a encouragé les Etats à prendre la main et à multiplier les sommets de la dernière chance. Cette forte présence des Nations au premier rang des solutions pour sortir de la crise est un des éléments renforçant l’idée dans notre pays que le niveau européen devient une contrainte.

En votant fortement pour des partis rejetant l’Europe lors des élections européennes, les citoyens envoient un message clair. Croire qu’il s’agit d’un rejet de l’Europe est une erreur, les Français savent bien qu’une France isolée dans la mondialisation aura encore plus de mal, surtout privée des facilités actuelles pour commercer entre pays européens. En réalité, les citoyens ont exprimé un ressentiment fort face à l’inertie de l’Union européenne. Si nous ne sommes plus porteurs d’un projet pour l’avenir, alors le vélo européen va tomber dans ses travers du nationalisme d’antan.

Arrêtons de penser l’Europe par le prisme des Nations

Aujourd’hui, il n’est plus temps de remettre en cause l’élargissement de l’Europe « à l’Est ». C’est au contraire le moment de se demander comment améliorer la prise de décision ensemble sur les sujets essentiels. Croire par exemple que l’immigration peut se gérer pays par pays est une lourde erreur. L’Italie, la Bulgarie ou la Grèce ne peuvent être seules responsables de la pression migratoire en Europe. Ces pays n’ont en pas les moyens seuls. L’avenir de la France ou des autres pays européens n’est pas dans l’isolationnisme mais dans la construction d’une nouvelle Europe.

L’Europe politique permettrait de s’occuper pleinement des grands sujets où les pays européens sont désormais trop petits pour faire face seuls. La diplomatie a besoin de lignes politiques claires pour pouvoir agir. De même pour la défense européenne, aujourd’hui simple coordination d’armées qui ont souvent des niveaux très différents. Récemment la Russie a testé les réactions suédoises ou baltes. Cela ne doit plus être l’OTAN qui réagit mais bien l’Europe dans son ensemble, avec un même message.

Autre sujet important : l’indépendance énergétique. Nous sommes totalement dépendants de notre partenaire russe et cela nous met en position de faiblesse. Or avec une Europe politiquement forte, nous serions capables de discuter directement avec les Russes sans attendre la validation des 28 capitales.

Le monde se construit de plus en plus avec des Etats-continents. Les citoyens attendent avant tout un projet qui leur donne envie d’être Européen plutôt que d’être recroquevillés dans leurs frontières nationales.

Alors faudra-t-il le faire par de petites avancées (comme la fin des Commissaires définis par les Etats ?) ou par une Constituante ? L’avenir le dira. Nous avons surtout besoin de personnalités politiques capables de nous emmener sur des projets dépassant nos Etats nationaux incapables à eux seuls de résoudre le chômage ou de relancer la croissance.