Révolution orange

Comment l’Europe peut aider l’Ukraine à conserver les acquis de la révolution orange ?

, par Katarzyna Korolko

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Comment l'Europe peut aider l'Ukraine à conserver les acquis de la révolution orange ?

En Ukraine, il y a des tensions dues à la dissolution du parlement décidée par le Président pro-occidental Ioutchenko. Il y a toujours un risque de guerre civile ou de fin de la Révolution Orange. Revenons sur l’un des ses enjeux principaux : raccrochée Ukraine à l’Europe. Est-ce que cela est toujours possible ?

En 2004, la crise du régime communiste et la détermination de la nation ukrainienne ont conduit à la révolution orange. L’Ukraine a décidé de bouger de l’intérieur de système et de lui faire emprunter la voie de la démocratie. Les élections libres en ont été la première manifestation. De nouvelles élites ont surgi.

Deux ans après, il est devenu clair que ces nouveaux dirigeants n’étaient pas capables de rétablir rapidement l’ordre politique et économique. En 2006, Viktor Ianoukovitch, symbole de l’ancienne dictature et adversaire du président Iouchtchenko dans les dernières présidentielles, est revenu sur la scène politique ukrainienne en tant que premier ministre. A quelques mois des élections parlementaires (26 mars 2006), Moscou a utilisé son dernier argument pour faire pression sur l’Ukraine, c’est-à-dire le prix du gaz…

Raccrocher l’Ukraine à l’Union européenne pour avoir son indépendance

Les gouvernants ukrainiens ont entrepris de faire de l’Union Européenne une perspective pour sortir le pays de la crise permanente. Cela ne signifie pas que l’idée de l’intégration dans les structures européennes ne soit apparue que maintenant.

Les relations entre l’Ukraine et l’Union européenne ont été réglées en 1998, par un Accord de Partenariat et de Coopération (APC). Un an après (en 1999), le conseil européen d’Helsinki a adopté une stratégie commune de l’Union Européenne envers l’Ukraine. Mais ce qui n’a pas été possible au temps du régime de Leonid Koutchma (pro-russe), est devenu une devise de la révolution orange. Aujourd’hui, l’adhésion à l’Union Européenne représente un objectif stratégique du pays ukrainien et une priorité de sa politique étrangère. Pourquoi ?

Tout d’abord, parce que le fait d’être reconnue par les pays d’Europe occidentale comme un partenaire européen, et d’être intégrée dans les structures politiques et économiques européennes, représente pour l’Ukraine la meilleure garantie possible de son indépendance. Craignant une réintégration à la Russie (à l’instar de ce que risque la Biélorussie), l’Ukraine considère l’Union Européenne comme un protecteur potentiel en cas de renaissance des tendances impérialistes russes et comme un facteur significatif de stabilisation à l’intérieur du pays.

Le soutien de l’Occident dans le processus d’assainissement de l’économie ukrainienne, ainsi que l’établissement des relations économiques bilatérales jouent ici un rôle marquant. Les dirigeants ukrainiens comptent sur une assistance réelle de la part de l’Union européenne. Elle espère profiter de la même solidarité que les anciens pays de l’Est au moment de leur intégration à l’Union européenne.

L’Europe pour faire prospérer la Démocratie en Ukraine

En plus, l’Union européenne est synonyme de fortes valeurs démocratiques. Chaque pays adhérant est obligé de les respecter. C’est l’argument le plus significatif non seulement pour les élites, mais aussi (ou plutôt avant tout) pour les citoyens.

L’intégration économique renforcera les règles du marché qui sont encore fragiles en Ukraine. Ainsi, l’appartenance aux structures politiques de l’Union européenne garantirait sa souveraineté territoriale en même temps qu’économique - en particulier au moment où l’Europe commence à parler d’une seule voix à propos des questions énergétiques. A celles-ci, l’Ukraine semble être particulièrement sensible.

Il n’y a aucun doute que l’Ukraine est une nation européenne. Son implication dans l’histoire de l’Europe ainsi que ses traditions riches en témoignent clairement. Au-delà des raisons politiques et économiques, la révolution orange a été la preuve d’un sentiment d’appartenance au « vieux continent européen » et pas seulement à une histoire slave.

La dissolution du parlement a ouvert une nouvelle étape de la crise ukrainienne. Le choix du Président Iouchtchenko porte un prix fort. La victoire éventuelle du camp pro-russe du Premier ministre Ianoukovitch signifierait la division plus profonde de la société et le retour dans l’orbite des influences russes. Quant à l’adhésion à l’Union européenne, elle serait beaucoup moins probable…

Illustration : photographie de Wiktor Juschtschenko lors de la Révolution orange. Origine de la photographie : wikicommons.

Sources :
- « Les rapports russo - ukrainiens : empire ou démocratie ? », Annie Daubenton, Politique étrangère, 3/2002
- « L’Ukraine joue son unité et son identité », Thierry de Montbrial, Le Monde, 16 décembre 2004
- « Révolutions en trompe-l’oeil à l’Est », Le Monde diplomatique, octobre 2005

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Vos commentaires

  • Le 16 avril 2007 à 10:21, par Ronan En réponse à : Comment l’Europe peut aider l’Ukraine à conserver les acquis de la révolution orange ?

    Il me semble que l’actuelle problématique mise en exergue dans cet article (i.e : Ukraine, à l’Ouest ou à l’Est ? Ukraine : entre Europe et Russie...) ne vaut véritablement que tant que la Russie connait un régime semi-autoritaire (comme c’est effectivement le cas aujourd’hui) et que tant que la Russie exprime en effet encore des ambitions impériales... (idem).

    Pour le reste, il est clair que la société ukrainienne est aujourd’hui très profondément divisée sur cette question. Tant il est clair que si bon nombre d’Ukrainiens rêvent d’Europe, a contrario, bon nombre d’entre eux souhaitent également conserver des liens étroits avec la Russie. Donc les choses étant ce qu’elles sont, il me paraît ici bien imprudent de jeter de l’huile sur le feu en privilégiant - a priori - telle option sur une autre...

    Bref, si l’exigence démocratique à l’égard de la Russie et en Ukraine doit effectivement être l’un des points forts de la diplomatie communautaire avec son voisinage proche, il me semble que l’UE aurait bien tort de faire à l’Ukraine des promesses inconsidérées (voire de l’agit prop’) qui pourraient bien avoir de facheuses conséquences pour toutes les parties (ne serait-ce qu’entre Ukrainiens).

    Quant à l’avenir : un partenariat euro-russe, dispositif dans lequel l’Ukraine aurait le rôle privilégié d’être un ’’pont’’ entre les partenaires (et pas d’un énième champ de bataille en bordure de frontière...). Pour ce faire : la démocratie en Russie. Rendre possible l’avènement d’une démocratie russe enfin débarassée de ses horripeaux national-impérialistes et autoritaires, voilà en effet un combat ’’jeune, européen et fédéraliste’’ qui mérite d’être mené.

    Car - comme l’ont relativement bien montré la construction européenne et l’évolution politique de nos pays d’Europe au XXe siècle - quand certaines conditions bien particulières sont réunies, le nationalisme ’’peut’’ être soluble dans la démocratie (de même que peuvent sans doute l’être certaines lignes de fractures au sein de la société ukrainienne, et de même pour l’actuelle imbécile ’’tension’’ euro-russe).

    Tant il est vrai qu’Européens de l’UE, Ukrainiens et Russes ont - pour l’avenir - décidément trop de choses à faire ensemble pour perdre ainsi leur temps à se livrer à une telle concurrence stérile (voire dangereuse) ainsi qu’à de tels combats (rivalités) d’arrière garde...

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