Le nationalisme de Gauche est de retour... Et lorsque nous lisons l’interview de M. Bernard Cassen (ancien Président d’Attac) récemment donnée à « touteleurope.fr », nous ne pouvons qu’en frissonner. Et quand l’ancien chef de la principale organisation alter-mondialiste prône ainsi le repli nationaliste, nous lui adressons un carton rouge !

Le déni du Présent

Ce qui est frappant dans les propos de Bernard Cassen, c’est qu’il semble se dire dépositaire d’une vérité : « Ah, si on avait dit aux peuples qu’ils pouvaient voter non, on aurait alors eu un véritable raz de marée... ». Comme en témoigne encore, par exemple, cette phrase : « En Allemagne, s’il y avait eu un référendum, tout le monde sait bien le "non" l’aurait emporté. »

Mieux : non content de s’exprimer ainsi à la place des peuples européens, l’ancien président d’Attac n’hésite pas à sous-entendre que dans les pays où les populations ont voté « oui », on le regretterait aujourd’hui amèrement... Comme exercice de politique-fiction, ce n’est déjà pas si mal.

Puis M. Cassen continue dans son scénario d’un dernier référendum ’’vertueux’’ : « Si le traité qui nous a été proposé avait seulement consisté en quelques dispositions institutionnelles, on ne se serait pas mobilisés. » Encore une fois, on revient à la thématique éculée de la Constitution « libérale »...

Mais ce que M. Cassen oublie de dire, c’est qu’aujourd’hui, ce sont surtout ces dispositions économiques - actuellement en vigueur - que nous avons toujours. Et le fait d’avoir voté « non » ne change rien puisque la fameuse Partie III du Traité Constitutionnel pour l’Europe (TCE) était déjà en application. Alors, franchement, il faudrait savoir...

Le nationalisme comme référence

Ce qui est surtout choquant dans cette interivew, c’est après tout une confirmation de ce que nous avions décrypté durant la campagne : les discours nationalistes de Droite... et de Gauche sont des justificatifs suffisamment puissant pour refuser la poursuite de la construction européenne.

Il n’hésite d’ailleurs guère à le dire : « Certains disent que le retour au national est un retour en arrière mais, au contraire, c’est un pas un avant. » Dans un monde globalisé financièrement, tout en étant mondialisé dans ses moyens de communication et d’échanges, cette vision du réel paraît quand même sacrément déconnectée.

Comme nous ne sommes pas à un ou deux paradoxes près, M. Cassen se contre-dit sur l’existence d’un peuple européen. Après l’avoir carrément rejeté en disant que « Or, ce peuple européen n’existe pas. Pour l’instant, il y a vingt-cinq peuples », il n’hésite pas à recourir à sa légitimité pour dire non (c’est plus facile que de proposer) « des référendums européens pour refuser certaines directives. » Mais s’il n’y a pas de peuple européen, comment peut-il refuser ou accepter un référendum ?

L’Europe ne serait bonne qu’à régler des problèmes globaux tels que « l’espace aérien ou l’environnement. » Mais comment régler ces problèmes sans Union politique ? En se contentant d’attendre de bonnes solutions issues de Conférences Intergouvernementales ?! Pour un défenseur des « peuples », ce n’est pas très sérieux.

Un vocabulaire truffé de références d’extrême gauche

En même temps, est-il étonnant d’entendre ce type de discours de la part d’un dirigeant développant un discours d’Extrême Gauche ? Toute la thématique révolutionnaire (se voulant marxiste) est bien là, rôdée. Pour commencer, la théorie du complot des dirigeants qui veulent priver les peuples de leur droit à choisir de dire « non » au TCE (l’autre hypothèse n’étant même pas envisagée), comme nous l’avons dit plus haut...

Au-delà même de l’application quasi-permanente au principe de concurrence libre et non faussée (qui empêche aussi au passage que les grands Etats de l’Union s’accordent pour imposer leur loi économique aux plus petits pays...) de tous les maux à tout bout de champs, la mise ne place d’un marché commun des services ne serait là « uniquement [que] pour créer les conditions du dumping social et fiscal. »... La Directive sur les services même changée largement par rapport à son origine ne serait qu’ « une directive totalement scélérate ». Où l’on retrouve la thématique du complot contre les peuples. Dont les évidences seraient là : « il est évident que le patronat était plus que favorable à une libéralisation du marché des services. »

Enfin, on y est ! Le Peuple ne peut pas arriver à prendre conscience de sa condition de classe prolétarienne à cause des patrons-gouvernants... « Une législation européenne serait libérale par définition. Les services publics ne tombent pas du ciel, ils ont une histoire, ils sont le produit de luttes dont la Commission voudrait faire table rase pour tout homogénéiser vers le bas. »

La construction européenne ne pourrait produire qu’une idée « libérale » (ici dans le sens ’’ultra-capitaliste’’, donc). Que se cache-t-il derrière ce discours ? Il faut une « autre Europe », fondée sur d’autres principes : «  Il faut instaurer comme norme supérieure non plus la concurrence mais la solidarité ». L’Europe n’a donc rien produit, même si l’Espagne ou d’autres pays ont pu se développer grâce à la solidarité européenne justement...

Encore une fois, le révolutionnaire d’extrême gauche ne peut que tout raser puisque l’Europe est pervertie à sa source : « Ce qu’il faut, c’est changer complètement les règles. »

Conclusion : pas d’espoir aux extrêmes...

Nous le savions avant mais nous en avons encore la confirmation : ce n’est pas aux extrêmes que nous trouverons les solutions pour permettre la construction de l’Europe. Au contraire, elles se rejoignent pour nous proposer un repli nationaliste sur notre continent, chacune à sa manière, chacune avec son raisonnement nauséabond.

Cependant, est-ce que le peuple de France est à jamais divisé entre ceux qui ont voté « oui » et ceux qui ont voté « non » ? L’antagonisme exprimé quant aux projets de société proposés à l’occasion de ce référendum du 29 mai 2005 est évident. Mais cet antagonismre mérite et doit être dépassé en revenant à l’essentiel.

En effet, nous devons rétablir le débat tel qu’il doit être posé : quelles sont les institutions politiques qui permettront à l’Europe de pouvoir affirmer dans le monde les valeurs qui unissent les Européens ? Avec quelles étapes ?

S’il y a bien un terrain sur lequel pourraient éventuellement se rejoindre ceux qui voulaient plus de protection sociale (car il y en avait bien dans les deux ’’camps’’ du dernier vote référendaire...), c’est bien celui de la réforme institutionnelle.

L’Europe fédérale est, à ce sujet, une solution qui doit être clairement proposée aux citoyens. Plutôt que quelque chimérique « autre Europe » dont certains prétendent aujourd’hui faire la promotion tout en se gardant bien de la définir... N’est-ce pas M. Cassen ?!