Allemagne : Misère du blocage...

Où va l’Allemagne nouvelle ?

, par J. S.

Allemagne : Misère du blocage...

A l’heure où l’Allemagne est - ’’Weltmeisterschaft 2006’’ oblige - sous les feux de l’actualité, il nous a paru intéressant de faire le point sur la situation politique, économique et sociale de ce grand pays d’Europe. Et cela, pas seulement sur le plan footballistique...

Juin 2006, l’actualité en Allemagne est marquée par une véritable harmonie et une authentique euphorie sur les terrains de foot.

En revanche sur le terrain politique, quelle est donc l’ambiance au sein de la « Grande Coalition » dirigée par Angela Merkel, six mois seulement après le début de son mandat ?

Tout d’abord il faut savoir que la deuxième « Grande Coalition » de l’histoire de l’Allemagne, conclue entre la CDU/CSU et le SPD, doit plutôt être vue comme un palliatif.

En effet, ni la coalition traditionnelle entre les sociaux-démocrates et l’alliance 90/les Verts (qui gouvernait avant...) ni les chrétiens-démocrates et les libéraux n’ont réussi à gagner séparément les élections générales d’Octobre 2005. Et cela, d’autant plus qu’aucun des partis n’était prêt à se coaliser avec le Linkspartei (le parti de gauche récemment créé et qui avait enregistré des scores étonnamment forts lors de ces dernières élections...).

La mise en place de la « Grande Coalition » est-elle une bonne idée ?

Avant l’élection, les chrétiens-démocrates se distinguaient par une grande volonté à mettre en œuvre des réformes nécessaires afin de relancer l’économie et de rendre l’’’Etat providence’’ allemand plus efficace. Mais, dans le cadre du tandem aujourd’hui constitué avec les sociaux-démocrates, cette volonté politique pourra-t-elle résister aux déboires de la « Grande Coalition » ? Ou se transformera-t-elle en un simple accord minimal entre les deux partis ?

Observons le passé et attardons-nous sur le cas de la première « Grande Coalition » autrefois dirigée par Kurt Georg Kiesinger, entre 1966 et 1969. Celle-ci s’était constituée à la suite de la faillite de la coalition entre la CDU/CSU et le FDP. Or, malgré son déficit de popularité, celle-ci avait été capable de surmonter les grands problèmes économiques et politiques de l’époque.

En revanche, la « Grande Coalition » d’aujourd’hui s’apparente plutôt à une équipe politique rigide, freinée par son harmonie superficielle et une absence de confrontations, ce qui peut être résumé avec le mot clé de « blocage ». Autrement dit, les programmes politiques divergent tellement entre eux que les accords entre les partis ne se font que sur le principe du plus petit dénominateur commun.

Des réformes ?! Quelles réformes ?!

Analysons maintenant la réalité de quelques réalisations politiques mises en œuvre. En ce qui concerne les réformes du marché de travail, du système fiscal et de la politique sanitaire et familiale, une vraie révolution ne peut être attendu avec la « Grande Coalition ».

Par exemple, le programme « Hartz IV » qui est entré en vigueur dans le cadre de l’agenda 2010 en Janvier 2005 (et qui se donne pour objectif la mise en place d’un marché de travail plus efficace...) était critiqué à l’époque par les chrétiens-démocrates et par des économistes allemands. Aujourd’hui, il reste pourtant néanmoins au programme de la « Grande Coalition ».

Quant à la politique sanitaire, les réformes structurelles mises en vigueur par la « Grande Coalition » ne représentent que des changements mineurs ayant pour effets de constituer des coûts supplémentaires et de rendre le système plus complexe encore. Concernant la politique familiale, une allocation parentale qui favorise plutôt les familles à deux salaires a été mise en œuvre. Une telle politique a-t-elle un impact positif sur la démographie stagnante en Allemagne ?

En somme, sans un vrai débat politique et sans confrontation critique entre plusieures options politiques, l’Allemagne a-t-elle les capacités à affronter les défis actuels ? L’Allemagne semble rester dans l’enlisement de ses réformes.

Une opinion publique partagée et insatisfaite

Et le peuple allemand ? Bien sûr, il a conscience de la nécessité des réformes. C’est pourquoi il n’est guère étonnant que la CDU/CSU ait reçu plus de voix que le SPD lors de l’élection fédérale d’octobre dernier. Selon les médias, qui sont plus complaisants vis-à-vis des politiques de la « Grande Coalition » d’aujourd’hui que vis-à-vis de celles menées par la précédente, c’est cependant l’électeur lui-même qui est tenu pour responsable du mauvais fonctionnement du programme « Hartz IV » en tant qu’auteur d’abus.

Des manifestations, comme celles du week-end de Pentecôte à Berlin, regroupant des étudiants, de chômeurs et des adhérents d’Attac, sont devenues plus nombreuses dans les derniers mois en raison de la situation de blocage lié aux réductions sociales engendrées par les réformes. Face au succès des manifestations contre le CPE en France, le mouvement social allemand a choisi comme slogan celui du « parler français avec le gouvernement » (expression ainsi utilisé en allemand pour décrire les relations sociales). Toutefois, il faut mentionner que dans ce contexte la version allemande du CPE est néanmoins entrée en vigueur.

Après cette petite analyse des enjeux politiques de l’Allemagne de la deuxième « Grande Coalition », on peut comprendre que l’insatisfaction des Allemands vis-à-vis de celle-ci a augmenté de 39% en janvier à 66% en mai de cette année. Parallèlement, la popularité de la chancelière Angela Merkel a subi une baisse de 85 à 77%. Certaines voix s’élèvent pour dire que Mme Merkel, toujours vue jusque là comme une femme objective et pragmatique, devrait jouer de plus en plus un rôle de leader et non plus seulement de médiatrice.

Alors, que reste-t-il pour les Allemands, après cette joute oratoire bien fade entre les partis de la coalition ? Comme l’a très bien dit en son temps Ernst Bloch, on peut toujours avoir recours à l’espoir.

En l’occurrence, une victoire de l’équipe nationale de foot recréerait là un espoir national similaire au fameux « miracle de Berne » lors de la Coupe du monde 1954, à l’image des succès de la France en 1998.

- Illustration :

Photographie du Reichstag, vue intérieure (Sources : flickr).

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Vos commentaires

  • Le 13 juillet 2006 à 16:51, par Ronan Blaise En réponse à : Allemagne : Misère du blocage...

    Finie, l’euphorie de la Coupe du monde au pays du Mundial : la vague des réformes adoptée ces dernières semaines par la coalition mécontente désormais visiblement tout le monde, affaiblit le pouvoir et aiguise les ambitions rivales.

    C’est en tout cas ce qu’on peut en lire dans le numéro 819 de l’hebdomadaire ’’Courrier International’’ de ce jeudi 13 juillet 2006, page 12, au travers deux articles tirés de la presse allemande.

    ’’On promet de financer les coûts sociaux par l’impôt, mais on augmente les charges sociales ; on promet de consolider le budget, mais on creuse le déficit ; on veut supprimer la bureaucratie, mais on adopte la loi antidiscrimination et on crée un nouveau fonds de santé.’’ Triste bilan, analyse « Die Zeit » , l’hebdomadaire libéral de Hambourg.

    ’’Comment va Angela Merkel ? Elle est en chute libre dans les sondages ; attaquée de tous côtés pour une réforme du système de santé qui devait être une fusée éclairante mais s’est transformée en pétard mouillé ; raillée, mise en garde, rappelée à l’ordre pour son inaptitude à gouverner d’une main ferme ; patronne d’une coalition gouvernementale qu’on accuse à nouveau d’être viciée à sa base, qu’on n’entend surtout pas renouveler pour un second mandat et qu’il faudrait même remplacer par quelque chose de mieux avant la fin du premier...’’ surrenchérit la « Frankfurter Rundschau », le quotidien de gauche de la capitale économique de la république fédérale.

    Et pourtant il serait faux de croire que la coalition est au bord de la rupture : ’’Les divergences ne sont pas aussi fondamentales que ce que veulent faire croire les divers protagonistes. Si Angela Merkel, chancelière chrétienne-démocrate, se distingue de Gerhard Schröder, son prédécesseur social-démocrate, c’est moins par son idéologie que par son parcours. Le SPD envisage les mesures que doit prendre le capitalisme rhénan pour s’adapter à la mondialisation avec plus de ménagements que la CDU, mais les deux partis n’ont pas de divergences sur le fond.’’

    ’’On peut accorder à Merkel que ses louvoiements - un coup on augmente les impôts, un coup on réduit les impôts - reflètent, même si c’est de façon médiocre, la douvble mission que lui ont confiée les électeurs et qui, en ce qui concerne la réforme de l’Etat social, peut se traduire ainsi : nous voulons des réformes, mais nous ne voulons pas les sentir. En d’autres termes : donne-nous le beurre et l’argent du beurre. (...) La grande coalition avait à cet égard un discours prometteur : nous pouvons y arriver, avec un peu de bonne volonté, à condition de rester calmes et de nous occuper de régler les vrais problèmes, au lieu de chercher à flatter notre propre égo [un reproche jadis adressé au chancelier Schröder].’’

    Pourtant, bien gouverner l’Allemagne, ce n’est visiblement pas si simple que cela...

  • Le 11 avril 2011 à 02:15, par hh En réponse à : Allemagne : Misère du blocage...

    c est une honte on envoie pas travillerdes gens pour 1 euro par heure !! pourquoi il n y a pas de revoltes ? si en france on ferait ca les pole emploi brulerai ! le rsa local est de 359euro pour 1 personne donc si elle travaille pour 1 euro de l heure 35 heure elle avoir 35 euro par semaine et donc un peu pres 150 euro + les 359 euro de son rsa allemantc est à dire 550 euro en gros c’est de l esclavage

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