À nous de faire résonner la voix du peuple biélorusse

, par Les Jeunes Européens - France

À nous de faire résonner la voix du peuple biélorusse

Cette semaine, le peuple biélorusse a vu son dictateur Alexandre Loukachenko s’offrir un nouveau mandat présidentiel, dans un semblant de démocratie qui ne trompe personne. Après son « élection » de 1994, ses « réélections » de 2001 et 2006, le Président biélorusse, dernier dictateur du continent européen, continue d’imposer à tout un peuple son long chemin vers la régression des droits les plus fondamentaux et la marginalisation du reste du monde.

Pourtant, face à ce drame silencieux, nous semblons regarder ailleurs, au loin, là où les injustices paraissent plus évidentes. Elections piétinées ? Nous menaçons la Côte d’Ivoire. Liberté d’expression bafouée ? Nous montrons du doigt l’Iran. Régime hors d’âge ? Nous enrageons contre la Corée du Nord. Pour la Biélorussie par contre, l’Europe et le Monde n’adressent qu’une indifférence à peine feinte. Songeons qu’à « quelques heures de chez nous », selon l’expression consacrée par la tragédie yougoslave, 10 millions de citoyens européens sont chaque jour empêchés dans leur liberté de mouvement, leur liberté politique, leur liberté d’expression et d’information, coincés dans un régime surréaliste, qui tente encore de faire vivre ce que l’Union soviétique a su créer de plus ubuesque. Alors, certaines diplomaties protestent régulièrement, des Etats préfèrent rester silencieux, devinant le voisin russe, d’autres misent sur un lent délitement En attendant, un peuple européen tout entier se meurt, privé de ses droits, coupé des autres. Voilà une réalité que nous ne pouvons plus, que nous ne devons plus tolérer.

Depuis plus de cinq ans, les Jeunes Européens se mobilisent partout en Europe pour faire entendre la voix des Biélorusses et appeler chacun à ne pas les oublier. Une initiative soutenue et relayée autant que possible par les mouvements d’opposition locaux, qui suivent attentivement leurs relais hors des frontières et espèrent un engagement international toujours plus grand, seule issue à leur quotidien. Aujourd’hui, c’est la société civile européenne toute entière qui doit enfin se lever et s’emparer de cette cause majeure, véritable affront à nos valeurs partagées.

Au lendemain de l’Horreur, les peuples européens avaient construit le rêve d’une Union pour la paix. Lorsqu’une moitié du continent européen avait voulu se libérer du joug soviétique, l’Europe avait pris l’engagement de l’accueillir dans la communauté européenne. Quand la Yougoslavie s’était déchirée, l’Europe avait participé au retour à la paix et à la reconstruction, avec la générosité notamment de ses citoyens. Aujourd’hui, il est temps que les Européens n’oublient pas l’un des leurs. Il est temps qu’ils brisent le silence, celui des peuples comme celui des Etats.

Oui, l’Europe, celle des peuples, celle de la société civile, celle qui nous anime, doit se tenir debout. Elle se doit de ne pas oublier son voisin biélorusse, ces hommes et ces femmes dont la voix est trahie. Elle doit imposer à ses dirigeants cette exigence. Voilà un défi qui s’impose à nous comme il s’attaque à l’âme européenne, celle en laquelle nous croyons tant.

Le Bureau National Les Jeunes Européens - France

Illustration : Logo des Jeunes Européens – France

Vos commentaires

  • Le 23 décembre 2010 à 10:26, par HR En réponse à : À nous de faire entendre la voix d’une majorité de citoyens biélorusses

    Bravo pour la belle envolée lyrique. Et à part ça, concrètement, que proposez vous au "peuple biélorusse" et à "la voix" dont vous le dotez… ?

    Et à part ça, concrètement, que proposez vous au "peuple biélorusse" et à "la voix" dont vous le dotez… ?

    Parce que malgré l’élan, ce magnifique discours butte légèrement sur la réalité, dans l’avant dernier paragraphe précédent la péroraison sur votre "Europe, celle des peuples".

    « Quand la Yougoslavie s’était déchirée, l’Europe avait », certes, « participé au retour à la paix et à la reconstruction ». Mais l’utilisation même du mot "participation" montre qu’il cache mal que l’Union Européenne a échoué à le faire seule. Notamment en raison de liens anciens entre « les peuples » français et serbe d’une part, et allemand et croate d’autre part, qui ont attisé cette nouvelle guerre civile européenne, évidemment habillée des oripeaux horribles des traditionnelles guerres entre "les peuples" et ses "nations".

    Pour qu’au moins la paix revienne dans les Balkans, il a fallu l’intervention du Président des USA de l’époque, Bill Clinton, non pas élu par une majorité des « peuples américains », mais par une majorité des citoyens américains.

    Ce qui renvoie à l’« Horreur » de votre début de ce paragraphe. Car cette « Horreur », sur laquelle je suis au moins d’accord avec vous pour la majuscule, était construite presqu’entièrement sur un vocabulaire qui instrumentalisait « les peuples ». Vous savez, en particulier « Ein Volk »… Mais vous n’avez pas pu oublier que « le petit père des peuples » participât largement à cette Horreur en Europe. Et qu’il était également le « petit père du peuple » de Biélorussie.

    Pouvez-vous nous expliquer en quoi vos « peuples », sont différents de ces « peuples » là ?

    Ah ! Ils sont bien pratiques, "les peuples". On peut leur faire dire "Ein Peuple, Ein Chef, Ein Empire", où "le petit père des peuples". Mais écrire "Ein majorité des citoyens, Ein Chef, Ein Empire", ou "le petit père des citoyens" que ce soit en allemand, en russe, en anglais ou dans n’importe qu’elle autre langue, surtout européenne, ça ne passe pas...

    Voilà un défi qui s’impose à vous comme il s’attaque à l’âme européenne, celle en laquelle nous croyons tant, Jeunes Européens - France : êtes-vous capable d’envoyer un message d’espoir à une majorité de citoyens biélorusses, sans avoir à passer par le vocabulaire du totalitarisme biélorusse actuel qui instrumentalise le « peuple biélorusse » ? Puisque l’idée politique du « peuple » n’est désormais plus véritablement opérante que dans le vocabulaire du totalitarisme en Europe, au détriment de la majorité des gens, notamment en Biélorussie !!! :

    http://www.colisee.org/article.php?id_article=2043

    "Biélorussie : Alexandre Loukachenko se dit sûr de sa réélection en 2006

    samedi 5 novembre 2005

    Le président biélorusse Alexandre Loukachenko s’est dit convaincu, vendredi 4 novembre, de sa réélection en 2006. « Peut-il en être autrement ? Puisque cela vous plaît, je continuerai de travailler », a-t-il déclaré lors d’un déplacement dans la région de Moguilev. « Je vous proposerai mon programme et je vous dirai ce que je vais faire. Les Biélorusses sont un peuple très intelligent, ils comprendront (…) Je ne demanderai à personne de voter Loukachenko. Le peuple ne se trompera pas, si on ne fait pas pression sur lui »

    Le dirigeant biélorusse a rappelé qu’il n’avait « ni volé ni trompé » son peuple. « Regardez ! En dix ans, nous sommes parvenus à sortir du trou où nous étions après l’effondrement de l’Union soviétique ».

    Si une autre personne accède au pouvoir, l’important est qu’il applique une « politique humaine » à l’égard du peuple, a résumé le chef de l’État.

    RIA Novosti/Olessa Loutchaninova/4 novembre 2005".

    On peut faire confiance à Alexandre Loukachenko. Comme le dit très bien ce communiqué, quand on s’appuie sur cette idée que "Les Biélorusses sont un peuple", on peut très bien passer sur ce que veut une majorité des citoyens biélorusses et faire dire ce qu’on veut au "peuple biélorusse" quand il n’a plus d’autre choix que de parler d’une seule voix. On peut faire confiance à un dictateur pour résumer à quoi sert l’idée du "peuple" aujourd’hui en politique : puisque ""Les Biélorusses sont un", autant que ce "un", ce soit le dictateur.

    Oui Jeunes Européens, un défi s’impose à vous : parvenir à faire une proposition politique à une majorité de citoyens de la Biélorussie qui fasse l’économie du mot « peuple » dont abuse le Président Alexandre Loukachenko pour légitimer sa dictature.

    Oui, Jeunes Européens, un défi s’impose à vous en Union Européenne même ! Il a une portée concrète immédiate : votre site annonce que « Les Jeunes Européens rassemblent les jeunes désireux d’agir en faveur d’une Europe fédérale » ?

    Alors, si le projet politique est vraiment d’agir en faveur d’une Union Européenne fédérale, il n’y a strictement aucun doute. Il faut absolument que Jeunes Européens raye définitivement le mot « peuple » de son vocabulaire politique. Parce que dans une Union Européenne Fédérale, il ne peut plus y avoir de « peuples" au sens politique du terme.

    Une Union Européenne fédérale ne pourra se construire que sur les Etats membres et les citoyens de l’Union Européenne.

  • Le 23 décembre 2010 à 12:37, par Aymeric En réponse à : À nous de faire entendre la voix d’une majorité de citoyens biélorusses

    Bonjour,

    Je vous remercie pour « la belle envolée lyrique ». La politique vit aussi de cela.

    Que proposons-nous au peuple biélorusse ? Rien, ce n’est pas notre rôle. Mais nous soutenons activement depuis plus de cinq ans les mouvements d’opposition au président Loukachenko, à travers une action paneuropéenne qui a lieu annuellement dans plus de 100 villes d’Europe, un évènement relayé en Biélorussie, et dont nous savons qu’il tient à cœur des militants biélorusses. Preuve de son utilité, certains de nos participants ont été incarcérés l’an dernier en Russie suite à cette action. Nous avons des contacts réguliers avec des opposants biélorusses, qui ne cessent de nous remercier pour notre mobilisation. Et puisque vous êtes un lecteur assidu du Taurillon, vous avez par ailleurs pu lire cette semaine de très nombreux témoignages de la vie en Biélorussie, une manière de faire vivre au-delà des frontières leur parole. Voilà ce que nous faisons. C’est certes peu, mais croyez bien que c’est le maximum. D’où l’appel à la mobilisation générale de la société civile européenne.

    Vous évoquez l’épisode yougoslave. Si nous avons écrit que l’Europe a participé au retour à la paix, et non pas qu’elle a ramené la paix, il y a une raison. C’est celle que vous évoquez, à savoir que l’Europe a été bien incapable de s’emparer du sujet sans le leadership américain. Nous ne cachons rien, quand l’Europe n’est pas à la hauteur, nous le disons. Mais il s’agit de ne pas oublier non plus qu’elle a largement participé à l’effort de paix. Pour rappel, 84 soldats français sont morts en Bosnie.

    Vous évoquez bien des cas où « les peuples » ont servi d’alibi aux idées les plus noires, du Ein Volk au Petit Père des Peuples. Loin de nous l’idée de le nier. Il n’y a pas de différence entre « ces » peuples et celui que nous appelons de nos vœux, capables du meilleur comme du pire.

    Nous ne prétendons pas parler au nom d’un peuple, nous appelons le peuple européen et surtout sa société civile à s’emparer du sujet biélorusse, bien trop oublié. Nous ne parlons pas au nom du peuple européen, puisque nous fustigeons justement son trop grand silence.

    Enfin, nous ne parlons surtout pas au nom du peuple biélorusse. Cet appel a vocation à défendre son droit à une démocratie et aux droits fondamentaux. Plus que de parler à sa place, nous invoquons simplement son droit à s’exprimer.

    Bonne journée

  • Le 27 décembre 2010 à 13:43, par HR En réponse à : À nous de faire entendre la voix d’une majorité de citoyens biélorusses

    Dans son communiqué qui fait l’objet de l’article qui suit, Mouvement Européen-France donne une réponse plus succinte et plus juste à ce que j’écrivais, en mettant les citoyens et les Etats au coeur de la problématique politique de la démocratisation en Biélorussie comme en Union Européenne.

    En omettant le « peuple » dans le communiqué, Mouvement Européen-France fait l’économie de l’ambiguïté de ce mot favori du discours politique de la dictature biélorusse.

    http://www.taurillon.org/Communique-de-Presse-du-Mouvement-Europeen-France-sur-les-elections

    Le communiqué de Mouvement Européen-France n’en est que plus clair pour les citoyens de la Biélorussie.

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