Chute du Président Pacolli – Le Kosovo dans l’impasse

, par Pierre Bonifassi

Chute du Président Pacolli – Le Kosovo dans l'impasse

Au sortir d’élections générales mouvementées, marquées par de lourdes fraudes et l’explosion d’affaires de corruption et de trafic d’organes, les pronostics de survie de la nouvelle coalition PDK-AKR n’étaient guère optimistes. Après un mois d’exercice controversé du pouvoir, le pays semble être de nouveau parti pour de longs mois de crise.

Comme en septembre 2010 et la démission de Fatmir Sejdiu, c’est une nouvelle fois la présidence qui risque de faire tomber le gouvernement : la Cour constitutionnelle du Kosovo a en effet invalidé, le 28 mars dernier, l’élection du président Behgjet Pacolli.

Aujourd’hui plus que jamais, le Kosovo se retrouve dans l’impasse.

Sorti vainqueur des élections, le PDK a dû composer avec un paysage politique aussi fragmenté qu’hostile à son égard. Le parti majoritaire ne pouvait compter que sur un faible soutien de l’AKR, cinquième force seulement du pays, menée par Behgjet Pacolli.

Les partis d’opposition (LDK, AAK et Vetëvendosje) ne reconnaissant ni l’issue du scrutin, ni l’autorité gouvernementale, ni la légitimité politique et morale de l’industriel ont alors boycotté l’élection de ce dernier, le 22 février. Sur les 120 députés de l’Assemblée, les deux tiers au moins (soit 80) devaient se prononcer pour l’élection de Pacolli, mais seulement 67 étaient présents au moment du vote.

Faute de quorum, la Cour constitutionnelle a donc invalidé l’élection, faisant tomber Pacolli et redonnant à Jakup Krasniqi, président de l’Assemblée, le poste de président intérimaire.

Seulement, la destitution de Pacolli remet en question le fondement même de la coalition gouvernementale. L’AKR n’avait en effet pour objectif que la présidence de la République, fonction aux pouvoirs honorifiques mais à l’exposition médiatique importante, notamment dans le contexte des négociations avec la Serbie.

Si l’accord tombe, le PDK, faute de partenaires, n’aura d’autre choix que d’appeler à l’organisation de nouvelles élections. Toutefois, celles-ci ne sauraient être une solution crédible ni pérenne pour le pays. En effet, le système électoral proportionnel, tel qu’il est en vigueur au Kosovo, favorise les jeux d’alliances de circonstance fragilisant ainsi toute formation gouvernementale.

Au terme d’éventuelles élections, et si le paysage politique ne change pas radicalement d’ici là, la classe politique kosovare aurait donc à résoudre les mêmes problématiques qu’aujourd’hui. Ce système électoral, imposé au Kosovo, a été marqué par la formation de sept gouvernements en neuf ans. Sa refonte était pourtant l’une des priorités du gouvernement.

Dépouillement des bulletins à Kqiq, 23 janvier 2011 - par Pierre Bonifassi

Un climat social et politique délétère

La position du PDK, excellente à l’aube des élections de décembre, est désormais on ne peut plus délicate, laissant rejaillir sur la place publique ses fortes dissensions internes. Hashim Thaçi, décrédibilisé par les affaires et désavoué publiquement, semble ne plus être capable de contrer les attaques de ses rivaux.

Parmi eux, Fatmir Limaj, ancienne figure de proue de l’UCK et leader du grand bastion PDK de Malishevë, a été arrêté il y a deux semaines par EULEX, accusé de crimes de guerre. Politiquement hors-jeu, il risque toutefois d’en emporter plus d’un dans sa chute, jusqu’à lever les zones d’ombres qui entourent l’implication du Premier ministre dans les diverses affaires qui secouent le pays.

Le Kosovo poursuit inexorablement sa fuite en avant, dans un climat politique et social délétère. Les repères auxquels le pays pouvait encore s’accrocher semblent vaciller : La classe politique est suspectée de toute part et les têtes commencent à tomber, le procès aussi douloureux que nécessaire de l’UCK met lourdement en péril l’image déjà bien écornée d’un Kosovo indépendant, la libéralisation des visas et l’intégration européenne sont quant à elles suspendues aux péripéties gouvernementales…

Et lorsqu’enfin le budget est finalement voté par le Parlement après de longs mois d’attente, adoptant une augmentation nette des salaires, promesse de campagne aussi spectaculaire que précaire, c’est au FMI de suspendre son aide financière au pays…

Tous les voyants politiques, sociaux et économiques sont désormais au rouge. Le Kosovo, dans l’impasse, a-t-il seulement le temps de faire demi-tour ?

Cet article a fait l’objet d’une première publication sur le chant des merles, le blog de Pierre Bonifassi.

Photo : « Kosovo » par Radio Nederland Wereldomroep, certains droits réservés.

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