De la cacophonie à la coordination minimale, l’Europe gère la crise dans un fragile équilibre

, par Laure van di Strepen

De la cacophonie à la coordination minimale, l'Europe gère la crise dans un fragile équilibre

Il aura fallu du temps, un temps pourtant précieux en période de crise, à l’Eurogroupe (les quinze membres de l’Union Monétaire et Economique ainsi que Gordon Brown, Jean Claude Trichet, José Manuel Barroso, présidés par Jean-Claude Junker) pour décider de se réunir en sommet, dimanche 12 octobre.

La réunion de l’Eurogroupe, dans la foulée du G7 et du G20 à Washington vendredi, a été perçue comme un soulagement, même si son existence témoigne de la fragilité de la gouvernance européenne. Les Etats membres se sont mis d’accord sur des mesures communes : garantir les prêts interbancaires afin de garantir les liquidités et recapitaliser les banques afin d’en garantir la solvabilité.

A l’échelle européenne, ce sont ainsi 1.300 milliards d’euros qui seront injectés dans ce plan de sauvetage décidé conjointement et appliqué isolément. Car s’ils sont tous d’accord sur les principes, ce qui est déjà une avancée notable, les Etats européens ont gardé l’apanage de la mise en pratique.

En effet, on aurait pu aller plus loin, en instaurant une supervision européenne du système bancaire, par exemple. Ou encore en permettant à la BCE de financer les entreprises non bancaires, en se substituant aux banques, comme le fait actuellement la Fed. Mais voilà, la BCE est figée dans ses mandats, qui lui donnent pour seul objectif de ramener l’inflation à 2%. Et ce mandat est fixé par un traité, révisable uniquement par une lourde procédure.

Mais l’Eurogroupe, s’il ne peut pas satisfaire les fédéralistes, a au moins le mérite de palier au « triomphe de l’improvisation » et au « vide stratégique » dont ont fait preuve les dirigeants européens au début de la crise, pour reprendre les écris de Nick Whitney au sujet de la politique européenne de sécurité.

Car une chose est sure : en économie ouverte, les politiques économiques ne peuvent être efficaces que si elles sont coordonnées. Or, dans une économie intégrée et unique où les flux de capitaux circulent parfaitement, comme c’est le cas de l’Union Monétaire et Économique, les chefs d’état et de gouvernement n’ont plus l’apanage de leur politique monétaire et budgétaire. Ou si peu.

Paradoxalement, cette crise aura peut-être du bon pour la construction européenne

Suite à la réunion d’un improbable et discriminatoire G4, réunissant la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, les décisions des dirigeants sont ressorties confuses, voire contradictoires. Les Etats membres ont donné la vague impression de vouloir jouer « cavalier seul ». D’abord, l’Allemagne a rejeté l’idée de constituer un fond de sauvetage européen de 300 milliards d’euros, avant de mettre en avant son propre plan de sauvetage en garantissant les dépôts, prenant le pas de l’Irlande.

L’hebdomadaire britannique The Economist s’amuse : « Dans une nécessité d’imposer une semblance de coordination dans le chaos », les autres pays membres ont du harmoniser le plafond de garanties des dépôts à 50 000 euros, afin d’éviter les effets d’aubaine et de distorsion de concurrence. Cette cacophonie n’a fait qu’ajouter un vent de panique sur les places financières, qui reflètent les anticipations des investisseurs, en dépit des appels de Jean-Claude Trichet à « reprendre ses esprits ».

Paradoxalement, cette crise aura peut-être du bon pour la construction européenne. Elle aura illustré que les états européens ne peuvent plus faire cavalier seul. Elle aura démontré que la BCE est un géant à l’étroit dans un costume étriqué. Mais surtout, elle aura prouvé que l’Europe ne peut pas, à terme, exister sans un organe décisionnel réactif en matière de politique monétaire.

Illustration : photographie issue du site de la Commission européenne.

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