« 29 mai et Présidentielles »

Que l’Europe soit au coeur du débat...

, par Fabien Cazenave

« 29 mai et Présidentielles »

Depuis un an, nous entendons que l’Europe politique est au point mort. C’est vrai, malheureusement. Cependant, après un an de tristesse et de révolte sur les conséquences du résultat du référendum, j’ai à nouveau envie d’Europe. Et plus que jamais encore...

La raison à cela vient de ce que j’ai vu, entendu et débattu durant ce denier week-end anniversaire. Que le 29 mai 2006 soit le renouveau de nos activités militantes avec la même passion qui nous a animé durant la campagne référendaire ! La Présidentielle de 2007 en aura bien besoin.

« 29 mai, 1 an après : Des médias peu inventifs »

Après le néant médiatique que nous avons subi durant l’année écoulée, la frilosité des rédactions télévisuelles, de la presse écrite et des radios a perduré dans sa grande majorité. Ce sujet qui a passionné les Français est aujourd’hui traité s’il était figé dans le marbre.

Certes, le sondage sorti ces derniers jours par Libération montre bien que les « nonistes » n’auraient pas changé d’avis. Le même sondage chez les « ouistes » donnerait probablement le même résultat. Cependant, nous pouvons regretter que les journalistes n’aillent pas plus loin dans l’analyse et ne fassent que très peu le bilan de ce qui a été proposé par les différents leaders de la campagne référendaire.

Un exemple typique : dans le journal de 13 heures de TF1 dimanche 28 mai, les seules personnes interrogées pour s’exprimer sur l’Europe ont été des « nonistes » exprimant toute leur rancœur quant à leur situation économique (« L’Europe, cela m’a volé mon emploi au Bar-Tabac »). La mythologie de la France d’en Bas qui s’est exprimée perdure. À croire que la France compte 46 % d’élite [1]. Faut-il donc jeter la pierre aux journalistes ? Il faut convenir qu’ils ne sont pas aidés.

Une classe politique n’arrivant pas à jouer pleinement son rôle

La classe politique a aussi sa responsabilité engagée dans ce triste état de fait. Trop peu d’élus d’une certaine importance s’essaient à donner une autre clef de lecture de ce qui se passe en Europe. Par exemple, Michel Rocard [2]a récemment rappelé qu’avant de vouloir faire l’Europe sociale, il nous faut l’Europe politique. Peut-être que le manque de partis européens réellement structurés y est pour quelque chose. La vision franco-française des conséquences du Non du 29 mai s’y trouve ainsi confortée.

Un an après la responsabilité des élus reste importante. Auront-ils le courage de rouvrir un débat si important et si profond qu’il risque de raviver les blessures d’un passé pas si lointain ? Vis-à-vis de leur électorat, vis-à-vis de leurs militants, vis-à-vis de l’Histoire. Gageons qu’ils le sauront.

Une Société civile au rôle déterminant

Devant cette responsabilité, la Société Civile a tout son rôle à jouer. Lors du Référendum sur le Traité Constitutionnel pour l’Europe, elle a été - pour les 2 camps qui s’affrontaient à l’époque - le meilleur relais auprès de la population. Le rôle du citoyen est de s’engager pour faire partager aux autres l’importance d’une Europe politique. Les européens engagés encore plus.

Le relais que nous sommes est un puissant vecteur. Les syndicats, les associations, les animateurs de quartier, les professeurs, le citoyen, etc. Nous touchons les autres dans leur vie de tous les jours. Nous nous permettons de juger les politiciens sur leur action, à nous de les aider à faire vivre l’Europe dans le quotidien ou comme projet politique. Après tout, si nous ne rappelons pas dans quelle formidable aventure démocratique est engagé notre continent, pouvons-nous rester dans la position de ceux qui reçoivent et ne jamais être dans celle de ceux qui partagent également ?

L’action menée par les Jeunes Européens ce dimanche 28 mai est ainsi importante à plus d’un titre. C’est une démarche citoyenne au cœur du projet européen. Aller à la rencontre des citoyens a été des plus positifs et des plus enrichissants. Bien peu des personnes que nous avons rencontrées ont pu nous dire que l’Europe n’était pas une chose importante. Que ce soit dans les enjeux d’aujourd’hui, au niveau économique ou international par exemple. Ceux qui refusent de le reconnaître sont ceux qui refusent tout partage, notamment avec les « Européens de l’Est ». Et cela, malgré les retours économiques ou culturels que nous avons eu par exemple avec l’Espagne ou le Portugal pourtant depuis 20 ans.

Organisation politique ou projet solidaire, l’Europe résonne dans les conversations.

Je retiendrais surtout que le dialogue est possible entre anciens partisans du Oui et du Non. Mais pas sur le TCE, chacun restant sur ses positions. En effet nous, les Jeunes Européens, sommes pratiquement les seuls à rappeler les enjeux européens. Notre pétition pour l’instauration d’un Service Civil Européen rencontre un écho intéressé et positif.

Nous touchons souvent nos interlocuteurs sur la perspective internationale : à 60 millions, nous aurons du mal à peser face aux milliards chinois ou indiens ou face aux américains. Oui nous avons besoin d’avoir une organisation qui nous permette à 450 millions de citoyens de s’exprimer. Ce serait la force d’une organisation fédérale : permettre aux peuples de s’exprimer ensemble en respectant leur diversité. Là, l’Europe politique prend tout son sens.

Europe et Présidentielle de 2007

Le 28 mai dernier, nous étions tous d’accord : après cette campagne référendaire si intense, nous ne pouvons passer à côté de l’Europe durant la prochaine campagne présidentielle. Nous n’aurons pas forcément les mêmes arguments ou la même vision des réponses à apporter sur les questions européennes. Cependant, les choix qui devront être faits pour l’Europe importent encore aux citoyens français.

Alors, si les médias ou les politiciens ont du mal à le retranscrire, c’est à nous - Société Civile - de faire le lien entre le citoyen, la construction politique de l’Europe et l’élection présidentielle. Nous avons notre rôle à jouer. Les équipes travaillant autour des présidentiables sont à la recherche de ce dont les Français ont envie de parler.

À nous de militer sur le web ou sur le terrain pour faire vivre l’Europe dans la vie des citoyens. Alors oui je le crois, l’Europe sera un sujet important de la prochaine présidentielle. Mais c’est aux Européens de faire en sorte que cela le soit. Pour 2007, l’Européisme ne suffit plus.

Photo : (c) Valéry-Xavier Lentz

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Notes

[1Selon l’expression de David Soldini, autre chroniqueur régulier du Taurillon lors de l’Université d’été des Jeunes Européens à Bordeaux en septembre 2005.

[2Voir ’’Tribune’’ de Michel Rocard « Pour l’Europe, une épitaphe et un espoir », document publié dans le Figaro du 26 mai 2006, rubrique ’’Opinions’’.

Vos commentaires

  • Le 3 juin 2006 à 22:24, par Cédric En réponse à : « 29 mai et Présidentielles »

    Comme tu dis, heureusement qu’il existe encore des associations pour faire ce que ne font pas nos politiques.

    La classe politique française se contrefiche de l’Europe. Il n’y a qu’à écouter les discours présidentiels/présidentiables de Hollande ou de Sarkozy qui mentionnent l’Europe plus par anticipation des questions des journalistes que par envie. Comment se fait-il d’ailleurs que l’on ne médiatise pas plus la parole de nos élus Européens plutôt que nos élus Parisiens bien loin des préoccupations européennes ?

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