Dans un article intitulé Je ne participerai pas aux élections européennes, sauf si… l’auteur s’en prend au Parlement européen, à l’euro et, plus largement, à la construction européenne au travers d’une argumentation bancale et sans véritables fondements. Droit de réponse.

L’auteur prétend que le Parlement européen ne sert à rien, ne disposant d’aucun réel pouvoir, à part voter le volet « dépenses » du budget, et n’étant utile que pour les élus grassement rétribués. La rémunération des élus est, certes, généreuse, mais absolument pas choquante comparée aux salaires et autres avantages dont jouissent les parlementaires français ou italiens. Quant au premier point – les compétences du Parlement – l’auteur doit ignorer que le Traité de Lisbonne a élargi les compétences du Parlement européen qui, plus d’une fois au cours de la législature qui s’achève, a forcé le Conseil ou la Commission à revoir leurs propositions (cf. par exemple, les négociations sur ACTA, les transferts de données des passagers aériens aux États-Unis, etc.). De plus, le Parlement européen vote l’ensemble du budget ; s’il ne peut pas décider du montant des contributions nationales au budget européen, il peut toutefois opposer son veto à un budget qui serait insuffisant à ses yeux. La vigueur des débats au sujet du cadre financier multi-annuel 2014-2020 le démontre.

S’agissant de l’argument d’un pouvoir exclusivement exercé par les technocrates de la Commission européenne et ceux de la Banque Centrale européenne qui n’ont de comptes à rendre à personne, il est ridicule et, malheureusement, également banal. Contentons-nous de relever le fait que toute initiative législative de la Commission doit être adoptée par le Parlement (qui trouve donc encore une raison d’être) et le Conseil. Quant à l’indépendance de la banque centrale, elle est une caractéristique de toute banque centrale crédible.

L’auteur en vient ensuite aux raisons de s’abstenir lors des prochaines élections européennes. Son premier argument met en cause la démocratie indirecte, tombant dans une exagération pathétique. Il n’y a aucune représentation allant au-delà du second degré, dans l’UE. Autrement dit, les commissaires européens sont tout aussi légitimes que les sénateurs français (dont les électeurs sont des élus locaux), et les hauts-fonctionnaires européens, banquiers centraux, etc. ne sont pas moins légitimes que leurs homologues nationaux.

Il est également risible de parler de diktats opportuns des technocrates. Premièrement, le principe de subsidiarité garantit que toute compétence est exercée à l’échelon le plus approprié. Deuxièmement, dans une union, il faut un minimum de cohérence entre les actions des différents membres, sinon, le chaos et la désunion guettent. Enfin, notons l’ironie de la situation : l’auteur, qui exerce sa liberté d’expression garantie, entre autres, par des textes européens (pensons à la Charte des Droits Fondamentaux de l’UE), met en cause la primauté de ces textes. Il existe bien sûr la déclaration européenne des Droits de l’Homme, mais celle-ci ne dispose d’aucun instrument coercitif à l’égard des États pour garantir le respect des droits qu’elle proclame ; il est donc bon que les institutions européennes imposent le respect de valeurs communes. Par ailleurs, les règles économiques, par exemple la limitation du déficit public et de la dette, ont été déterminées par des dirigeants nationaux élus et visent à assurer une bonne gestion économique, afin d’éviter que les générations futures payent le prix des erreurs et excès de leurs aînés.

Finalement, l’auteur dévoile sa vraie nature en déclarant qu’il ne veut plus de l’UE et de sa constitution scélérate (mais laquelle ?). L’UE serait remplacée par une Troïka de malfaisants sans qu’il ne précise qui compose cette « Troïka ». S’il pense à la « Troïka » internationale, rappelons-lui que le FMI n’est pas une institution européenne… En fait, l’auteur développe une argumentation souverainiste issue de certains courants politiques extrêmes. En effet, il rejette l’argument selon lequel l’union fait la force et prétend que les pays européens ne sont pas plus puissants sur l’échelle mondiale grâce à l’Union européenne. Il est vrai que la politique étrangère commune doit encore faire d’importants progrès, mais rejeter l’union équivaut à un retour en arrière qui ne ferait qu’empirer la situation. Par ailleurs, l’auteur s’attaque également à l’euro, l’un des symboles concrets de l’intégration européenne : l’euro est précisément un élément qui illustre véritablement l’idée d’union ! Par ailleurs, il facilite la circulation des citoyens d’un État à l’autre, facilitant donc les échanges entre Européens, qui sont la base d’une véritable démocratie européenne ! Enfin, les extraits de l’interview du conseiller Konrad sont totalement mal interprétés : en effet, celui-ci n’appelle en aucun cas à la fin de l’Union européenne (et donc, à la disparition du Parlement européen).