Elargissement

Editorial : L’Elargissement, il n’y a guère que ça qui marche

On n’a guère que les succès qu’on mérite...

, par La Rédaction du Taurillon

Editorial : L'Elargissement, il n'y a guère que ça qui marche

En ce début octobre, bon nombre d’Européens vont découvrir au détour d’une entrefilet de leur quotidien favori que l’UE accueillera en janvier prochain deux nouveaux Etats membres (i. e : la Bulgarie et la Roumanie).

Ils seront d’autant plus frustrés que les grands média n’en n’auront finalement que bien peu parlé en amont (et d’autant plus qu’il n’y aura finalement pas eu de véritable débat dans l’opinion publique à ce sujet...).

Comme on peut l’imaginer il s’agira donc là d’un élargissement de plus - oui - mais à quel prix ?

Il y a aujourd’hui quelque chose qui marche à merveille dans l’Union européenne. Il ne s’agit évidemment pas de sa politique étrangère, erratique et bien mal assurée : comme on a pu encore le voir cet été dernier au Proche Orient (lors de la crise libanaise...) et comme on peut encore le voir aujourd’hui au Darfour : où se déroule à nos portes un nouveau drame humain et humanitaire effroyable.

Il ne s’agit pas non plus de sa Constitution, dont - depuis les référendums français et néerlandais négatifs du printemps 2005 - on attend vainement encore aujourd’hui, malgré quelques timides initiatives produites ici ou là - l’expression sérieuse de quelque plan B véritablement ambitieux, approfondi et cohérent.

Pas plus qu’il ne s’agit de la fameuse stratégie de Lisbonne, adoptée en 2000 et censée faire du vieux continent la zone la plus prospère de la planète (mais aujourd’hui restée lettre morte...). Ni d’ailleurs du fameux ’’Pacte de croissance et de stabilité’’, qu’il a fallu réformer au débotté parce que ses ’’inventeurs’’ eux-mêmes ne le respectaient pas.

Qu’est ce qui marche, alors ? L’élargissement.

L’Elargissement : soit l’entrée programmée de nouveaux Etats membres dans l’UE. A savoir : hier, les dix petits derniers entrés dans l’Union en mai 2004. Et demain, en janvier prochain (2007), la Bulgarie et la Roumanie.

Et bientôt (horizon 2009-2012), la Croatie voire la Turquie (en 2015 ?) : deux Etats avec lesquels l’UE a décidé d’ouvrir des négociations d’adhésion il y a bientôt un an, le 3 octobre 2005. Sans même parler des autres Etats qui, dès aujourd’hui, frappent à la porte (comme la Macédoine), attendent à l’entrée (comme les autres pays des Balkans occidentaux) ou se pressent dans le couloir des impétrants (comme l’Ukraine, par exemple).

Un élargissement qui - nous dit-on - fait de l’Europe un sous-système régional de stabilisation politique et de développement économique, un système de diffusion de la démocratie et du marché : une machine à fabriquer de la prospérité et de l’Etat de droit.

Sauf que l’on sait - au combien - les analyses divergent à ce sujet. Puisque c’est sans doute très précisément cet élargissement, mené sans pédagogie ni éclaircissement (ainsi que les peurs identitaires, économiques et sociales qui l’accompagnent...) qui a conduit bon nombre d’Européens - en France et aux Pays-Bas, au printemps 2005 - à rejeter le projet de Constitution.

Absence de débats, Lacunes institutionnelles

Un choix de l’élargissement qui serait légitime, naturellement, s’il était partagé par l’opinion publique européenne et s’il était au moins le fruit d’un débat approfondi sur les choix et sur la voie que l’Union devrait prendre.

Mais malheureusement, faute de débat public, les choses en vont aujourd’hui autrement. Car nos actuels dirigeants politiques et autres gouvernements semblent désormais tétanisés, littéralement terrorisés par les sondages et incapables de se confronter intellectuellement avec leurs propres opinions publiques.

Néanmoins, saluons ici la prochaine entrée dans l’Union de la Roumanie et de la Bulgarie : deux nouveaux pays bientôt membres de l’UE, deux ’’petits nouveaux’’ qui ne sont pas eux-mêmes responsables du manque de courage et de clairvoyance des dirigeants politiques des pays déjà membres de ce ’’club’’ dont ils désirent tant faire partie.

Car ce n’est pas le désir d’Europe des Bulgares et des Roumains qui soit à remettre en question : il est pleinement légitime pourvu que les critères d’entrée dans l’UE soient effectivement honnêtement remplis par les nouveaux adhérents.

Non, ce qui ne va pas aujourd’hui, c’est que nous - les ’’Anciens’’ (i. e : les Etats déjà membres de l’UE) – nous n’ayons toujours pas su doter l’Union des Institutions politiques pertinentes et efficaces susceptibles de permettre et de rendre possible le bon accueil des petits nouveaux. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire...

Ronan Blaise (pour la rédaction)

PS : Le 19 septembre dernier, la Commission européenne a annoncé le report de quinze jours de la très ’’délicate’’ publication de son rapport d’évaluation sur les ’’progrès’’ accomplis par la Turquie depuis un an dans sa marche vers l’adhésion à l’UE :

Devant normalement être présenté fin octobre, ce rapport sera finalement publié début novembre. Nous en reparlerons à cette occasion.

- Illustration :

Le visuel d’ouverture de cet article est une carte de l’Union européenne (ici, en bleu) et des divers pays candidats à l’adhésion (ici, en mauve) : document tiré de l’Encyclopédie en ligne wikipédia.

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