Personnalité

Décès de Raymond Barre : un homme d’Etat européen nous a quitté

, par Marc Augoyard

Décès de Raymond Barre : un homme d'Etat européen nous a quitté

Le Taurillon rend hommage à Raymond Barre, homme politique français décédé ce samedi 25 août 2007. Nous ouvrons exceptionnellement nos colonnes à un membre d’un parti politique, l’UDF qui a été sa famille d’idée (même s’il n’a jamais pris sa carte). Nous célébrons ainsi l’action d’un homme politique au fort engagement européen.

Raymond Barre était un homme d’État. Son action et ses engagements au service de notre pays et de nos concitoyens ont été immenses.

À chaque fonction qu’il a exercée, que ce soit à Bruxelles, à Paris ou à Lyon, il a apporté beaucoup au service de ses convictions et de ses concitoyens. En tant qu’Européens, nous lui devons l’euro, en tant que Français nous lui devons une certaine idée de la démocratie et en tant que Lyonnais de vivre dans une vraie métropole européenne ouverte sur le monde et sur ses habitants.

Il n’a jamais hésité à agir au nom de l’intérêt général, au dessus des clivages partisans, au nom d’une certaine idée de la Politique. C’est sur cette idée du rassemblement qu’il a tenté l’aventure présidentielle en 1988. Il a été l’un des précurseurs du mouvement cherchant à ne plus couper inexorablement le pays en deux.

Il a aussi fondé son action sur une notion parfois oubliée : le respect de la conscience des citoyens. Il estimait qu’il ne fallait pas les prendre pour moins intelligents qu’ils ne sont.

Raymond Barre était aussi un homme d’Europe. Son action à la Commission européenne a été saluée de tous. Alors vice-président de la Commission chargé des affaires économiques et monétaires, il a, par plusieurs rapports, initié la longue marche vers l’union économique et monétaire. Ses propositions ont pavé la voie aux différents plans et résolutions des chefs d’État ou de gouvernement dans les années 70 lorsqu’ils avaient tenté une première grande réflexion sur la réalisation de l’union monétaire.

Ainsi, le plan Werner, du premier ministre luxembourgeois qui prévoyait la réalisation d’une union monétaire par étapes jusqu’en 1980, s’est fortement inspiré des propositions de Raymond Barre. Le plan Delors qui a abouti à l’union économique et monétaire que nous vivons aujourd’hui s’est largement appuyé sur ces travaux. Lorsqu’il deviendra premier ministre et ministre des finances, Raymond Barre jouera un rôle clé dans la création et la défense du système monétaire européen (SME).

Son engagement européen était sans faille. Il n’a pas hésité à sortir de sa retraite en 2005 pour appeler nos concitoyens à voter en faveur de la Constitution européenne, ce projet politique qu’il n’a eu de cesse de porter à chacune des fonctions qu’il a exercées.

Raymond Barre va manquer aux paysages politiques français et européen. Surtout à des moments où la France et l’Europe font face à de grands défis, sa voix, ses conseils et sa sagesse auraient été plus que pertinents.

C’est à la jeune génération qu’il importe maintenant de continuer ses actions pour Lyon, pour la France et pour l’Europe, dans l’esprit qui le caractérisait : la liberté, l’honnêteté, le respect.

Illustration : Raymond Barre en visite à Washington le 15 septembre 1977, source : Wikicommons

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Vos commentaires

  • Le 27 août 2007 à 07:41, par Valéry En réponse à : Décès de Raymond Barre : un homme d’Etat européen nous a quitté

    Raymond Barre restera avec Jacques Delors, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, un des rares hommes d’État français à avoir eu une démarche véritablement européenne lorsqu’il était au pouvoir. Merci de cet article qui rappelle sa contribution.

  • Le 27 août 2007 à 11:01, par Fabien Cazenave En réponse à : Décès de Raymond Barre : un homme d’Etat européen nous a quitté

    Il est vrai que dans cet article, il n’est pas fait mention des polémiques sur les déclarations antisémites à la fin de sa vie de Raymond Barre.

    Ces propos avaient choqué (à juste titre) à l’époque beaucoup de monde.

    C’était d’autant plus choquant qu’il y avait un décalage avec la foi en une culture humaniste commune à toute l’Europe que Raymond Barre avait prononcé à plusieurs reprises (même à l’époque du rideau de fer...).

  • Le 27 août 2007 à 13:06, par KPM En réponse à : Décès de Raymond Barre : un homme d’Etat européen nous a quitté

    Je ne crois pas que Raymond Barre ait été antisémite. Les déclarations polémiques en question ont été sorties de leur contexte et montées en épingle par des personnes désireuses de ternir la réputation de cet homme politique gênant.

    Le fait est que Raymond Barre ne faisait pas attention à sa communication. Il répondait aux questions en toute honnêteté, sans songer à l’exploitation qui pourrait en être faite. Et si l’on regarde de plus près ce qu’on lui reproche exactement, on trouve :
    - une expression maladroite en direct dans le journal de TF1, qu’il a corrigée dès qu’il s’est rendu compte qu’elle ne reflétait pas sa pensée
    - une interview donnée à France Culture au printemps dernier dans lesquelles il exprime :
    — une dénonciation des méthodes d’un lobby qui se trouve être juif de gauche (il aurait pu être n’importe quoi d’autre, ce n’est pas sa judaïté qui lui est reprochée, mais ses méthodes), en réponse à une question du journaliste ;
    — son estimation que Maurice Papon a été un bouc émissaire qu’on a fait payer pour tous les collabos que la Libération a blanchi en toute connaissance de cause (toujours en réponse à une question du journaliste) ;
    — un jugement de valeur sur la personnalité de Bruno Gollnisch (et non sur ses idées, qu’il combat notoirement), également en réponse à une question du journaliste.

    Je ne vois là-dedans rien de choquant, si ce n’est l’association entre les trois dernières opinions au sein de la même interview. Notons que cette association n’a pas été faite par Raymond Barre (contrairement à d’autres associations d’aussi mauvais goût faites par un des candidats à l’Élysée), mais par le journaliste... J’ai du mal à croire que des questions aussi différentes aient été posées innocemment dans la même interview.

    Et quand bien même on maintiendrait une ferme condamnation de ces propos, je trouve assez injuste de donner à ces quelques écarts (deux courts épisodes dans toute sa carrière) plus de poids qu’à tout son discours politique et à son action, toujours fermement opposé à toute forme de discrimination et d’antisémitisme. Je ne crois vraiment pas que la communauté juive, pas plus que tout autre communauté, ait eu à souffrir d’une quelconque discrimination de la part de Raymond Barre.

    Raymond Barre ne cherchait pas la provocation, il se contentait d’assumer ses opinions lorsqu’on les lui demandait. Je préfère mille fois cette transparence à la communication tous azimuts de nombreuses autres personnalités politiques, qui prétendent un jour défendre ce qu’ils ont honni la veille (et vice-versa), simplement parce que ça leur permet de gagner un point dans les sondages.

  • Le 29 août 2007 à 12:08, par Emmanuel Vallens En réponse à : Décès de Raymond Barre : un homme d’Etat européen nous a quitté

    Rien de choquant ? Admettons pour la maladresse sur les « Français innocents » par opposition aux « juifs coupables » (je cite) dans l’affaire de l’attentat de la synagogue de la rue Copernic.

    Qu’un homme politique averti dérape successivement sur « LE lobby juif » (et non « un certain lobby juif de gauche) ; sur Maurice Papon qui n’avait pas de raison de démissionner, la Shoah ne relevant pas d’après Barre d’un »intérêt national majeur« (question : c’était sans doute pour lui aussi un »point de détail") ; sur Bruno Gollnish dont les sorties soigneusement maîtrisées sur la Shoah lui paraissent être des opinions parfaitement respectables ; tout cela constitue un faisceau de présomption qui dépasse quand même largement la naïveté et la maladresse. Et répondre aux questions des journalistes n’est pas une excuse : ce type a quand même été premier ministre ; il faudrait pas non plus pousser.

    Je vous renvoie à l’excellente tribune de Claude Lanzmann dans Libé : http://www.liberation.fr/rebonds/238900.FR.php

    Plus largement, leur engagement partisan au sein de l’UDF/Modem ne devrait pas aveugler certains. L’UDF a, heureusement pour elle et pour la France, énormément évoluée. Mais il ne faut pas oublier qu’elle se rattache à l’origine à la vieille famille du centre-droit démocrate-chrétien attrape-tout (les ordures comme les gens bien) et non dépourvu des bons vieux préjugés antisémites d’antan ; Raymond Barre en est la preuve. Toutes les mouvances politiques ont leur part d’ombre ; ce n’est pas à leur honneur de chercher à les nier ou les occulter.

    Finalement, qu’un homme soit un grand Européen n’est malheureusement pas un certificat absolu et définitif de moralité ou de grandeur d’âme. Après tout, même chez Hitler ou chez Napoléon (je ne compare pas les deux, mais aucun n’est un modèle de démocratie ou de respect de l’Etat de droit), on peut trouver de magnifique phrase sur l’unité européenne.

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